Le nazisme est-il le miroir de l’Occident ?

Miroir de l'OccidentJean-Louis Vullierme a publié un « essai de philosophie cognitive de l’histoire » comme il le présente lui-même. Très dense, l’ouvrage livre une approche originale du nazisme sans forcément emporter la conviction.

Le livre de Jean-Louis Vullierme, Miroir de l’Occident, propose une analyse très structurée du nazisme pour en donner une explication profonde : le système politique nazi refléterait, en fait, la part dominante des différents composants constituant la civilisation occidentale (d’où le titre). Il use également d’une approche cognitive pour proposer des remèdes au mal qui, selon lui, continuerait de ronger l’Occident.

L’« Antagonisme », reflet d’un « désordre cognitif »

Cet ouvrage, très dense, veut explorer les sources du national-socialisme, que son auteur décèle toutes dans la civilisation occidentale. Il en énumère une bonne quinzaine : suprématisme racial, eugénisme, antisémitisme, nationalisme, colonialisme, esclavagisme, militarisme, propagandisme, bureaucratisme, autoritarisme, antiparlementarisme, positivisme juridique, messianisme politique, terrorisme d’État, populisme, jeunisme, auxquels il faut ajouter deux autres éléments désignés chacun par un néologisme créés par l’auteur : anempathisme et acivilisme. Le premier se caractérise par l’absence totale de sentiment au sujet de la souffrance d’autrui, et le second désigne le mépris catégorique pour les populations civiles lors des guerres. Jean-Louis Vullierme ajoute que c’est la combinaison de tous ces éléments qui ont fait l’originalité du nazisme. L’histoire a offert, selon lui, des configurations différentes de plusieurs de ces éléments mais sans jamais tous les rassembler.

C’est ainsi, par exemple, que le « modèle américain » du nazisme constitue le chapitre le plus fourni de l’ouvrage. Le racisme anti-noir, la ségrégation, les idées racistes et eugénistes de Madison Grant, la conquête de l’Ouest au détriment des Indiens, l’antisémitisme de Ford constituent des exemples de quelques uns des éléments listés plus haut. Mais qu’ont-ils de spécifiquement américain ? Après tout, le racisme et la ségrégation sont des importations européennes, l’antisémitisme — création européenne — d’un Américain, aussi riche et puissant fût-il, ne saurait signifier que cet antisémitisme était partagé par l’ensemble de la population des États-Unis, et, pourrait-on souligner, la politique « indienne » des Américains ne répond pas du tout à un projet génocidaire comme le fut la conquête de l’Est par les nazis à partir de 1941. En revanche, il y a des pays non occidentaux qui manifestèrent des aptitudes décelées dans le nazisme. Ainsi, pourquoi ne pas faire mention du « modèle russe » d’antisémitisme, avec ses Protocoles des Sages de Sion, faux antisémite fabriqué par la police tsariste, et ses pogromes contre les populations juives de son empire ? Enfin, quitte à aller chercher d’autres modèles du nazisme, Jean-Louis Vullierme aurait été bien inspiré de remonter jusqu’à l’antiquité avec Sparte et Platon, comme le fait bien Frédéric Rouvillois dans Crime et utopie (lire notre recension).

Les exemples d’anempathisme, d’acivilisme, de militarisme, de bureaucratisme ou encore d’autoritarisme et de terrorisme d’État, pour ne citer qu’eux, sont largement développés par l’auteur qui en trouve dans différents pays et à différentes périodes de l’histoire : la Prusse, les empires coloniaux, la domination de l’Irlande par la Grande-Bretagne… Chacun des exemples sont développés et argumentés. Le trait commun à chacune des sources du nazisme analysées par l’auteur réside dans ce qu’il appelle l’« Antagonisme », objet du sixième chapitre. L’Antagonisme est défini comme une caractéristique qui, présente dans chacun des composants identifiés comme une source du national-socialisme, les « structure » dans « l’opposition à des hommes ». L’Antagonisme prévoit la destruction de l’adversaire, quel qu’il soit (la nation ennemie, la race inférieure, les invalides et les malades, les administrés, les classes sociales jugées déviantes, la minorité des voix dans une démocratie…). Cet Antagonisme est le reflet, pour Jean-Louis Vuillerme, d’un « désordre cognitif ».

