Occident : la fermeture ?

occident-la-fermetureL’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis confirme la tendance de l’Occident à oublier ses racines et son identité.

L’élection de Donald Trump est-elle vraiment surprenante ? Avec son programme économique protectionniste, son obsession des frontières et sa xénophobie antimusulmane, il s’inscrit dans une dynamique de fermeture opposée aux valeurs qui ont fait de l’Occident une société ouverte, au sens où l’entendait Karl Popper [1].

La fermeture est d’abord physique. La promesse faite par Trump d’un mur séparant de manière hermétique le Mexique et les États-Unis faisait écho au mur anti-migrants dressé par la Hongrie sur ses frontières avec la Serbie, la Roumanie et la Croatie. De même, l’accord, honteux, de l’Europe avec le tyran d’Ankara Erdogan pour empêcher l’accès de millions de migrants à l’Europe, ainsi que la suspension des accords de Schengen qui rétablit de fait les contrôles aux frontières au sein même de l’Union européenne, trahissent encore cette obsession du repli et de la clôture. Enfin, l’opposition au libre-échange, au sein de laquelle on trouve aussi bien l’extrême gauche et l’extrême droite ainsi que Donald Trump, avec la contestation du partenariat transatlantique de commerce et d’investissement entre les États-Unis et l’UE et de l’accord économique et commercial global entre celle-ci et le Canada, est venue renforcer cette tendance à la fermeture physique de l’Occident.

La fermeture est ensuite politique. La dérive autoritaire des pays comme la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie montre que l’Occident n’a pas su se reconstituer plus de vingt ans après la disparition du communisme. En Pologne, le gouvernement a fermé ses frontières aux migrants, entend taper sur les boucs-émissaires de service : riches, profiteurs, migrants. Il s’est fixé de limiter le plus possible la diversité culturelle, pratiquant, au besoin, la censure. Bref, on ne saurait être plus occidentalophobe. La surveillance de masse de la NSA, quant à elle, a rappelé que l’individu doit constamment protéger ses droits contre des États toujours prompts à abuser de leur pouvoir. Les mesures prises contre le terrorisme, comme en témoigne l’état d’urgence prolongé indéfiniment en France, modifient notre quotidien et réduisent, même insensiblement, nos libertés. La montée des populismes, enfin, dont une des victoires, avant celle de Trump, fut le Brexit, montre que les peuples sont prêts à rejeter les difficultés que posent l’existence des sociétés ouvertes pour privilégier la satisfaction immédiate de jouir d’une relative sécurité dans un petit lopin clos. Les bons scores dans les sondages et aux élections de l’AfD en Allemagne, de l’Ukip au Royaume-Uni, du Mouvement cinq étoiles de Beppe Grillo en Italie, du Front national en France, la victoire de Donald Trump aux États-Unis et la défaite de peu d’un candidat d’extrême droite en Autriche sont autant de signes alarmants de la mauvaise santé politique de l’Occident.

Ces deux fermetures sont couronnées par une troisième, la plus grave sans doute, la fermeture d’esprit. Alors que les progrès scientifiques, techniques et économiques ont fait baissé radicalement la pauvreté dans le monde, ont augmenté l’espérance de vie et les conditions de vie, la notion même de progrès est presque unanimement rejetée. Or, ce n’est que par l’innovation, donc par la liberté de création et d’entreprendre, qu’on résoudra les défis écologiques, économiques, démographiques et politiques qui se posent aujourd’hui. La raison elle-même, fondement de la société ouverte, est, elle aussi, dans un relatif déclin comme peuvent en témoigner le succès des théories du complot sur internet et jusque chez certains leaders politiques, et pas des moindres. Beppe Grillo et Donald Trump se sont illustrés, chacun de leur côté, par des propos délirants. Le populiste italien  a ainsi relayé sur son blog, après les attentats contre Charlie Hebdo, un texte de facture complotiste soulignant que, dans ces événements, « quelque chose ne tourne pas rond […] et de nombreuses interrogations se posent ». Quant au nouveau président américain, il s’illustra plus d’une fois par la propagation qu’il fit de théories fumeuses comme celle selon laquelle Barack Obama ne serait pas né aux États-Unis, que le père de Ted Cruz, son principal adversaire lors des primaires du parti républicain, était impliqué dans l’assassinat de Kennedy, que Daech était une création d’Obama et d’Hillary Clinton ou encore qu’il existait un lien entre les vaccins et l’autisme.

À rebours des idées conspirationnistes sur le prétendu despotisme que nous imposeraient les démocraties libérales, les sociétés ouvertes laissent toujours la possibilité à leurs peuples de choisir une voie vers la fermeture. Autrement dit, loin de vivre dans un monde où le politique serait soumis à un pouvoir économique tout-puissant situé dans les mains des multinationales et de quelques banques, si possibles américaines et/ou juives, les faits prouvent le contraire : que les sociétés ont toujours la main sur leur destinée, quitte à la compromettre en se donnant l’illusion de pouvoir retrouver le confort de la société close primitive.

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Note
[1] Karl Popper, La société ouverte et ses ennemis, Paris, Seuil, 1979, 2 volumes.

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