Une guerre mal nommée

Une guerre mal nomméeLes médias et les politiques ne cessent de nous répéter que nous faisons la guerre au terrorisme. C’est faux. Nous sommes en guerre contre l’islamisme.

S’il y a bien une expression dont nous sommes abreuvés jusqu’à plus soif dans les médias, c’est celle de « guerre contre le terrorisme ». Son emploi est pourtant abusif. Le terrorisme étant un moyen, dire que nous faisons la guerre au terrorisme est à peu près aussi intelligent que d’affirmer que nous luttons contre la guerre. Je ne sache pas que la France, l’Europe ou les États-Unis soient engagés dans des opérations extérieures contre l’organisation sikh Babbar Khalsa, contre les Tigres tamouls, contre le Sentier lumineux marxiste péruvien ou encore contre le Parti communiste des Philippines, tous des groupes terroristes.

À l’origine, le mot terrorisme, issu de « terreur », désigne le gouvernement révolutionnaire instauré par Robespierre et sa clique jacobine en 1793-1794 en France. La Terreur — dont ses dirigeants et ses partisans étaient appelés « terroristes » — était donc un système étatique, politique et économique. Ce n’est que dans les années 1870 que le mot prend son sens actuel de méthode utilisée par des groupes pour semer l’insécurité, la terreur et affaiblir un régime à des fins politiques, religieuses ou idéologiques.

Le terrorisme islamiste a plusieurs objectifs. D’abord, signifier sa haine des juifs et des Occidentaux. Les massacres perpétrés le 11 septembre 2001 aux États-Unis, ceux accomplis en mars 2004 à Madrid et en juillet 2005 à Londres, ceux commis à Paris en janvier et novembre 2015 sont éloquents à cet égard. On pourrait aussi insister sur les cibles occidentales dans le monde non occidental, comme les récentes attaques de touristes dans des hôtels au Mali et au Burkina Faso ou le massacre de nombreux touristes sur une plage de Sousse, en Tunisie l’année dernière. Ensuite, les islamistes entendent islamiser l’Europe en extorquant à celle-ci des privilèges pour l’islam qui ne signifient rien d’autre que la victoire du fanatisme religieux sur le sol qui a vu naître et s’épanouir la philosophie des Lumières. En effet, en assassinant Théo van Gogh en 2004, auteur d’un film critiquant la soumission des femmes en islam, ou en massacrant la rédaction de Charlie Hebdo en 2015 parce que ce journal avait publié quelques dessins satiriques de Mahomet, ils parviennent à instaurer une censure non écrite grâce à la peur qu’ils propagent : des artistes et des intellectuels s’interdisent maintenant d’écrire et de créer sur ce sujet par peur de représailles. Enfin, en multipliant les actes sanglants, ils comptent aussi sur un rejet de plus en plus prononcé des populations non musulmanes à l’égard des musulmans, un véritable climat de guerre civile afin de recruter encore plus de djihadistes grâce à l’argument fallacieux de l’islamophobie. Il est donc évident que le terrorisme est un moyen pour l’islamisme d’arriver à certaines fins.

L’islamisme constitue la « dernière idéologie totalitaire » (pour reprendre le sous-titre du livre de Mickaël Prazan sur les Frères musulmans) qui entend détruire l’Occident pour ce qu’il est (libre, séculier, tolérant, ouvert). Il utilise différents moyens, parmi lesquels le terrorisme. Mais ce n’est pas le seul. Dans le monde musulman, des islamistes choisissent la voie électorale (avec des partis comme Liberté et Justice en Égypte et Ennahdha en Tunisie) pour arriver au pouvoir, l’aide sociale avec un réseau très dense et efficace d’associations caritatives pour réislamiser les sociétés et la propagande sur internet (Daech est à la pointe dans ce domaine-là), ainsi que la langue de bois destinée à abaisser la vigilance des Occidentaux à l’égard du nouveau totalitarisme.

Confondre terrorisme et islamisme, c’est donc manifester une incapacité crasse à faire la différence entre les moyens et l’idéologie qui les utilise. C’est ainsi nier les causes proprement idéologiques et politiques de l’islamisme. Les djihadistes, les Frères musulmans et autres salafistes sont des personnes de convictions, et c’est en leur nom qu’ils agissent. Ces convictions se basent sur une lecture fondamentaliste de l’islam, sur la conviction de la vérité de la cause pour laquelle ils militent. Le but des islamistes est de restaurer le califat — c’est chose faite par Daech depuis juin 2014 — et de plaquer la charia sur l’ensemble de la société puis conquérir et asservir l’Occident, repaire d’infidèles et de juifs matérialistes, conspirateurs et impérialistes. L’islamisme est une réponse stérile et meurtrière du monde musulman à son retard, non seulement sur l’Occident mais encore sur le reste du monde non musulman. L’islamisme est ainsi une création du monde musulman.

Et c’est sans doute pour cette raison que certains rechignent à employer le mot. C’est la crainte de passer pour islamophobe ou, pire, pour un raciste, qui interdit de souligner cette filiation. C’est ce qui explique aussi les refrains éculés après chaque attentat islamiste émis par quelque imam disant : « Ce n’est pas l’islam. »

C’est desservir la vérité, et donc la démocratie sur laquelle elle est fondée, que de nier le caractère proprement musulman de l’islamisme. Répétons-le : toute religion est susceptible de devenir criminelle. Lorsque l’on évoque les bûchers réservés aux sorcières au Moyen Âge ou l’Inquisition on ne s’embarrasse pas d’artifices rhétoriques en disant « Ce n’est pas le christianisme ». Quand on rappelle les crimes commis par les sicaires, ces intégristes juifs qui, au Ier siècle de notre ère, semaient la terreur en Judée contre l’occupation romaine et leurs supposés complices juifs, personne ne dit « Ce n’est pas le judaïsme ». Cela ne signifie pas que l’islam n’est que terrorisme mais que la victoire sur l’islamisme dépend essentiellement de lui.

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