Et, pour cette raison, il est possible selon lui de remédier à ce qui a produit le nazisme en agissant sur soi, c’est-à-dire sur ses cognitions, afin d’éradiquer tout élément (racisme, populisme, colonialisme…) ayant contribué au succès du mouvement hitlérien. On aborde ici les thèmes de la psychologie. Une charte est proposée en guise de thérapie. Elle prend la forme de huit commandements adressés au lecteur au futur et à la deuxième personne du singulier, semblable aux Dix Commandements de Moïse. L’auteur avoue lui-même la naïveté de ces règles (par exemple : « Tu combattras les actions adverses et non pas leurs auteurs », « Tu agiras sur toi-même pour agir sur la société » ou « Tu t’efforceras d’élargir la communauté humaine ») mais il estime que ce sont les seules à pouvoir détruire ce qui fut à l’origine d’un des systèmes politiques les plus monstrueux de l’histoire.

Une thèse discutable

L’érudition de l’auteur et son argumentation sont efficaces mais, cependant, ne suffisent pas à convaincre. Certaines de ses analyses sont discutables (comme celles sur le prétendu « modèle américain » du nazisme) et même le fond de sa thèse paraît douteux.

À rebours des analyses communément faites sur le totalitarisme, Jean-Louis Vullierme rejette le qualificatif de « religion séculière » appliqué au phénomène. L’expression ne vise pas à faire des idéologies nazie et communiste des religions au sens propre mais à en souligner les multiples aspects relevant de la croyance, de la foi et d’une attitude similaire à celle que les fidèles d’une religion adoptent. Ainsi, même si les arguments de l’auteur fournissent des remarques intéressantes permettant de distinguer religions et idéologies, ils ne suffisent pourtant pas à ôter le caractère proprement religieux de ces dernières. Par exemple, monsieur Vullierme nous dit que la foi, certes, existe dans les idéologies mais qu’elle ne suffit pas à faire d’elles des « religions séculières » parce que le Führer ou le Prolétariat ne sont pas des dieux mais des « principes supérieurs ». Outre le fait que la présence d’une véritable foi atteste bien d’une dimension religieuse au sein des totalitarismes, on rappellera que, justement, la religion se définit par un ensemble de croyances et de pratiques en rapport avec un principe supérieur, qui n’est pas nécessairement un dieu. Jean-Louis Vullierme oublie un peu vite que la volonté des totalitarismes est de créer un homme nouveau et de permettre ainsi le salut de l’humanité, se fixant ainsi un objectif sacré pour lequel tout est permis, et notamment de détruire tout ce qui peut s’y opposer : c’est la lutte du Bien contre le Mal, une caractéristique qui est loin d’avoir toujours été étrangère à la religion. Les idéologies ramènent, ainsi, l’espérance religieuse sur terre, contrairement aux religions qui la placent dans l’au-delà. Les idéologies fournissent une interprétation globale du monde (lutte des classes, lutte des races…). Elles supposent également, de la part de leurs adeptes, un dévouement total à la cause, un fanatisme et une intolérance certains et une croyance absolue en la Vérité de la cause.

Jean-Louis Vullierme en vient ainsi à remettre en cause le concept de totalitarisme pour mieux mettre sur un pied d’égalité communisme, nazisme et libéralisme, le dernier étant pourtant l’ennemi mortel des deux premiers. Son analyse est pourtant très peu pertinente. D’abord, le libéralisme est anti-étatiste par définition, tandis que le totalitarisme se traduit par l’omnipotence et la toute-puissance étatiques. Ensuite, l’existence, au sein de régimes libéraux, de multiples réglementations couvrant tout ou presque des aspects de la société peut signifier que, premièrement, le libéralisme « intégral » n’existe pas et, deuxièmement, que, l’on s’en éloigne plutôt, tant il est vrai que, pour Raymond Aron, « plus grande est la surface de la société couverte par l’État, moins celui-ci a des chances d’être démocratique ». On ajoutera que les citoyens pouvant librement critiquer et choisir leurs dirigeants jouissent de droits fondamentaux qui sont bafoués sans vergogne dans les régimes totalitaires.

