Michel Onfray, incompétence ou idéologie ?

Michel Onfray, l'incompétence au service de l'idéologieLe philosophe Michel Onfray fait de l’histoire un usage tellement malsain que cela pourrait cacher une méconnaissance flagrante du sujet qu’il traite. Mais des arrière-pensées idéologiques archaïques constituent en fait la véritable motivation de ses mensonges.

Dans le chœur des intellectuels censés donner des éléments de compréhension et de réflexion sur la tragédie que connut la France le 13 novembre dernier, la voix de Michel Onfray ne fut pas la moins audible. Et pourtant, au vu des thèses munichoises qu’il défend, on eût préféré l’entendre moins. Non qu’il n’ait pas le droit d’exprimer ses opinions, au contraire. Mais la façon dont il les défend est lamentable.

Pour Michel Onfray, l’Occident est coupable d’avoir déclaré la guerre aux musulmans dans leur ensemble il y a un quart de siècle. Les actes de terrorisme qu’il subit ne seraient donc que la réponse de l’islam politique à l’agression « islamophobe » [1] qu’il a subie de notre part. Au lieu de vouloir empêcher une idéologie totalitaire de s’épanouir, les Occidentaux devraient, selon notre philosophe, discuter et établir des relations diplomatiques avec ses représentants, les tueurs de masse de Daech en tête. En 1938, ceux qui acceptèrent de négocier avec les nazis s’appelaient Daladier et Chamberlain. Ceux qui refusaient de discuter et entendaient les détruire portaient les noms de Churchill puis De Gaulle. On sait à qui l’Histoire a donné raison…

La thèse de Michel Onfray est d’autant plus déplorable qu’elle repose sur une argumentation affligeante présentée comme une réflexion sur « le temps long du philosophe » [2]. En d’autres termes, il prétend faire œuvre d’historien. Il fait plutôt œuvre d’une rare incompétence.

Premièrement, la datation du phénomène. La guerre entre Occident et islam aurait débuté « il y a un quart de siècle » par la faute des États-Unis : « Le premier agresseur est occidental, je vous renvoie à l’Histoire, pas à l’émotion. Il est même identifiable : il s’agit de George Bush, qui invente d’hypothétiques armes de destruction massives pour attaquer l’Irak en 2003 » nous explique Michel Onfray. Une telle ignorance des faits est abyssale. Visiblement, notre philosophe n’a jamais entendu parler du 11 septembre 2001, véritable acte de guerre islamiste à l’encontre de l’Occident perpétré par Al-Qaïda. Notre intellectuel ignore magistralement les attentats qui ont secoué la France dans les années 1980 et 1990, rue des Rosiers, rue Copernic, rue de Rennes et à la station du RER Saint-Michel, ainsi que la prise d’otages de Marignane [3]. Il ne lui vient même pas à l’esprit que la deuxième guerre du Golfe avait pour but de délivrer le Koweït, pays musulman, de la présence des troupes de Saddam Hussein sur son sol. Mais surtout, en quête d’un fauteur de guerre, Michel Onfray, s’il connaissait un tant soit peu l’histoire, aurait dû se tourner du côté de l’URSS. Car c’est l’invasion soviétique de l’Afghanistan, à la fin de l’année 1979, qui suscita la première génération de djihadistes, combattants islamistes venus en découdre avec l’infidèle communiste avant de retourner plus tard leurs armes contre l’Occident. Onfray a semble-t-il oublié que, dans le contexte de Guerre froide, Ben Laden et les Américains étaient alliés…

Mais les insuffisances du philosophe ne s’arrêtent pas là. Car il assène une parfaite contrevérité en affirmant que les Occidentaux, par leurs actions contre le terrorisme islamiste, le « cré[ent] ainsi, car il n’existait pas avant qu’on le fasse naître de la sorte ». La lecture des livres sur le sujet ne semble pas être son fort puisque si c’était le cas, il saurait que les Frères musulmans, qui constituent la matrice de tous les mouvements islamistes passés et présents, commirent des attentats dès les années 1940. Ils assassinèrent ainsi deux premiers ministres égyptiens, le 5 février 1945 et le 28 décembre 1948 et organisèrent par ailleurs de nombreux pogroms dans les quartiers juifs du Caire durant la première guerre israélo-palestinienne.

Deuxièmement, la prétendue politique « islamophobe » menée par l’Occident qui aurait déclenché une présumée riposte de l’islam politique, ne saute pas aux yeux. J’avoue avoir beaucoup de peine à voir une quelconque islamophobie américaine dans l’alliance stratégique entre les États-Unis et l’un des pays musulmans les plus fondamentalistes au monde, l’Arabie Saoudite. Qu’ont d’islamophobes les juteux contrats de vente de Rafales signés entre la France et l’Égypte, l’Arabie Saoudite et le Qatar, tous trois pays musulmans ? La France ou les États-Unis ont-ils déclaré la guerre au Maroc, à la Tunisie, à la Turquie, au Pakistan, à l’Indonésie, au Yémen, à l’Algérie, à l’Érythrée, à la Mauritanie, au Tchad, à la Jordanie ou encore au Niger ? À ma connaissance, non. Sauf erreur de ma part, le Kenya ne se situe pas en Occident, ce qui ne l’a nullement empêché de voir cent quarante-sept de ses habitants massacrés par les islamistes somaliens à l’université de Garissa, à l’est du pays, en avril dernier.

