Polémique Le Pen : le « détail » qui tue

Un "détail" selon M. Le Pen...

Un « détail » selon M. Le Pen…

Jean-Marie Le Pen a renouvelé dernièrement ses propos concernant les chambres à gaz, les qualifiant de « détail » de l’histoire. Les réactions à ces propos ne furent malheureusement pas à la hauteur. Conséquence d’une étatisation de l’histoire…

Lors de l’interview qu’il a accordée à Jean-Jacques Bourdin le 2 avril dernier sur BFM-TV, Jean-Marie Le Pen, en toute rigueur, ne s’est livré à aucune contestation de l’existence de crimes contre l’humanité puisque, qualifiant les chambres à gaz de « détail de l’histoire de la guerre » de 1939-1945, il en reconnaît, de cette façon, l’existence. Ce qui est ignoble dans ses propos, c’est le zeugme auquel il s’adonne, plaçant sur le même plan « un éclat d’obus qui vous déchire le ventre, une bombe qui vous décapite, une chambre qui vous asphyxie ».

Faisons d’abord observer à monsieur Le Pen que, contrairement aux soldats qui se battirent en Normandie, à Stalingrad, à El-Alamein ou à Iwo Jima, les foules juives qui arrivaient de toute l’Europe pour se faire gazer dans les camps prévus à cet effet n’étaient pas des militaires mais des civils et ne se trouvaient nullement sur le front mais dans un arrière entièrement sous la botte d’Hitler. On rétorquera, à juste titre, que des civils furent, eux aussi, victimes de bombardements. Sauf que, deuxième observation, les bombardements, sur le front ou sur des villes de l’arrière, entraient dans le cadre d’une guerre entre États et répondaient à des objectifs militaires. L’extermination des Juifs, elle, visait un but idéologique. Les obus et les bombes sont des armes, tandis que les chambres à gaz formaient un dispositif localisé en certains lieux sur lesquels il fallait acheminer les victimes. Les armes ont une fonction offensive ou défensive. Les chambres à gaz ont une fonction homicide. On mesure donc ici l’ignominie des propos de Jean-Marie Le Pen : nier la spécificité du crime dont furent victimes les Juifs — un génocide — en le noyant dans la masse des horreurs de la guerre.

On rappellera ensuite à monsieur Le Pen que les chambres à gaz étaient associées aux fours crématoires dans le cadre d’un véritable complexe industriel de mise à mort qui n’a aucun précédent dans l’histoire. Même les deux génocides précédents, ceux des Herero et des Arméniens, s’ils ont parfois pris la forme d’un enfermement dans des camps, ne comportaient pas de technique industrielle monstrueuse semblable à la combinaison gazage-crémation à l’œuvre dans l’extermination des Juifs. C’est pour cette raison que l’emploi des chambres à gaz homicides est unique et, par conséquent, ne peut être assimilé à un « détail ».

Enfin, si le président d’honneur du Front national voulait bien se donner la peine de se documenter, il aurait pris connaissance des milliers de livres, articles et documents d’archives disponibles sur le génocide des Juifs, qui démontrent, preuves à l’appui, l’existence des chambres à gaz. On peut souligner en particulier le grand nombre de témoignages de rescapés des camps mais aussi ceux des anciens nazis. Monsieur Le Pen aurait sans doute rétorqué qu’il s’agit d’un vaste complot fomenté par la « juiverie » et les « sionistes » qui auraient torturé des nazis pour leur soutirer des aveux et fabriqué des milliers et des milliers de documents… Bien. Les preuves de ce complot, s’il vous plaît ?

Voilà pour la réponse qui aurait dû être faite à monsieur Le Pen dans le cadre d’un régime normal de liberté d’expression. Mais la France aime faire dans l’exception, c’est bien connu. L’histoire, donc, dans ce pays, ne semble pas avoir la moindre utilité. En témoignent les réactions aux insanités du père Le Pen, toutes plus inconsistantes les unes que les autres, qui se bornèrent à n’être qu’une surenchère dans l’indignation. Celle-ci a remplacé le raisonnement. Stéphane Hessel a fait des ravages.

Les personnalités indignées par le « détail » ont ainsi étalé au grand jour leur incapacité à répondre à un négationniste, c’est-à-dire à raisonner. Terrassées par une phrase. Jean-Jacques Bourdin est le premier à avoir failli. C’est lui qui demande à Jean-Marie Le Pen s’il regrette ses précédents propos relatifs au « détail ». Connaissant le personnage, il aurait dû anticiper la réponse de son interlocuteur et, surtout, préparer la riposte. Ce ne sont pourtant pas les ressources qui manquent : bibliographies et certains sites internet [1] regorgent d’informations sur le sujet, notamment sur la façon de répondre aux discours négationnistes.

Cette paresse intellectuelle s’explique sans doute par la loi Gayssot érigeant en délit d’opinion les propos minimisant ou niant la réalité du génocide des Juifs. Autrement dit, l’étatisation de l’histoire engendre l’irresponsabilité : puisque c’est la loi qui déclare avéré un fait historique, pourquoi se fatiguer à chercher de l’information à son sujet et à renforcer sa connaissance ?

Et, en conséquence, cette histoire officielle devient du pain bénit pour les négationnistes. Citons deux d’entre eux. Le premier est Alain Soral : « Monsieur Le Pen a profondément tort, la chambre à gaz est tout sauf un point de détail, c’est même aujourd’hui, plus qu’hier encore, la religion, le dogme autour duquel tourne toute l’époque contemporaine. » (nous soulignons) Le second est Robert Faurisson qui, dans ce texte, qualifie le génocide des Juifs de « religion officielle de tout l’Occident » (nous soulignons). Le vocabulaire employé, appartenant au lexique religieux, trahit ainsi la volonté de réduire un fait historiquement connu en simple croyance.

Remercions donc l’État : car en instaurant la loi Gayssot, il a transformé un fait historique en vérité établie non discutable. Avec l’effet pervers que l’on a vu : le camp de la vérité, privé des stimuli nécessaires à son éveil et à sa vigilance, semble avoir perdu la capacité et la volonté de réfuter ses adversaires, de convaincre l’opinion et d’utiliser sa raison. Ainsi a-t-on affaibli la cause que l’on croyait défendre…

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Note
[1] Citons-en deux : PHDN (en français) et Nizkor (en anglais).

 

 

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