Enfin, le libéralisme ne saurait être identifié au nazisme et au communisme au motif qu’il serait, comme les deux autres, un historicisme. Le libéralisme, même s’il croit au progrès, ne prône pas la contrainte pour le favoriser mais s’en remet aux initiatives individuelles et, donc, à la liberté. Au contraire, le totalitarisme veut forcer le réel à entrer dans son moule idéologique (d’où les camps et les massacres). Surtout, le libéralisme ne propose aucun avenir radieux, aucune espérance — c’est d’ailleurs ce que beaucoup lui reprochent —, à l’inverse des idéologies mortifères qui sont des utopies.

Le fond de la thèse de l’ouvrage est lui aussi très discutable. Selon l’auteur, le nazisme serait le « miroir » de l’Occident parce qu’il combinerait des sources présentes « au cœur de la civilisation occidentale » et, même, qu’il représenterait sa « pointe avancée ». Si l’on comprend bien, donc, l’Occident se résumerait principalement à une civilisation faite de peur et de haine de l’autre, de tyrannie, d’esclavagisme, de bureaucratisme, d’impérialisme (entre autres). Comme si l’Occident était le seul à les avoir connus. Et comme s’il ne s’était pas caractérisé, également, par des attitudes beaucoup plus positives et des pratiques allant à l’exact opposé. D’une part, Gengis Khan, le bâtisseur du plus grand empire de l’histoire, n’était pas, a priori, un Occidental. Les Arabes et les Africains ont, eux aussi, pratiqué l’esclavage, et même, pour les premiers, sur une période beaucoup plus étendue que les Occidentaux. La bureaucratie de l’empire chinois des Song puis des Qing n’avait rien à envier à celle des Occidentaux. D’autre part, les voyages de Marco Polo, les échanges culturels avec les Arabes, l’existence de la Route de la Soie, le triomphe de l’humanisme au XVIe siècle, le siècle des Lumières et les déclarations des droits de l’homme, tous autant de phénomènes majeurs de l’histoire occidentale, ne semblent pas corroborer l’existence d’un « cœur » de civilisation tourné vers le despotisme et l’esclavagisme mais attestent plutôt une ouverture sur le monde extérieur et le respect d’autrui.

Malgré ces faiblesses, Miroir de l’Occident fait partie de ces livres consacrés au nazisme qui ont le mérite d’aborder leur sujet sous un angle original, à l’instar de Nazisme et révolution de Fabrice Bouthillon qui faisait du nazisme un assemblage idéologique mêlant gauche et droite visant à refermer la fracture ouverte par la Révolution française ou, plus récemment, Crime et utopie de Frédéric Rouvillois qui envisageait le national-socialisme comme une utopie.

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VULLIERME, Jean-Louis, Miroir de l’Occident. Le nazisme et la civilisation occidentale, Paris, éditions du Toucan, 2014, 509 pages.

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14 réflexions au sujet de « Le nazisme est-il le miroir de l’Occident ? »

