Lectures 2015

Lectures 2015Comme chaque année depuis 2012 sur ce blog, le mois de décembre est l’occasion d’un exercice inspiré de la presse britannique : parler en quelques mots des lectures faites au cours de l’année écoulée.

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Lectures 2015 (6)Pays revenu sur le devant de la scène médiatique en raison de la guerre menée contre l’État islamique, l’Irak méritait bien un ouvrage replaçant dans une perspective historique l’échec de la transition démocratique qui a fait suite à la troisième guerre du Golfe et au renversement de Saddam Hussein, et l’émergence puis l’affirmation de Daech. C’est celui de Myriam Benraad, Irak, la revanche de l’histoire. Le dépeçage de l’empire ottoman et l’instauration du mandat britannique, le développement et le renforcement du salafisme sous la monarchie puis sous la dictature de Saddam Hussein, la violence déchaînée du Baas, parti unique, qui a communautarisé l’Irak, la vision fausse de l’administration Bush voyant dans la communauté sunnite la colonne vertébrale du régime à abattre, la politique américaine — néfaste — de débaasification, le refus du premier ministre chiite Al Maliki, après 2010, d’accepter le résultat des urnes donnant la victoire à des partis sunnites, enfin, les divisions et les affrontements entre insurgés, nationalistes et islamistes, Al-Qaïda en tête, font partie de ces phénomènes analysés avec talent par l’auteur et qui ont contribué à placer l’Irak dans l’abîme actuel. (Benraad, Myriam, Irak, la revanche de l’histoire. De l’occupation étrangère à l’État islamique, Paris, Vendémiaire, 2015, 288 pages)

Lectures 2015 (5)Qu’y a-t-il dans la tête de Vladimir Poutine ? Autrement dit, quelles sont ses ambitions géopolitiques pour la Russie ? Et comment compte-t-il s’y prendre ? C’est le sujet du livre de Michel Eltchaninoff qui analyse les différentes sources intellectuelles du projet poutinien. L’actuel maître du Kremlin est un impérialiste qui veut rendre à la Russie sa grandeur passée, celle qu’elle avait (ou qu’elle croyait avoir) sous l’URSS. De fait, Poutine a une structure de pensée très soviétique (mépris pour les petites nations aux frontières russes, rejet de l’Occident et méfiance vis-à-vis des organisations internationales). Son projet conservateur mêlant patriotisme, valeurs chrétiennes traditionnelles, dictature, expansionnisme et apologie de la guerre, passe notamment par un ensemble « eurasiatique » associant la Chine et la Russie mais difficilement envisageable. Les moyens de Poutine sont essentiellement au nombre de deux : d’une part, le soft power, qui consiste à diffuser par tous les moyens la culture russe en Occident ; d’autre part, les relais occidentaux des personnalités politiques et intellectuelles qui éprouvent la même haine que lui pour la démocratie, les droits de l’hommes, l’économie de marché et l’autonomie individuelle, qui se trouvent, en France par exemple, sur toute la palette de l’échiquier politique, du Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon au Front national de Marine Le Pen. (Eltchaninoff, Michel, Dans la tête de Vladimir Poutine, Solin/Actes Sud, 2015, 176 pages)

CHINE_L_AGE_DES_AMBITIONS_P1.qxp_Mise en page 1C’est à un voyage en Chine que nous invite le livre du journaliste Evan Osnos, Chine. L’âge des ambitions. L’auteur y a séjourné huit ans, de 2005 à 2013. De ce séjour il a tiré la matière principale de son ouvrage. On y rencontre un ancien officier taïwanais ayant déserté pour aller vivre sur le continent, un fils de paysans aveugle ayant appris le droit par lui-même qui se fait l’avocat des victimes collatérales de la politique antinataliste chinoise, une directrice de magazine qui s’autorise à traiter de certains sujets sensibles malgré la censure, un jeune nationaliste chinois qui entend combattre la propagande occidentale qui, selon lui, traîne son pays dans la boue, un jeune écrivain qui gagne aussi de l’argent en étant pilote de courses, un artiste qui ne craint pas d’élaborer des œuvres pouvant subvertir le pouvoir communiste. Entre autres. Des récits de leurs expériences et des nombreuses connaissances à disposition sur la Chine contemporaine, Evans Osnos livre un texte agréablement bien écrit. D’où il ressort que les ambitions qu’évoque le titre sont d’abord celles de ces millions de Chinois qui entendent se réaliser grâce à la découverte récente de leur autonomie individuelle à la faveur de la conversion de leur pays au capitalisme. Mais qu’elles se heurtent à un pouvoir dictatorial qui, précisément, restreint cette autonomie. Les problèmes liés au manque de liberté d’expression, à la corruption — qui atteint des niveaux insoupçonnés — et aux inégalités sont largement évoqués et contribuent à la désillusion récente de nombreux habitants. Toutefois, la possibilité que le régime chinois puisse perdurer dans l’autoritarisme semble difficile à envisager car sa population s’en détache progressivement. (Osnos, Evan, Chine. L’âge des ambitions, Paris, Albin Michel, 2015, 494 pages)

Lectures 2015 (2)Tout le propos de ce livre est contenu dans son titre : Quand notre monde est devenu chrétien (312-394). Son auteur, Paul Veyne, nous raconte, dans cet essai condensé, comment l’Europe est progressivement passée au christianisme. Tout a commencé avec la conversion de l’empereur Constantin. Celui-ci eut l’habileté, en retour, de ne pas persécuter les païens, permettant ainsi un équilibre dans le cadre d’un système politique pagano-chrétien jusqu’à ce qu’il devienne uniquement chrétien en 394 à la faveur de la première guerre de religions. Mais la contingence a aussi sa part dans cette histoire, comme en témoigne le tournant de 363 et le changement de dynastie qui a bien failli permettre le retour d’un païen à la tête de l’empire. L’essai se conclut par des réflexions stimulantes sur la notion d’idéologie et sur les (prétendues) racines chrétiennes de l’Europe. (Veyne, Paul, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), Paris, Albin Michel/Le Livre de poche, 2007, 279 pages)

Lectures 2015 (3)Raymond Aron avait dénoncé dans les années 1950 l’« opium des intellectuels » que constituait le marxisme, doctrine qui avait contaminé une large partie de l’intelligentsia. Cet opium sévit toujours, sous les traits de son avatar, le « sociologisme ». Le mot est de Philippe Val dans Malaise dans l’inculture. Le sociologisme, issu de la pensée anti-Lumières de Rousseau, a pour but d’inculquer l’idée unique, fondatrice, que tout ce qui arrive de mal, c’est « la faute à la société ». Une fois muni de ce logiciel, vous pouvez prendre position sur n’importe quel sujet sans vous tromper car vous pouvez identifier à coup sûr le Bien et le Mal. Israël, l’Amérique, l’Europe, la mondialisation, les entreprises, les OGM : c’est le Mal. Le Hamas, l’Iran, la décroissance, la haine du progrès, les théories du complot : c’est le Bien. Et si vous ne vous soumettez pas à cette grille de lecture, vous êtes un ennemi à abattre. Voilà les ravages produits par les disciples de Rousseau et Marx, notamment Bourdieu, qui expliquent le « malaise dans l’inculture » décrit dans le livre de Philippe Val. Un malaise qui se traduit par la chute des ventes de journaux, par la montée du Front national, un « politiquement correct » alimentant celle-ci, et un délitement généralisé de l’instruction, entre autres. Un livre décapant. (Val, Philippe, Malaise dans l’inculture, Paris, Grasset, 2015, 303 pages)

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