On rétorquera que nous sommes intervenus en Afghanistan, en Irak, en Libye et au Mali pour interdire à leurs populations, selon les mots de Michel Onfray, « le droit à se déterminer comme ils le souhaitent » et alors que ces pays « ne nous menaçaient aucunement ». C’est oublier que Kadhafi, Saddam Hussein et les Talibans s’emparèrent du pouvoir par la force, donc sans aucun mandat de leurs peuples respectifs, et instaurèrent des régimes terroristes pires que ceux qu’ils avaient renversés. Si c’est cela que Michel Onfray appelle la capacité à se déterminer soi-même, alors toutes les dictatures sont des démocraties ! L’argument selon lequel l’invasion de l’Irak en 2003 aurait permis la naissance de Daech s’effondre face à la connaissance des faits les plus élémentaires : l’État islamique règne à la fois sur la Syrie et l’Irak, et étend même son emprise plus largement sur la première que sur le second. Or, je crois savoir que l’Occident n’a nullement renversé Bachar al-Assad et que la Syrie est toujours une dictature. Onfray passe sous silence que la guerre menée contre la Libye avait pour objectif d’aider sa population qui, pour le coup, avait choisi de se débarrasser de son despote. De même, au Mali, les 91 % de ses habitants menacés par l’offensive des djihadistes du nord du pays n’exprimèrent nullement leur désir de vivre dans un État islamique. Rappelons à monsieur Onfray que c’est Bamako qui a demandé l’aide de la France dans sa lutte contre l’islamisme : autrement dit, ce n’est nullement contre le Mali que Paris a fait la guerre. Pourtant, notre pseudo-intellectuel justifia l’établissement de la charia au motif (mensonger) que la population malienne l’avait choisi. Donc, au lieu de prendre parti pour les musulmans, qui, en terre musulmane, défendent les droits de l’homme, il choisit leurs ennemis ! Apparemment, la philosophie ne l’aide pas à réfléchir… Enfin, l’Afghanistan des Talibans abritait les camps d’entraînement d’Al-Qaïda où étaient formés les futurs barbares destinés à aller semer la terreur dans les villes occidentales. De fait, le pays constituait bel et bien une menace, fait superbement ignoré par Onfray. En somme, pour ce dernier, dans les années 1940 il n’aurait pas fallu faire la loi chez les Allemands sous prétexte qu’ils avaient choisi de porter les nazis au pouvoir.

Il faudra aussi qu’il nous éclaire sur les interventions militaires de l’OTAN dans les Balkans dans les années 1990. Car les faits nous disent ceci : les Américains bombardèrent l’ex-Yougoslavie pour protéger des populations musulmanes à deux reprises : en 1995 pour mettre fin au nettoyage ethnique perpétré contre les Bosniaques ; en 1999 pour protéger les Albanais des massacres commis à leur encontre par Belgrade. Les attentats du 11 septembre étaient-ils une façon, pour Ben Laden, de remercier l’Amérique ?

Troisièmement, le terrorisme islamiste, loin de s’en prendre seulement aux pays occidentaux, fait des ravages également au sein même des pays musulmans. Voilà encore un fait qui est totalement passé sous silence par Michel Onfray. S’il lisait les journaux, celui-ci serait au courant que la Tunisie a été frappée, cette année, par trois attentats. Que la Turquie fut frappée le 10 octobre par une opération-suicide qui fit 102 morts. Que l’Égypte fut atteinte le 31 octobre par l’explosion d’un avion qui tua 224 personnes. Et que le Liban, le 12 novembre dernier, fut touché par un attentat qui causa la mort de 44 personnes. Encore ne rappelons-nous là que les exemples les plus récents. Le Yémen, en plus d’être la proie du fanatisme religieux de Daech et d’Al-Qaïda, est actuellement bombardé par l’Arabie Saoudite qui, jusqu’à preuve du contraire, est un pays musulman.

On serait amené à conclure au premier abord qu’une inculture aussi crasse, une incompréhension aussi flagrante de l’histoire et une méconnaissance aussi éclatante des faits reflètent seulement une paresse manifeste à se documenter et une incuriosité patente de Michel Onfray pour les sujets qu’il prétend traiter. Mais cette hypothèse ne semble pas pertinente. Nous avons affaire à un philosophe, un homme cultivé, donc un individu dont la profession consiste à lire et à se tenir au courant des événements qu’il a la charge de faire comprendre au public. Sa balourdise a donc une autre explication, d’ordre idéologique.

