Charles Paul, une figure illustre de Vieux-Moulin

Le médecin légiste Charles Paul était un homme très célèbre en son temps. Aujourd’hui totalement inconnu du grand public, des travaux et des recherches effectuées par des passionnés d’histoire contribuent à le tirer de l’oubli dans lequel il est tombé. La conférence que j’ai donnée hier voulait y contribuer. Le texte qui suit en donne des extraits. Le texte intégral sera publié dans le bulletin de la Société historique de Compiègne.

« En 2011, parut, sous la direction de Daniel Malicier, directeur de l’Institut médico-légal de Lyon, un livre [1] consacré aux grandes figures de la médecine légale. Dans cet ouvrage, un légiste brillait par son absence : Charles Paul. Sa personnalité originale, qui lui valut plusieurs surnoms, fut pourtant l’un des éléments ayant contribué à lui prodiguer une grande célébrité en son temps. Il participa aussi aux investigations criminelles les plus célèbres du XXe siècle : les affaires Caillaux, Landru, Prince, Nozière, Fesch, entre autres. […]

« Charles Paul naquit en 1879 à Boulogne-sur-Mer. Il est issu d’une famille de la noblesse d’Empire — il porte le titre de baron. Est-ce un signe du destin ? La famille du côté de son père est composée de magistrats (son père fut premier Président de la Cour de cassation) et celle du côté de sa mère de médecins. Sa profession allait réunir les deux domaines du droit et de la médecine. Il fit ses études de médecine d’abord à Lille, où il suivit les cours du docteur Castiaux, puis à Paris où il bénéficia, entre autres, de l’enseignement du professeur Paul Brouardel, une des autorités en matière de médecine légale à l’époque. Enseignement marquant puisque le docteur Paul aimait souvent commencer ses phrases par la formule : « Comme me l’a appris mon maître Brouardel… » [2] En 1905 il devint médecin légiste de l’Université de Paris et l’année suivante médecin expert auprès des tribunaux. Il exerça pendant cinquante-cinq ans, puisqu’il est mort le 26 janvier 1960, trois jours seulement après sa dernière autopsie.

[…]

« Je voudrais dire quelques mots sur les sources utilisées. […] Signalons d’abord que les sources sont éparses. Il faut chercher attentivement, dans tels livres, journaux ou magazines d’époque, les articles ou les quelques paragraphes, voire les quelques lignes, se rapportant à Charles Paul. Ces sources peuvent se regrouper en trois catégories.

« Premièrement, les sources journalistiques, qu’elles soient issues de la presse quotidienne et hebdomadaire, nationale et régionale, écrite et audiovisuelle. Comme exemple, je citerai la revue Détective du 8 septembre 1938, faisant sa une avec Charles Paul qui avait eu l’amabilité de lui accorder une interview.

« Il y a, deuxièmement, les témoignages, écrits ou oraux. Je pense aux livres de l’avocat Pierre Lœwel, du juge Jacques Batigne, à ceux des écrivains-journalistes Géo London et Jean-Paul Lacroix, ainsi qu’à celui d’Olga Nourry, maîtresse du docteur Paul, sur le cocker qui consacre un chapitre à la passion de son amant pour ce chien. Quant aux sources orales, je les ai constituées par un entretien avec madame Christiane Dufossé et Guillaume Pittard, respectivement petite-fille et arrière-petit-fils du docteur Paul […].

« Enfin, il y a les écrits de la main même du docteur Paul, que ce soit des rapports d’autopsie dont des extraits ont pu être reproduits dans certains ouvrages, ou bien ses textes consacrés au cocker.

[…]

« Le docteur Paul fut une figure célèbre de Vieux-Moulin. Cette célébrité lui vint d’abord de ses compétences qui en firent un expert reconnu. Ensuite de son verbe, qu’il utilisait aussi bien dans les prétoires qu’en dehors, jusque dans la salle d’autopsie. Enfin, elle fut renforcée par les activités que Charles Paul menait hors de sa sphère professionnelle.

« Il était LE médecin légiste » (J. Batigne)

« Dans son livre Un juge passe aux aveux, publié en 1971, le juge Jacques Batigne consacre quelques pages au docteur Paul. Ainsi le présente-t-il à ses lecteurs :

« J’avais eu l’occasion […] de donner une fois de plus du travail à l’excellent docteur Paul, cet homme aimable et sympathique, qui fut pendant quarante ans, le type du parfait médecin légiste.

