Où est Charlie ?

Où est CharliePas à la CGT en tout cas, syndicat archaïque baignant dans son formol révolutionnaire.

Au lendemain du massacre de la rédaction d’un journal satirique en janvier 2015 nous étions tous « Charlie ». « Je suis Charlie » était censé symboliser notre attachement à la liberté d’expression. Il faut croire que la mort de Charb, Cabu, Bernard Maris, Wolinski et leurs collaborateurs n’a servi à rien. Le 26 mai dernier, la CGT décida de bloquer la parution de tous les quotidiens, à l’exception de L’Humanité, au motif qu’ils refusèrent de publier un communiqué de son cru. Ce jour-là, donc, la presse quotidienne nationale fut transformée en désert soviétique affublé de sa Pravda. A-t-on vu des foules descendre dans la rue pour s’indigner de cette censure ? Non point. Où étaient les apôtres de la liberté de la presse ? Où étaient les thuriféraires de la diversité ? Où était Charlie ? Nulle part.

Dans nos démocraties, la liberté va tellement de soi, que seules les atteintes les plus violentes à ses piliers semblent maintenant susciter des réactions. Tant qu’il n’y a pas mort d’homme, on peut violer les droits fondamentaux des individus, bafouer la liberté de la presse ou se comporter en néo-fascistes (ou néo-bolcheviques, c’est comme on veut, la manière de faire est identique) sans que cela n’émeuve le moins du monde ni l’opinion publique, ni les médias, ni la classe politique. Le 3 juin, à la raffinerie de Donges paralysée par la grève, une « Assemblée générale » — qui n’avait de générale que le nom —, non ouverte au public et regroupant les seuls grévistes, vota à une écrasante majorité la poursuite du mouvement. Méprisant la volonté des 94 % de salariés qui, eux, avaient exprimé leur choix de reprendre le travail lors d’une consultation parallèle. La production ne put donc redémarrer. Là encore, la dictature de la CGT était flagrante.

« Cancer Généralisé du Travail » avait dit Coluche en parlant de la CGT. La nuisance que ce syndicat produit sur l’économie, si elle est inversement proportionnelle à sa représentativité, est cependant équivalente à la force de son idéologie liberticide. Une idéologie liée aux origines mêmes du syndicat. La Confédération générale du Travail est fondée à Limoges en septembre 1895. Optant pour la voie du syndicalisme révolutionnaire, elle se fixe comme but rien de moins que l’instauration du socialisme. Même si elle s’engage dans des luttes concrètes (augmentation des salaires, conditions de travail…) elle garde à l’esprit que seule la « grève générale », véritable révolution ouvrière, peut et doit renverser le capitalisme qui sera remplacé par une organisation de la société décentralisée confiée au syndicat. La doctrine de la CGT est énoncée dans la charte d’Amiens de 1906 qui explique notamment que le syndicalisme

« prépare l’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d’action la grève générale, et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale. »

Influencée par le marxiste Jules Guesde, pour qui toute action réformiste est déjà un compromis infâmant avec l’État bourgeois et le capitalisme, la doctrine révolutionnaire de la CGT la pousse à des choix qui ne sont pas à sa gloire. En 1910 par exemple, elle rejette la loi sur les retraites paysannes et ouvrières parce qu’elle est mise en œuvre au sein d’une société capitaliste — on notera au passage que s’avère ainsi totalement faux le dogme de Marx selon lequel le capitalisme est irréformable. En 1912, la CGT supprime en son sein la section des Bourses du travail, ces institutions de solidarité et d’entraide pour les ouvriers qui avaient le tort, sans doute, d’avoir été d’inspiration libérale. La haine de la liberté diffuse au sein de la CGT est telle qu’elle pousse même son ancien secrétaire général adjoint, René Belin, à se laisser tenter par une autre révolution, celle de Pétain : il devient en effet ministre de la Production industrielle et ministre du Travail de Vichy de 1940 à 1942. Entre révolutionnaires, on se comprend…

La soumission de la CGT au PCF, parti stalinien par excellence, ne fait que conforter son obsession révolutionnaire. Ainsi, en 1969 encore, Henri Krasucki, en pleines Trente Glorieuses, affirme dans un discours d’un autre âge : « être révolutionnaire… c’est être capable de rassembler effectivement les grandes masses et avant tout les grandes masses ouvrières dans la lutte contre l’exploitation capitaliste, contre le capitalisme lui-même et pour la transformation de la société. » Le même Henri Krasucki demande en 1985 au régime totalitaire soviétique une subvention de 10 millions de francs, qu’il obtient. Entre révolutionnaires, il faut savoir s’entraider…

Les actions antidémocratiques de ce printemps menées par la CGT montrent à l’évidence que le logiciel révolutionnaire y est toujours actif. Sont-elles les dernières convulsions d’un syndicat liberticide à l’agonie ? Il faut le souhaiter.

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