Jean-Jacques Rousseau au Bataclan

Un ancêtre des djihadistes ?

Un ancêtre des djihadistes ?

Rousseau en a rêvé. Daech l’a fait le 13 novembre dernier.

La vermine islamiste a encore frappé le 13 novembre dernier à Paris. Des attentats qui s’ajoutent à la liste interminable d’actes meurtriers perpétrés par les fous d’Allah depuis des décennies. L’une des cibles de ce funeste vendredi 13 est révélatrice des obsessions et des buts que s’assigne le totalitarisme islamiste. Et de sa proximité idéologique avec un penseur, bien occidental celui-là, Jean-Jacques Rousseau.

Cette cible, c’est le Bataclan, là où le carnage fut le plus effrayant. Attaquer ce lieu constituait un acte antisémite. Le Bataclan fut déjà l’objet de menaces pour des motifs explicitement antisémites — notamment en 2011 lorsqu’un jihadiste avait déclaré aux policiers avoir eu le projet d’attaquer la salle de spectacle parce que « les propriétaires [étaient] juifs ». Le groupe qui se produisait sur scène lors de la tragique nuit du 13 novembre 2015 avait fait une tournée en Israël. L’islamisme ne manque jamais, lorsqu’il agit et qu’il en a l’occasion, de laisser se déchaîner sa haine du juif [1].

Mais c’est aussi la culture, en l’occurrence l’art et le spectacle, qui était visée. Les sauvages de Daech ont démontré leur profonde aversion pour l’art en mettant à sac le musée de Mossoul et en dynamitant plusieurs vestiges antiques de Palmyre [2]. Ce qui est remarquable, de ce point de vue, dans l’attaque contre le Bataclan, c’est la rencontre entre leur pensée et celle de Rousseau, autrement dit de deux représentations totalitaires du monde.

Relisons le communiqué de l’État islamique revendiquant les attentats de Paris. Il affirme s’en être pris au « bataclan [sic] ou [sic] étaient rassemblés des centaines d’idolâtres dans une fête de perversité ». Selon leur stérile idéologie, les islamistes considèrent en effet les spectacles et toute forme de réjouissances comme un délabrement des mœurs et un encouragement au vice. C’est pourquoi, l’imam salafiste d’une des mosquées de Brest considère la musique comme l’œuvre du diable et, donc, comme un art dont il faut se méfier comme de la peste. Il enseignait ainsi aux jeunes enfants que ceux qui « aiment bien la musique sont ceux qui aimeraient bien être transformés en singes ou en porcs » et que « Allah n’aime pas la musique parce que c’est ce que le diable aime ».

C’est ce dégoût vis-à-vis des arts que l’on retrouve chez Jean-Jacques Rousseau qui nageait ainsi à contre-courant de l’esprit des Lumières. Dans son Discours sur les sciences et les arts de 1750, le philosophe suisse faisait de ceux-ci un agent de corruption des mœurs. Bertrand de Jouvenel, dans son Essai sur la politique de Rousseau, a noté qu’il ne voyait dans le théâtre qu’une façon d’abreuver le public d’images fausses. Le rejet des arts par le philosophe de Genève est très explicite dans sa Lettre à d’Alembert sur les spectacles de 1758 dans laquelle il livre une charge féroce contre le théâtre de son époque, plus particulièrement la tragédie et la comédie.

À la première, il reproche son illusion puisqu’elle ne provoque qu’une « émotion passagère et vaine » [3] et que l’expérience de ses personnages, dont l’intrigue se déroule dans l’antiquité, est trop éloignée de celle des spectateurs pour que le message de la pièce ait une quelconque utilité. Par ailleurs, la tragédie favoriserait le vice en le mettant en scène : avec elle, « on ne corrige pas les mœurs, on les peint » écrit Rousseau.

Les critiques réservées à la comédie sont du même acabit. Voici ce qu’assène Rousseau en parlant d’elle :

« Tout en est mauvais et pernicieux, tout tire à conséquence pour les spectateurs ; et le plaisir même du comique étant fondé sur un vice du cœur humain, c’est une suite de ce principe que plus la Comédie est agréable et parfaite, plus son effet est funeste aux mœurs […] Qui peut disconvenir que le Théâtre de ce même Molière […] ne soit une école de vices et de mauvaises mœurs, plus dangereuses que les livres où l’on fait profession de les enseigner ? »

Une autre tare attribuée à la comédie par Rousseau est que ses auteurs stimulent le débat d’idées en critiquant la société et en jouant avec ses repères. Le philosophe écrit : « Voyez comment, pour multiplier ses plaisanteries, cet homme trouble tout l’ordre de la Société ; avec quel scandale, il renverse tous les rapports les plus sacrés sur lesquels elle est fondée »

Enfin, Rousseau s’insurge contre la montée sur scène des femmes, ravalées ainsi, selon lui, au rang de femmes-objet. Une telle pratique s’oppose aux bonnes mœurs et à l’équilibre de la famille dans laquelle la femme a une place bien déterminée. Autrement dit, que des femmes puissent trouver à s’épanouir dans l’art théâtral et qu’elles puissent exercer librement une activité qui leur plaît et grâce à laquelle elles puissent être autonomes, voilà qui était condamnable. On notera que cette position ne s’illustre pas particulièrement par son féminisme et sa défense de l’émancipation des femmes.

L’opinion exprimée ici sur les femmes par Rousseau rejoint ainsi et encore une fois, comme ses positions sur les spectacles, celles des islamistes. La cible commune au philosophe genevois et aux barbares fondamentalistes est la liberté. Et le projet alternatif à cette dernière est proprement totalitaire dans la mesure où il ne s’agit pas seulement de prendre le pouvoir et d’éliminer ses opposants mais de construire un État qui doit s’emparer pour les asservir de tous les aspects de la vie individuelle privée et publique, jusque dans ses aspects intellectuels et artistiques. Parce qu’il constitue un endroit où s’exprime la « perversité », le Bataclan fut donc, en cette épouvantable nuit de novembre, le lieu où la pensée de Daech et celle de Rousseau se sont accomplies, dans une mare de sang. Et au lendemain des attaques, les salles de spectacle furent fermées : nul doute que Rousseau aurait apprécié.

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[1] Sur l’antisémitisme islamiste, on pourra lire l’ouvrage de Matthias Küntzel, Jihad et haine des juifs. Le lien troublant entre islamisme et nazisme à la racine du terrorisme international, paru aux éditions du Toucan avec un avant-propos de Boualem Sansal et une préface de Pierre-André Taguieff.

[2] Nous publierons prochainement un article sur les vandalismes dans l’histoire.

[3] Toutes les citations qui suivent, sauf mention contraire, sont extraites de la Lettre à d’Alembert sur les spectacles.

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