Ses successeurs, ses collègues à l’époque sont ou ont été d’excellents médecins légistes eux aussi. Mais lui était LE médecin légiste. Il personnifiait la fonction. […] » [3]

« Le témoignage de Batigne est corroboré par d’autres. Par exemple, celui de Pierre Bouchardon, président de la Cour d’assises de la Seine de 1923 à 1926, qui, dans ses Souvenirs publiés en 1953, déclare, à propos du docteur Paul : « Il était à lui tout seul la médecine légale, le docteur Monopaul, comme on le nommait. » [4]

[…]

« Cette réputation, il la doit à sa science et à son art de faire parler les corps.

[…]

« À partir de simples débris humains, Charles Paul montra son aptitude à apporter des conclusions intéressantes pour l’instruction. Le premier exemple que l’on peut mentionner est l’affaire Landru. Henri Désiré Landru avait pratiqué, durant la première guerre mondiale, une vaste escroquerie au mariage : il passait des petites annonces dans les journaux à la rubrique matrimoniale afin d’attirer des femmes dont il comptait s’accaparer les revenus. Il fit la connaissance de plus de 300. Dix d’entre elles furent assassinées. Les corps n’ayant jamais été retrouvés, les enquêteurs conclurent qu’ils avaient disparu intégralement dans la cuisinière de Landru. Des voisins avaient d’ailleurs rapporté qu’à plusieurs reprises de la fumée à l’odeur pestilentielle sortant de la cheminée de Landru avait envahi les alentours. Mais la déposition du docteur Paul réserve une surprise. Il expose à la barre qu’il a eu affaire à des débris osseux et des dents calcinés qui lui révélèrent qu’il était en présence de trois têtes, cinq pieds et six mains. Il explique que seules les extrémités des corps (pieds, mains, têtes) passaient dans la cuisinière. Il rapporte les expériences auxquelles il s’est livré au cours desquelles il a brûlé plusieurs têtes, avec ou sans cervelle : il faut une heure et demie pour en faire disparaître une seule ! Il ajoute que les troncs et les membres auraient mis un temps considérable à se consumer, précisant que « le plus long et le plus difficile à brûler, ce sont les intestins ». Par conséquent, conclut Paul, il doit forcément exister un charnier quelque part, démontant ainsi l’idée première des enquêteurs selon laquelle l’intégralité des cadavres finissait dans la cuisinière.

[…]

« À plusieurs reprises le docteur Paul eut également à pratiquer des « contre-autopsies », une expression qu’il avait en horreur car, estimait-il, il ne se livra jamais à une autopsie « contre les premières conclusions de [s]es confrères » [5] expliquait-il dans une interview mais se livra toujours à un nouvel examen du cadavre en présence du légiste auteur de la première autopsie et selon sa méthode.

[…]

« Dans certains cas, ces contre-autopsies changèrent radicalement le statut du mort pour donner lieu à des poursuites. […]

[…]

« En 1914, Charles Paul est appelé en Bretagne pour réaliser une nouvelle autopsie sur le corps d’un dénommé Cadiou. Le légiste local avait conclu à un suicide suite à un coup de couteau que la victime se serait donné dans la gorge. Lors de la nouvelle autopsie, c’est en ouvrant la gorge de la victime que le docteur Paul a la surprise de voir une balle lui tomber entre les mains. Après un examen plus attentif il s’avère que Cadiou avait été tué par derrière. On avait affaire, désormais, à un homicide et non plus à un suicide.

[…]

« Charles Paul eut en effet à exercer son art dans le cadre militaire. Il était médecin aide-major de deuxième classe de réserve dans le XIe corps d’armée depuis 1907 et servit durant la première guerre mondiale du 2 août 1914 au 10 février 1919 comme chef du service des gaz, puisque c’est lors de ce conflit que le gaz fut utilisé comme arme pour la première fois. Il réalisa, à cette occasion, entre 500 et 600 autopsies pour prélever les viscères et les envoyer aux services toxicologiques afin de déterminer la nature des gaz utilisés par l’ennemi. Sa contribution lui valut d’ailleurs d’être cité à l’Ordre de l’Armée, dans laquelle on apprend qu’il fut blessé lui-même au gaz.

[…]

Une caricature de Sennep montre Charles Paul dans une posture qui, selon moi, résume bien le médecin légiste qu’il était. Elle le représente brandissant de sa main droite un grand couteau sur lequel est fiché un pied, tandis qu’il porte, sous l’aisselle gauche, un bras, et à la main gauche des intestins. Marchant d’un pas décidé sous l’œil étonné d’un magistrat situé à l’arrière-plan, et les sourcils froncés, son attitude peut exprimer la détermination avec laquelle il parvient, à chaque autopsie, à déceler la cause de la mort, avec la froideur clinique qui caractérise un scientifique. La façon dont il transporte les restes humains, sans émotion aucune, renforce cette idée de distance que le médecin légiste, en scientifique, entretient avec un cadavre.

