Lectures 2016

lectures-2016Comme tous les ans, une sélection des livres lus ou relus au cours de l’année écoulée.

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lectures-2016-2Il fallait bien un ouvrage d’histoire pour remettre en perspective les horreurs islamistes ayant frappé notre territoire depuis 2012. C’est l’objet du livre de Gilles Kepel, Terreur dans l’hexagone, qui replace les attentats de 2015 dans une séquence de dix ans. L’auteur fait débuter celle-ci en 2005, « année charnière » lors de laquelle les banlieues françaises s’enflamment, les caricatures danoises suscitent l’ire de nombre de musulmans, naît la troisième génération de musulmans français et al-Souri publie son « Appel à la résistance islamique mondiale ». L’affaire Merah, illustration du djihadisme théorisé par Souri, révèle que le salafisme quiétiste peut devenir violent. En parallèle, le djihad se développe, d’autant plus facilement que la crise économique est passée par là, poussant nombre de jeunes dans la voie de la radicalisation. En 2014, l’offensive israélienne à Gaza est l’occasion de manifestations antisémites qui font écho aux meurtres de Merah. En attendant les massacres de Charlie Hebdo, de l’hypercasher et du Bataclan. (Gilles Kepel (avec Antoine Jardin), Terreur dans l’hexagone. Genèse du djihad français, Paris, Gallimard, 2015, 330 pages)

lectures-2016-3Le livre de Jean Birnbaum paru cette année s’ouvre sur un constat : la religion comme facteur explicatif des violences commises en France en 2015 au nom de Dieu est totalement passée sous silence. Et plus particulièrement, la gauche refuse, dans son ensemble, de prendre acte de la dimension religieuse des crimes islamistes. Dans Un silence religieux, Jean Birnbaum se propose de faire « quelques coups de sonde dans cette histoire » de la rencontre, toujours ratée, entre la gauche et le fait religieux. En effet, à plusieurs reprises dans la seconde moitié du XXe siècle, la gauche escamota la puissance du facteur religieux, depuis la guerre d’Algérie où l’islam tenait une place très importante dans le discours du FLN, au choc djihadiste, où l’utopie du nouveau califat justifie toutes les violences, au nom de supériorité morale de la cause, en passant par la révolution iranienne et les accointances de l’extrême gauche avec l’islamisme considéré comme une lutte contre l’impérialisme, le capitalisme, la mondialisation et l’amorce d’une révolution, la gauche n’a pas été en mesure de comprendre le réel et la menace islamiste. Le livre en profite pour rappeler combien l’explication du terrorisme par la misère sociale est débile et fausse. (Jean Birnbaum, Un silence religieux. La gauche face au djihadisme, Paris, Seuil, 2016, 239 pages)

lectures-2016-1Nous sommes tous des génies mais nous ne le savons pas. Nous l’ignorons parce que nous ne savons pas utiliser notre cerveau de manière optimale, de façon ergonomique comme dirait Idriss Aberkane, l’auteur d’un passionnant et très pédagogique Libérez votre cerveau ! Véritable manifeste en faveur de l’individu, il prône un « neurolibéralisme » pour nous prémunir d’un « neurofascisme » dont on voit déjà les manifestations, y compris en démocratie. Ce n’est pas pour rien que tous les régimes totalitaires se sont attachés à embrigader leur jeunesse, l’âge auquel le cerveau est très malléable. De ces pages très denses, on retiendra, entre autres, la nécessité de révolutionner l’éducation. Telle qu’elle est conçue aujourd’hui, avec ses programmes à avaler, ses contraintes, ses notes qui paralysent et stigmatisent, elle rend infect ce qui devrait être un régal : apprendre. Et invite à réfléchir au fait que, dans la nature, tous les mammifères, pour apprendre, jouent. Plusieurs pages sont consacrées aux vertus du jeu vidéo comme mode d’apprentissage. Le livre se termine par sept exercices de gymnoétique visant à nous permettre de libérer notre cerveau. Avec de la pratique et de patience, nous pouvons tous y parvenir. (Idriss Aberkane, Libérez votre cerveau ! Traité de neurosagesse pour changer l’école et la société, Paris, Robert Laffont, « Réponses », 2016, 284 pages)

lectures-2016-4Voici un livre qui ouvre un champ d’investigation aux historiens aussi insolite qu’inattendu : la licorne. Jusqu’au XVIIIe siècle, les gens ont cru en l’existence de cet animal. La première mention de la licorne remonte au Ve siècle avant notre ère dans l’Histoire de l’Inde de Ctésias qui évoque le « monokeros » et qui sera recopié par tous les auteurs de l’antiquité. Le Physiologos, un traité d’histoire naturelle de la fin du IIe ou du début du IIIe siècle, introduit deux thèmes majeurs de la légende de la licorne : d’une part, la façon de s’y prendre pour la capturer — en se servant d’une jeune pucelle comme appât car l’animal est sensible à l’odeur des filles vierges — et les vertus de sa corne, capable de rendre inoffensive toute eau empoisonnée en la trempant dedans. Le Moyen Âge emprunte, avec des variations, à différents animaux pour décrire la licorne : celle-ci a tantôt un corps de cheval ou de biche, une tête de cerf ou de bouc, des pieds d’éléphant ou des pattes de cheval, et une queue de lion ou de porc… Et sa signification est ambivalente. Dans certains bestiaires, l’animal est bien vu, symbole du Christ. Dans d’autres, au contraire, la licorne représente la figure du diable. Le mythe disparaît à partir du XVIIIe siècle et trouvera refuge chez les artistes, les poètes et les écrivains : Gustave Moreau, Flaubert, Rilke, les frères Grimm convoqueront, chacun à leur manière, l’animal fabuleux qui, entre-temps, aura pris la figure qu’on lui connaît habituellement, celle d’une jument blanche dotée de sa corne frontale. Le texte est servi par une très belle et très riche iconographie. (Michel Pastoureau et Elisabeth Delahaye, Les secrets de la licorne, Réunion des Musées nationaux, 2013, 143 pages)

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