  1. Le libéralisme bafoue les droits fondamentaux tout autant que les régimes totalitaires (mais autrement)
    Le libéralisme n’est pas anti étatiste par essence -mais seulement le discours des libéraux sur le libéralisme (discours dont les libéraux se f… eperdument)
    Le libéralisme a toujours travaille a domestiquer l’État : fonction publique, magistrature, ecole, , sante, armee, police Surtout police! Domestiquer l’Etat est un moyen parmi d’autres de maximiser le profit. Le nazisme a été une des innombrables formes de cette domestication. La haine des juifs, ça ne posait pas de problème au libéralisme allemand (au sens vrai de libéralisme: loi de la jungle dans la recherche individuelle du profit). Les nazis eux-mêmes en ont été dupes: c’étaient de « simples » pillards dénués du sens de l’entreprise et de la rentabilite, qui vibraient a l’unisson d’obsessions et fantasmes décomplexés par la déchristianisation qui avait accompagne tout au long la naissance de l’Allemagne moderne. (cas d’école en Europe-qui éclairerait peut-être l’énigme de la survenue du nazisme en Allemagne?).
    Ne confondez pas les intentions affichées & la logique des rapports de force qui est toujours décisive en dernière instance:le nazi deblatère sur l’homme nouveau, mais il prend en marche le train de toutes les haines qui peuvent favoriser son accès puis son maintien au pouvoir (c’est parce que des municipalités rurales avaient pris, des l’arrivee au pouvoir de Hitler, l’initiative de creer des camps pour les « romanos », mais sans aucune directive gouvernementale, que Berlin demagogiquement s’est mis a s’interesser aux Tziganes comme sous-hommes et a produire la doctrine necessaire, apte a en débarrasser les paysans allemands.
    Toutes choses egales… le liberal SE VEUT anti État (et meme il y croit…), mais son entreprise perit si elle ne tient pas a sa botte l’Etat, ie la ressource de l’impôt, la commande publique, les forces de répression du « désordre » -qui, comme chacun sait, nuit aux affaires. Il est arrive aux nazis de se rebiffer contre cette tutelle, même si ce fut necessairement sans suite (voir, par exemple, le. compte rendu sténographique de la réunion entre Goering, Heydrich & le représentant du patronat allemand des assurances, sur la question de savoir s’il fallait rembourser aux commerçants juifs les dégâts occasionnés par la « nuit de cristal » (en annexe aux CR du procès de Nuremberg).

    • Votre long commentaire échoue à atteindre sa cible. Je doute que Benjamin Constant ou Alexis de Tocqueville aient bien apprécié le viol des droits de l’homme dont ils étaient (eux, parmi bien d’autres) les hérauts. J’ai beaucoup de peine à imaginer que l’Etat ait été « domestiqué » sous le nazisme, c’est plutôt l’Etat qui a « domestiqué » la société (et le terme n’est pas assez fort, il faudrait parler d’asservissement de la société à l’Etat). Une preuve en est le dirigisme économique et le mépris souverain des « lois du marché » par les nazis. Un exemple ? « Par exemple, le cartel de l’acier refuse en 1937 d’augmenter sa productivité et donc de soutenir l’effort de réarmement parce qu’il est obligé d’utiliser du minerai de fer allemand au lieu du minerai suédois, ce qui augmente ses coûts de production. Pourtant, le premier ne contenait que 26 % de métal alors que le second en comprenait 46 %… » Tiré de mon article sur le totalitarisme nazi (https://blogthucydide.wordpress.com/2006/09/15/le-totalitarisme-nazi/). Les nazis sont des étatistes et des antilibéraux forcenés. Vous vous contredisez en affirmant que le nazisme a été « une des formes » de la domestication de l’Etat par les libéraux. Car si c’était le cas, cela aurait du favoriser la « loi de la jungle », la « maximisation des profits », ce qui ne fut pas du tout le cas puisque, vous le dites vous même, les nazis étaient des pillards « dénués du sens de l’entreprise et de la rentabilité ». Votre argumentation ne tient donc pas la route.
      Lisez donc un peu, potassez les livres de sciences politiques, SVP. ! Votre commentaire n’est absolument pas convaincant.

  2. Ne nous enervons pas. Je n’ai pas de cible.Si vous n’aimez pas qu’on vous réponde, faites le nous savoir!
    Quant aux ouvrages de science politique leur lecture ne s’impose que pour en régurgiter le contenu devant des jurys ou trônent leurs auteurs. (et c’est pour ca qu’ils vendent). Quant a comprendre le monde réel, songez simplement que nos gouvernants de tous bords, dont l’incompétence est pathétique, les ont tous potasses! Autant de betisiers pour nos neveux.Vous savez quel est l’etat de la recherche dans l’enseignement supérieur français et spécialement les « grandes
    Oui, le liberal est un pillard. Et comme tous les pillards, il n’aime pas beaucoup la concurrence: qui l’en protégera, si ce n’est un État? Principe même la mafia
    Votre définition du libéralisme me paraît un peu candide: que le libéralisme, entendu au sens le plus large, soit anti État, c’est en effet le discours des libéraux. Mais rien ne vous oblige a les croire sur parole, ie a les prendre au sérieux. Pas de libéralisme sans police! Le libéral veut l’État, mais a sa botte. Tellement a sa botte qu’on le voit a chaque fois faire le lit des autoritarismes, notamment totalitaires.
    Les composantes « libérales » du nazisme sont patentes..Encore faudrait-il prendre le nazisme, lui aussi, pour ce qu’il est: non pas tel que les nazis (se) le décrivent, le presentent (et notamment comme non libéral). Si irrite que vous soyez, vous ne pouvez quand même pas taire les profits de l’industrie allemande sous le 3e Reich. A votre avis, qui s’en est tire le mieux en 1945, le membre du NSDAP ou celui du conseil d’administration de Krupp? Qui a roule l’autre dans la farine?
    Le tort de Vullierme tient a ses qualités mêmes: il prend au sérieux le « discours » nazi, alors qu’il faudrait le prendre au tragique.