Ainsi Charles Paul contribua à faire de la médecine légale une auxiliaire indispensable dans la recherche de la vérité au tribunal, favorisant une plus grande place à ce que Frédéric Chauvaud appelle la « preuve expertale » [6] au détriment des aveux et des témoignages. En outre, avec Charles Paul, la déposition au tribunal devenait un véritable théâtre. Car Charles Paul était également connu pour son verbe.

Le « Témoin éternel »

« Un verbe qui faisait de Charles Paul à la fois un orateur vedette des prétoires, un original parlant à des morts et un homme à l’humour vif et subtil.

[…]

« Charles Paul, lui, possédait des talents d’orateur certains, à telle enseigne que l’un des surnoms qu’on lui attribua était celui de « Témoin éternel ». En effet, comme tout légiste amené à déposer au tribunal, il devait transmettre les résultats de ses expertises à un public non expert. Il fallait donc qu’il se mette à sa portée. Et c’est ce qu’il faisait brillamment. L’avocat Pierre Lœwel écrit dans son livre Tableau du palais, à propos des interventions de Charles Paul au tribunal :

« On voit alors apparaître aux Assises le docteur Paul qui, ayant fait le sacrifice de son éternelle cigarette, s’avance à la barre d’un pas de commandement et, prenant son propre corps comme planche anatomique, dévoile à la Cour, au jury et au public médusés que la balle étant entrée par le thorax a atteint la paroi de l’abdomen ou que la blessure a été faite par un instrument « contondant et tranchant ». Et cela avec un tel brio qu’on a toujours l’impression d’assister à une réussite et qu’on se tient à quatre pour ne pas féliciter l’accusé d’avoir si bien placé ses coups. » [7]

« Par quels moyens, quelles techniques, le médecin légiste parvenait-il à captiver son auditoire ? D’abord, Charles Paul évitait, nous dit Jean-Paul Lacroix, « ces détails horribles qui restent gravés dans l’esprit des jurés et envoient tout droit un homme à l’échafaud » [8]. Il délaissait également le vocabulaire trop technique pour employer des mots simples, voire des néologismes de son cru, pour se faire comprendre du public. C’est lui qui a popularisé les mots « instrument contondant » et « instrument tranchant ». Il n’hésitait pas à utiliser les termes de « gnon » et de « téton ». Un néologisme dont il faisait un usage fréquent est le mot « transphyxiant », pour désigner une blessure qui, à la fois, transperce et asphyxie. […]

« Ensuite, il savait utiliser des comparaisons très imagées. […] Lors du procès Landru, il explique aux jurés la composition d’une tête humaine en ces termes : « la tête d’un homme est comparable à un mur de briques avec du plâtre en dehors et du papier peint au-dedans. » [9]

[…]

« Enfin, le docteur Paul possédait aussi la capacité de produire des effets rhétoriques par des répliques bien senties. […]

« En 1950, Charles Paul est appelé à témoigner devant une cour martiale américaine qui juge un G.I. accusé d’avoir assassiné une prostituée. Comme si la présentation de ses fonctions et qualités n’étaient pas suffisantes, le président du tribunal lui demande quelle expérience il détient en médecine légale. Visiblement vexé, le docteur Paul lui rétorque : « Cent mille cadavres ! » [10] De là, vient sans doute un autre des surnoms donnés à Charles Paul : « L’homme aux cent mille autopsies ».

[…]

« Bref, avec Charles Paul, la cour d’assises devenait un véritable théâtre. Et, de cette façon, il popularisait la médecine légale, suscitant, par là même, l’intérêt du grand public et renforçant le crédit qu’il lui porta.

[…]

« Charles Paul avait […] la manie de parler avec les corps qu’il disséquait. En effet, si le médecin légiste, par sa profession, doit faire parler les cadavres, il s’avère que le docteur Paul leur parlait également. Ce qui lui valut le surnom de « L’homme qui parle avec les morts ». Des anecdotes commencèrent à circuler à ce sujet à partir des années trente. Un témoin raconte avoir entendu, derrière la porte de la salle d’autopsie, le docteur Paul murmurer au cadavre qu’il examinait : « Voyons mon petit, voyons ! Dis-mois donc ce qui t’est arrivé… » [11] Un autre visiteur rapporte que, face à un corps qui s’obstinait à lui refuser ses secrets, il s’énerva en ces termes : « Bougre de bougre, vas-tu enfin me dire de quoi tu es mort ? » [12]

[…]

« Mais c’est aussi lors de conversations ou dans des situations particulières que l’humour, la répartie et l’esprit vif de Charles Paul se manifestaient.

