Palmyre sans légendes

Couverture livre Palmyre critiqueLes éditions Perrin viennent de publier un ouvrage fort utile d’Annie et Maurice Sartre sur Palmyre*. L’occasion de démonter bien des idées reçues sur la célèbre cité antique.

En raison de l’actualité la concernant, il était utile de publier un livre sur Palmyre. C’est chose faite avec l’ouvrage d’Annie et Maurice Sartre, spécialistes de Palmyre et de la Syrie gréco-romaine, Palmyre. Vérités et légendes. Utile car, expliquent les auteurs dans leur introduction, dans bon nombre de médias les erreurs sur le sujet ont fleuri. Il fallait donc briser les légendes colportées pour retrouver la vérité historique. C’est le but de ce livre destiné au grand public qui n’est ni une synthèse proprement dite ni un essai mais un recueil de presque une trentaine de chapitres, démontant chacun un cliché, et abordant tous les aspects de l’histoire de Palmyre (peuplement, institutions, politique, croyances, rites, culture, architecture…), qu’elle soit antique, médiévale ou contemporaine.

Palmyre n’était pas une « république marchande » (P. Veyne)

La majorité de l’ouvrage est bien sûr consacrée à l’antiquité. À ce titre, le livre de Paul Veyne publié l’année dernière sur Palmyre [1] est mis à mal puisque plusieurs affirmations fausses en sont extraites pour y être réfutées. Sans le nommer explicitement, Annie et Maurice Sartre écrivent : « que dire lorsqu’un livre publié récemment et encensé de façon excessive par certains médias au vu du seul nom de son auteur ajoute aux erreurs et aux approximations ? »

Non, les Arabes ne sont pas présents à Palmyre depuis la plus haute antiquité. Non, la ville n’est pas entourée de sable. Non, elle n’était pas une cité à part dans l’empire romain, ni une cité libre. Non, elle n’était pas fortifiée avant la fin du IIIe siècle. Non, la culture gréco-romaine n’était pas un vernis et elle a au contraire fortement imprégné les comportements de ses élites. Mais non, ses temples ne sont pas des copies de ceux des Grecs et des Romains. La cité ne fut jamais, non plus, une principauté indépendante et Zénobie n’en fut jamais la reine, pas plus qu’elle ne mena une lutte d’indépendance contre Rome. Et non, elle ne fut pas détruite par Aurélien.

Palmyre, comme les villes du monde hellénophone, (à l’exception de l’Égypte) adopta les institutions typiques de la cité grecque (conseil municipal, corps civique, magistrats élus). Ce n’était pas une « république marchande » comme l’écrit Paul Veyne puisqu’elle n’était pas indépendante de l’empire romain et que les notables se livraient à une activité économique sans lien avec le pouvoir politique.

Plusieurs chapitres sont consacrés à Zénobie, reine à Palmyre mais pas de Palmyre. Loin de viser l’indépendance de la ville vis-à-vis de Rome, elle chercha au contraire, forte des conquêtes qu’elle fit en Orient, à s’emparer du pouvoir impérial, et donc à être à la tête de tout l’empire romain.

Usages politiques de l’histoire

Après sa mort la ville ne fut pas abandonnée. Elle vit l’expansion du christianisme, la lutte entre l’empire byzantin et l’empire musulman avant de tomber sous la coupe de celui-ci, et vit les premiers voyageurs européens arriver dès le XVIIe siècle, et qui allaient devenir plus nombreux jusqu’au XIXe siècle.

L’histoire contemporaine a aussi sa place dans le livre, pour rappeler que Daech n’est pas le seul responsable du vandalisme ayant cours à Palmyre ou ailleurs en Syrie et que l’armée syrienne a aussi une part écrasante de responsabilité dans la destruction de nombreux monuments. L’État syrien, par sa négligence et sa rapacité, a causé aussi une dégradation du patrimoine soit en ne clôturant pas le site archéologique de Palmyre, soit en se livrant lui-même à des pillages et des trafics. Enfin, les auteurs rappellent que la Syrie n’est pas un État aussi factice qu’on l’imagine : ils notent ainsi que dès les XIIe-VIIIe siècles av. J.-C., une culture commune existait dans la région.

Le livre est également instructif dans la mesure où, réintégrant Palmyre dans un contexte plus large, celui de la Syrie, il souligne les usages politiques et idéologiques que l’on fait de l’histoire. Ainsi, l’ancien ministre de la Défense des dictateurs Assad, Mustapha Tlass, passionné d’histoire, écrivit, dans une logique ultranationaliste, que les Arabes étaient présents en nombre à Palmyre dès le Xe siècle av. J.-C., ce qui est historiquement faux. Zénobie est célébrée en Syrie comme une héroïne nationale, en lutte pour la libération de la patrie, ce qui, nous l’avons vu, est faux également. Plus généralement, la période de l’antiquité est considérée comme globalement négative puisqu’elle est celle de l’occupation romaine et que l’islam y était inexistant. En revanche, sur la période des croisades, Saladin, en lutte contre les chrétiens, est célébré comme un héros et les falsifications vont jusqu’à attribuer la construction du Krach des Chevaliers à d’autres qu’aux vrais bâtisseurs, les croisés. Quant aux chrétiens de Syrie, ils sont mal perçus parce qu’Occidentaux.

Ainsi, loin de se focaliser sur la seule histoire antique de Palmyre, le livre d’Annie et Maurice Sartre constitue un précieux outil pour quiconque souhaite se pencher sur le sujet.

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Notes
* Sartre, Annie et Maurice, Palmyre. Vérités et légendes, Paris, Perrin, 2016, 261 pages.

[1] Veyne, Paul, Palmyre. L’irremplaçable trésor, Paris, Albin Michel, 2015, 144 pages.

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