    (voir sur le site édition du Toucan, les questions et réponses entre Vullierme et ses lecteurs).
    Michel Piquet

    • Si je n’aimais pas qu’on me réponde, je n’aurais pas publié votre commentaire. Par ailleurs, dites-moi où vous avez vu, dans l’œuvre de Tocqueville ou Constant, des signes annonciateurs du nazisme et de son Etat tout-puissant ? Le libéral n’aime pas la concurrence ? Ah bon ! je l’ignorais. Mais peut-être Hayek ou Smith n’étaient pas libéraux dans ce cas. Ou bien les libéraux ont toujours défendu des principes exactement opposés à leurs convictions, ce qui serait assez comique. Si je vous suis, quand un libéral avance l’idée, par exemple, de privatiser certains services publics, il faudrait en fait comprendre le contraire : il veut maintenir les services payés par le contribuable et (pourquoi pas ?) étendre ce mode de fonctionnement… Relisons Jean-François Revel, voulez-vous : « L’économie de marché, fondée sur la liberté d’entreprendre et le capitalisme démocratique, un capitalisme privé, dissocié du pouvoir politique mais associé à l’Etat de droit, cette économie-là seule peut se réclamer du libéralisme » (REVEL, La grande parade, Plon, p. 71). Donc oui, pas de libéralisme sans police mais une police qui vise à faire respecter l’Etat de droit. Le libéralisme veut l’Etat à sa botte. Peut-être mais uniquement dans le sens où il n’interfère pas d’une mauvaise façon avec les mécanismes du marché. Vous devriez vous rappeler comment les libéraux ont dénoncé et condamné le sauvetage des banques par les Etats lors de la crise des subprimes. Par ailleurs, vous ne m’avez pas répondu au sujet du dirigisme économique nazi. Quant aux profits réalisés par certains patrons de l’industrie allemande, en quoi sont-ils le reflet d’un quelconque libéralisme ? En Chine aussi on fait des profits et le modèle est très loin d’être libéral. Il ne suffit pas d’avoir des entreprises qui font du profit pour avoir le libéralisme, il faut aussi l’Etat de droit, le respect des règles et de la concurrence, celui des droits individuels et tout l’environnement juridique qui en découle pour voir émerger une société authentiquement libérale. Dites-moi où Popper, Aron ou Montesquieu préconisent l’association d’un Etat tout puissant et bafouant les libertés d’une part, et des entreprises d’autre part ? Merci.

  3. Tocqueville et Constant ? Sur le premier voyez ses textes sur l’Algérie, et la maison de redressement de Mettais
    Sur le second: le suffrage censitaire, et sa liste a lui des droits (Principes de politique)
    Tous ces gens-la font partie du grand mouvement elitiste de refoulement des droits de l’homme de 1789, initie par les Girondins et les acheteurs de biens nationaux. A part la recherche du profit maximum, l’idéologie liberale est une bibliothèque de récits utopiques. (L’État de droit? Mais le 3e Reich aussi etait un État de droit.
    Je n’ai jamais eu l’impression que le patron aimait son concurrent et prenait le deuil lorsque celui-ci faisait faillite..Si vous croyez cela…

    Mais restons-,en la: vous allez bientôt m’expliquer que l’entreprise créé l’emploi, non?
    Contre l’utopie, genre littéraire très honorable, on ne peut rien, on n’objecte pas a un conte de fées.
    Merci
    P.S. Votre cher Raymond Aron disait un jour: « mais pourquoi dépenser tant a former des jeunes, alors que nous avons un groupe social, la bourgeoisie, qui .nous fournit gratuitement les cadres qui nous sont nécessaires? »