[…]

« Madame Dufossé se rappelle que le docteur Paul, comme médecin, donnait parfois des consultations gratuites sans que cela le dérange outre mesure. Toutefois, à consulter d’autres sources, peut-être ne fallait-il pas abuser de sa générosité. Jean-Paul Lacroix rapporte qu’il arriva au célèbre médecin de répondre à une personne venant à lui en invoquant une douleur par ce mot d’humour : « Ne vous inquiétez pas, cher ami, nous verrons cela à l’autopsie. » [13] Une autre fois, à un magistrat qui se plaignait d’avoir mal au foie lorsqu’il appuyait dessus, il rétorqua : « N’appuyez plus ! » [14]

[…]

« Charles Paul ne brilla pas seulement dans les salles d’autopsie et les prétoires. Sa célébrité lui permit d’attacher son nom à des activités situées hors de sa sphère strictement professionnelle.

Un amoureux des cockers et un gastronome averti

« À commencer par le polar. Charles Paul a appartenu au jury du prix du Quai des Orfèvres. Ce prix, créé en 1946, avait pour objet de récompenser un manuscrit inédit de roman policier selon deux critères essentiels : la beauté du style, bien sûr, et la vraisemblance concernant les institutions judiciaires et le fonctionnement de la justice. Dans cette optique, il était naturel de faire figurer un médecin légiste dans le jury puisque, par définition, dans le polar, les morts sont rarement naturelles… […]

« Charles Paul était l’ami de Georges Simenon. Il lui accorda la permission, après demande de l’écrivain, de le citer dans son œuvre. Ainsi, plus d’une fois, son expertise aida le commissaire Maigret dans ses enquêtes. La première mention du légiste dans l’œuvre de l’écrivain se trouve dans une nouvelle parue en 1936, « La péniche aux deux pendus ». […]

« Si le polar faisait écho à la passion qu’il avait pour son métier, il est un autre domaine pour lequel Charles Paul fut très connu : celui des cockers.

« Charles Paul arrive à Vieux-Moulin en 1923 où il s’installe avec Olga Nourry, sa maîtresse, dans une maison qu’il y a achetée. N’ayant pas de terrain, il s’en constitue un en rachetant, en plusieurs fois, des parcelles alentours. C’est là qu’avec Olga Nourry, il constitue un élevage de cockers. Le lieu porte le nom de Terres fraîches.

« C’est le deuxième élevage de cockers que le docteur Paul posséda. En effet, il en avait fondé au début du siècle, à Merlimont, près de Boulogne-sur-Mer, traduction d’une maladie qu’il contracta en 1896 lorsque, étudiant, il fit l’acquisition d’un cocker. Son « coup de foudre » pour le cocker, selon l’expression d’Olga Nourry, lui vint définitivement grâce à un fils de son premier chien qu’il emmenait partout avec lui durant ses études, aussi bien en cours qu’à l’hôpital. J’ai employé le mot de maladie à dessein puisque c’est Charles Paul lui-même qui parlait de sa « cockérite chronique ».

[…]

« Charles Paul était devenu membre du Spaniel Club français dès 1905 avant d’en devenir plus tard, le président. C’est à ce titre qu’il préfaça deux ouvrages consacrés au cocker, l’un d’un dénommé Gand, Le dressage du cocker, publié en 1947, l’autre, déjà cité, paru en 1958, écrit par Olga Nourry.

« Chaque week-end, lorsqu’il venait à Vieux-Moulin, c’était donc l’occasion pour Charles Paul de se ressourcer en compagnie de sa maîtresse et auprès de ses chiens qu’il affectionnait tant et avec qui il entretenait une très grande complicité.

[…]

« L’élevage de Vieux-Moulin fit partie de l’important travail de renaissance des élevages de cockers qui avaient alors disparu à l’occasion de la première guerre mondiale. Sa contribution dans le renouveau du cocker fut bien réelle. Il comptait une quarantaine de chiens à la veille de la seconde guerre mondiale. L’élevage comprenait essentiellement des chiens bleu rouan et quelques noir et blanc.

