Portrait de François Ier par Clouet

LFrançois Ier par Clouete portrait de François Ier réalisé par Jean Clouet est un tableau éminemment politique.

Le fameux portrait de François Ier, aujourd’hui conservé au musée du Louvre, a pour auteur Jean Clouet (1480-1540). Son commanditaire n’est autre que la personne qui y est représentée, le roi de France lui-même. Le tableau, aux dimensions relativement modestes par rapport à d’autres portraits royaux (96 par 74 centimètres), fut exécuté aux environs des années 1527-1532. À cette époque, le roi de France accumule les revers à l’étranger depuis plusieurs années : élection de son rival Charles Quint à l’Empire, défaite de Pavie en 1525 suivie d’un an de captivité, traité de Madrid en 1526 qui l’humilie en échange de sa libération, défaites militaires en 1528 et 1529 et « paix des Dames » d’août 1529 qui reprend, pour l’essentiel, les clauses du traité de Madrid. À l’intérieur, la réorganisation du royaume renforce l’autorité du pouvoir royal et la centralisation monarchique. Dans un tel contexte, la nécessité d’afficher la puissance souveraine passait, entre bien d’autres moyens, par l’art. Le tableau de Clouet constitue donc une image politique.

François Ier par Clouet

Un roi représenté dans toute sa majesté

François Ier est représenté le buste presque de face, la tête — coiffée d’une toque de velours noir agrémentée d’une plume d’autruche blanche — légèrement tournée vers la gauche, esquissant un léger sourire et le regard fixant le spectateur. La barbe est soignée, le nez nettement prononcé. Le roi tient un gant dans sa main droite tandis qu’il serre le pommeau doré de son épée de la main gauche. L’arrière-plan se compose d’une tenture rouge sur laquelle apparaît le motif de la couronne, qui rappelle son statut de monarque.

C’est surtout la tenue vestimentaire qui retient l’attention du regard. Le luxe et le raffinement du pourpoint sont rendus avec une grande précision. L’on distingue nettement les parties noires et blanches toutes deux brodées de fils d’or. La dorure rappelle le pommeau de l’épée et se retrouve sur le collier de l’ordre de Saint-Michel dont François Ier est le grand maître. Les manches du pourpoint forment des plis dont le réalisme saisissant donne un effet bouffant. Ce dernier est encore renforcé par la chemise blanche qui émerge, de façon très réaliste également, à travers les taillades du pourpoint. Ainsi, le costume met en valeur la stature impressionnante du roi, qui occupe toute la largeur du tableau. De fait, François Ier était un homme de grande taille et à la constitution physique solide qui lui valut, de la part des panégyristes, le surnom de « noble champion » et les comparaisons avec Hercule, César, Constantin et Auguste. La perfection du corps physique du roi représentait la perfection du corps de l’État, dont il était la tête, le chef.

Jean Clouet a donc représenté le roi de France dans toute sa majesté, avec la solennité, la magnificence et l’éclat qui lui siéent.

Un habit d’apparat qui renforce la stature du roi

François Ier 4Dans la mise en œuvre du portrait, Jean Clouet a utilisé une technique dans ses dessins préparatoires mêlant deux couleurs, la pierre noire et la sanguine. De cette façon, il a pu livrer, dans le résultat final, un visage aux contours vivants et réalistes. Ce portrait de François Ier lui a été directement inspiré par celui, peint vers 1450-1455, du roi de France Charles VII exécuté par Jean Fouquet (voir ci-contre). Les points communs sautent aux yeux : représentation à mi-corps, les mains qui se rejoignent, la tête, coiffée, légèrement tournée vers la gauche, l’absence de perspectives en arrière-plan, et le costume rembourré visant à accentuer la stature du monarque.

Cependant, et justement, la différence intervient sur ce point. La sobriété — l’austérité, presque — du costume de Charles VII s’oppose totalement avec le très grand raffinement et la très grande richesse de celui de François Ier qui lui procure une présence physique massive et presque intimidante. Le choix du vêtement par le peintre est déterminant. En effet, au quotidien, François Ier portait des robes qui le distinguaient mal des officiers de justice et de finance vêtus de la même façon. Jean Clouet choisit donc de représenter le souverain en habit d’apparat pour mieux affirmer sa majesté et son statut. Ce costume, essentiellement composé de noir et de blanc, est aux couleurs personnelles du monarque. Surtout, le choix d’un vêtement coloré, brodé de fil d’or et bouffant, symbolise l’opposition politique au grand rival de François Ier, Charles Quint, qui s’habillait souvent de noir et qui était de petite taille, comme en François Ier 5témoigne un portrait exécuté par Le Titien vers 1548 (voir ci-contre). L’empereur est représenté assis sur une chaise, tout de noir vêtu, semblant presque fatigué, représentation qui colle mal à un monarque qui régnait sur tellement de terres réparties dans le monde qu’il pouvait dire que, sur son empire, « le soleil ne se couch[ait] jamais ». Le portrait de François Ier que signe donc Jean Clouet vise à entretenir la splendeur, la gloire, le rayonnement d’un roi qui, dans les faits — en tout cas sur le plan des relations internationales — était, à cette époque, en grandes difficultés. Mais l’éclat du souverain dans ce portrait permettait aussi de rappeler l’autorité royale qui s’affirmait alors à l’intérieur du royaume.

On notera également la raideur du personnage, la quasi-absence de mouvement de sa part qui renvoient à la rigueur, à la fois physique et morale, qui constituait un idéal au temps de l’humanisme.

Un jeu de regard qui accentue la grandeur du roi

Ce portrait du roi est très différent d’autres portraits de lui exécutés sous son règne. Ainsi, dans Les Chroniques de Judas Machabée, paru en 1514, se trouve une enluminure représentant François Ier sur son trône, entouré de ses conseillers. En 1527, une autre enluminure, représentant le procès du connétable de Bourbon, fait figurer le monarque entouré, lui aussi de ses conseillers et de hauts dignitaires de l’Église. Ces deux enluminures représentent un pouvoir « collégial », où le roi ne décide pas seul, même s’il est revêtu de tous les attributs de sa puissance (sceptres, couronne, manteau d’hermine, omniprésence des fleurs de lys…).

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François Ier 3

Enluminure de 1514 extraite des Chroniques de Judas Machabée

François Ier 2

Enluminure de 1527.

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Au contraire, dans le portrait de Clouet, le roi est le seul et unique personnage : le pouvoir est centré sur le roi lui-même. C’est une image personnalisée et non plus un portrait collectif.

Ce genre du portrait d’apparat est apparu en Italie au XVIe siècle et se manifeste dans le tableau de Clouet par l’adresse directe du regard au spectateur : les yeux du modèle directement posés sur celui qui le regard accentue sa grandeur. Comme l’explique la fiche pédagogique relative à l’exposition sur François Ier qui se tient actuellement à la BNF : « L’homme et son regard deviennent les fondements de la construction de l’image. » Et ce jeu de regard contribue à l’éclat de la puissance royale qu’il s’agit de magnifier et de faire resplendir.

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