A l’instar d’Emmanuel Todd, Onfray appartient en effet à cette gauche antilibérale pour qui l’ennemi de l’Occident, le vrai, le seul, n’est pas l’islamisme, ni les régimes où la liberté individuelle est restreinte ou anéantie, ni les courants hostiles à la démocratie. Non, le véritable ennemi est le libéralisme. Les islamistes ne demandent rien de mieux qu’à nous laisser en paix si nous ne les attaquons pas, c’est bien connu. Mais l’Occident étant, aux yeux de Michel Onfray, belliciste et arrogant, il est tentant de lui imputer la responsabilité de crimes qu’il ne commet pas sur le mode « L’Occident impérialiste et agressif récolte ce qu’il sème ». Ainsi Onfray, malgré son rejet viscéral de l’islamisme, justifie-t-il la nouvelle peste antilibérale.

.

.

[1] Étrangement, les persécutions et les massacres dont sont victimes les Rohingya, communauté musulmane de Birmanie, et les Ouïghours, musulmans de Chine, ne déclenchent aucune indignation chez Michel Onfray.

[2] Le Point, 19 novembre 2015, p. 114. Toutes les citations de Michel Onfray sont extraites de cet article au titre joliment islamiste digne de la propagande de l’État islamique : « Michel Onfray : “La France doit cesser sa politique islamophobe” ».

[3] L’attentat de la rue Copernic du 3 octobre 1980 visa une synagogue. Celui de la rue des rosiers, du 9 août 1982, visait une nouvelle fois des juifs. Celui de la rue de Rennes, le 17 septembre 1986, prit pour prétexte le soutien apporté par la France à l’Irak (pays musulman, soit dit en passant) contre l’Iran. Le 25 juillet 1995, une bombe explosa à la station du RER B Saint-Michel. En décembre de la même année, à l’aéroport de Marignane, le GIGN mit fin à une prise d’otages dans un Airbus débutée en Algérie.

Publicités

7 réflexions au sujet de « Michel Onfray, incompétence ou idéologie ? »

  1. désolé, votre critique de Michel Onfray est partisane, Situer le début de la guerre entre les États unis et l’intégrisme islamiste le 11.09.2001 est contestable. Le livre qui théorise la guerre entre les islamistes et l' »Occident » a été écrit par Samuel Huntington en 1996 sous le titre le choc des civilisations.
    Il théorise, la politique menée par l’Hyperpuissance depuis la fin du siècle dernier.
    En fait la politique de l’hyperpuissance, est une autoprohétie! de plus elle s’invente ainsi un ennemi de substitution, après la chute de l’URSS. Ennemi bien plus valorisant et moins dangereux, il ne met pas en question le système économique dominant.
    Le rôle de l’hyperpuissance est clair, manipuler un ennemi, financer et soutenu par ses alliés de l’OTAN: Turquie et Allemagne, et de la région les monarchies du Golfe.
    Fiare semblant de le combattre, car cette abcès de fixation ne menace pas les Etats unis, mais l’Union Européenne,et le proche orient!

    A qui profite cette guerre, ce terrorisme conséquences de la désastreuse guerre d’Irak?.
    Aux Etats unis et à ses alliés régionaux dont Israel!

    Qui est affaibli?

    Les états du proche orient indépendants de l’Hyperpuissance, l’UE! sans rire madame Merkel va soutenir Erdogan entre les deux tours des élections, lui promet 3 Milliards, pour la protéger des réfugiés, provoqués par la politique de l’Hyperpuissance et ses alliés de l’OTAN dont le principal le gouvernement Merkel Gabriel gouvernement Erdogan, les r pétromonarchies!le gouvernement hollande, le g

    • A aucun moment je n’ai dit que la guerre entre islamisme et Occident avait débuté le 11 septembre 2001, j’ai même dit exactement le contraire. Relisez-moi, SVP !
      Les Etats-Unis ne se sont nullement inventé un ennemi, à moins que vous me démontriez que la Confrérie d’Hassan al-Banna fondée en 1928 l’a été avec l’aide des Américains… Je doute que les attaques des islamistes profitent aux Etats-Unis : je vois mal en quoi le bourbier irakien a été bénéfique pour les Américains. Par contre, j’avoue n’avoir pas compris votre dernier paragraphe.

  2. Le problème d’Onfray, c’est qu’un jour il est libertaire, le lendemain, Chevènementiste et le surlendemain on ne sait plus ! Moi je vois qu’il est bien pote avec Zemmour et qu’il va deviser sur TV Libertés, le média de l’ancien frontiste Martial Bild …un peu comme Todd à qui Philippot à dit un jour …venez au FN, on applique intégralement vos idées !

    • Où l’on voit que souvernainismes de gauche et de droite se rejoignent dans leur haine commune de l’UE, du libéralisme et de la mondialisation. Ce qui, au XXIe siècle, est une aberration.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s