[…]

« Charles Paul vouait une autre passion aux plaisirs de la table. Son appétit était gargantuesque. A Paris il mangeait chaque soir dans un restaurant différent. Une semaine-type des années 1950 : lundi, dîner au Voltaire, situé boulevard Saint-Michel ; mardi soir, direction Le Chataignier, rue du Cherche-Midi ; mercredi, il honore de sa présence le Relais de Porquerolles où est servi une spécialité de poisson remarquable ; jeudi, dîner dans une brasserie avec des membres du Spaniel Club français. […] L’un des établissements dont le docteur Paul était également un habitué est situé quai des grands Augustins, non loin du palais de justice : il s’appelle Lapérouse. Un plat y avait été d’ailleurs confectionné en l’honneur du célèbre légiste : le « poulet docteur ». Il s’agissait d’un poulet au porto rouge, cuit dans du jus de veau, parfumé à l’estragon, et servi avec des lamelles de veau.

« À Vieux-Moulin, Charles Paul était un habitué de l’auberge du Daguet de son ami Alain Coadou. Dans cet établissement, une fresque représente le docteur Paul tenant dans une main une tête de daguet et, de l’autre, un immense couteau. On y servait un « homard Docteur Paul ».

[…]

« L’incarnation de celui qui apporte la vérité judiciaire » (F. Chauvaud)

« Charles Paul contribua, tant par son expertise que par ses talents oratoires, à hisser la médecine légale au rang d’une science déterminante dans le fonctionnement de la justice. Ses expertises se révélèrent décisives plus d’une fois dans les affaires criminelles et il a popularisé à sa façon sa discipline par son aptitude à se faire comprendre des non experts. Ce ne fut pas un théoricien, mais un praticien pur : Jean-Paul Lacroix certifie qu’il a effectué, très exactement, 159 398 autopsies.

[…]

« Charles Paul s’inscrit dans la lignée des légistes qui ont contribué à l’émergence et à l’affirmation de la médecine légale moderne. Par exemple, outre-Atlantique, c’est Alexander Gettler, considéré comme le fondateur de la toxicologie médico-légale aux États-Unis, qui, avec le docteur Charles Norris, fit de cette discipline une science respectée et un objet de fascination pour le grand public. Il vécut à la même époque que Charles Paul puisqu’il est né en 1883 et mort en 1968 et, comme Charles Paul, analysa, durant sa longue carrière, plus de cent mille corps. Laissons le dernier mot à Frédéric Chauvaud qui nous dit que Charles Paul fut, « pendant un demi-siècle, l’incarnation de celui qui apporte la vérité judiciaire » [15].

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Aller plus loin
Jacques Batigne, Un juge passe aux aveux, Paris, Robert Laffont, 1971.
Alain Bauer et Roger Dachez, Une histoire de la médecine légale et de l’identification criminelle, Paris, PUF, « Questions judiciaires », 2015.
Anne Carol, Les médecins et la mort. XIXe-XXe siècle, Paris, Aubier, « Collection historique », 2004.
Frédéric Chauvaud, Les experts du crime. La médecine légale en France au XIXe siècle, Paris, Aubier, « Collection historique », 2000.
Frédéric Chauvaud, « Le théâtre de la preuve. Les médecins légistes dans les prétoires (1880-1940) », in Revue d’histoire des sciences humaines, 2010, n° 22, pp. 79-97.
Jean-Paul Lacroix, Le palais indiscret, Paris, Julliard, 1965.
Pierre Lœwel, Tableau du palais, Paris, Gallimard, 1929.
Olga Nourry, Le cocker, Crépin-Leblond, 1958.

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Notes
[1] Daniel Malicier (dir.), Les grands médecins légistes, Paris, Eska, 2011.

[2] Jean-Paul Lacroix, Le palais indiscret, Paris, Julliard, 1965, p. 118.

[3] Jacques Batigne, Un juge passe aux aveux, Paris, Robert Laffont, « Vécu », 1971, p. 230.

[4] Cité par Frédéric Chauvaud, « L’homme qui parlait avec les morts », in L’Histoire, janvier 2012, n° 371, p. 78.

[5] Détective, 8 septembre 1938.

[6] Frédéric Chauvaud, op. cit., p. 79.

[7] Pierre Lœwel, Tableau du palais, Paris, Gallimard, 1929, p. 210.

[8] Jean-Paul Lacroix, op. cit., p. 118.

[9] Frédéric Chauvaud, « Le théâtre de la preuve. Les médecins légistes dans les prétoires (1880-1940) », in Revue d’histoire des sciences humaines, 2010, n° 22, p. 85-86.

[10] France Soir, 28 janvier 1960.

[11] Frédéric Chauvaud, « L’homme qui parlait… », p. 78.

[12] Jean-Paul Lacroix, op. cit., p. 117.

[13] Jean-Paul Lacroix, Ibid., p. 119.

[14] Philippe Jaenada, La petite femelle, Paris, Julliard, 2015, chapitre 33.

[15] Frédéric Chauvaud, op. cit., p. 79.

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