    • Quand je me réfère à Tocqueville, cela ne signifie pas, bien évidemment, que j’approuve ses positions sur la colonisation de l’Algérie (mouvement expansionniste d’Etat d’ailleurs, donc par nature opposé aux principes du libéralisme, soit dit en passant…). Les droits identifiés par Constant sont les droits naturels propres à chaque individu, et à son époque, le suffrage censitaire ne devait pas mécaniquement aboutir au viol de ces droits en raison d’un autre principe que vous passez sous silence, celui de la souveraineté limitée. Enfin, la Révolution française étant, fondamentalement, libérale (cf. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen), je vois mal comment ces libéraux pourraient incarner un « refoulement », comme vous dites, de ses principes.
      Quand j’emploie l’expression d’« Etat de droit », c’est dans le sens où l’Etat est soumis au droit et encadré par lui et doit se charger de faire respecter les droits de l’individu. Autrement dit, le droit précède l’Etat (on trouve là une critique du positivisme juridique d’ailleurs…) Le IIIe Reich était aussi un Etat de droit, en effet, mais dans un sens totalement différent, c’est-à-dire purement formel, qui consiste à faire de chaque action de l’Etat une action autorisée par la législation, même si elle viole massivement les droits individuels.
      Vous écrivez : « Je n’ai jamais eu l’impression que le patron aimait son concurrent et prenait le deuil lorsque celui-ci faisait faillite..Si vous croyez cela… » A quel moment ai-je défendu pareille sottise ? Il est bien évident que les patrons, et une grande majorité de personnes d’ailleurs, n’aiment pas la concurrence (il n’y a qu’à voir la grogne des professions réglementées ou des chauffeurs de taxi ou les grèves de la SNCF dès qu’on parle de les mettre en comparaison avec d’autres prestataires de services qu’eux-mêmes…)
      J’avoue que je ne connaissais pas les mots de Raymond Aron que vous citez mais vous savez bien : une citation sortie de son contexte, on peut lui faire dire ce que l’on veut…

      Cordialement.

  4. Quelques remarques sur votre recension.

    Vullierme ne dit à aucun moment que racisme, eugénisme, ségrégationnisme et eugénisme sont spécifiquement américains. Il dit même le contraire, en rappelant le développement du racisme avec la découverte du caraïbe/cannibale, bien avant donc la création des Etats-Unis ou l’abolition en 1980 ou plus tard de la dernière lois eugéniste en Europe (Suisse). Le « modèle américain » est dans l’esprit de Hitler, pas de l’auteur. C’est Hitler qui veut reproduire à l’Est l’Amérique de l’Ouest, et c’est Hitler qui se réfère à des sources intellectuelles américaines. Non seulement V n’oublie pas les Protocoles des Sages de Sion, mais il en donne un historique détaillé. On peut simplement regretter qu’il n’ait pas souligné que c’est…Henri Ford qui en assure la diffusion en Amérique ET en Allemagne.

    Je ne crois pas que « Jean-Louis Vullierme en vient ainsi à remettre en cause le concept de totalitarisme POUR mieux mettre sur un pied d’égalité communisme, nazisme et libéralisme ». Il appelle « tyrannies » les deux premiers, et indique que le but du troisième est le progrès technique et le développement du droit. Etrange égalité…
    Non, la critique du totalitarisme est chez lui celle d’un concept qu’il juge réducteur, puisque la question est ramenée au contrôle social (très étendu même dans la société libérale, ce dont vous seriez très conscient si vous étiez par exemple avocat), au lieu précisément de porter sur l’efficacité des recours juridiques contre le gouvernement (inexistant dans les tyrannies).

    Il me parait curieux de dire comme vous le faites que « le libéralisme ne propose aucun avenir radieux, aucune espérance — c’est d’ailleurs ce que beaucoup lui reprochent —, à l’inverse des idéologies mortifères qui sont des utopies », alors que comme toute idéologie née de la pensée des Lumières, il repose sur l’idée de progrès et de prospérité universelle.

    Il est impossible d’affirmer que pour l’auteur  » l’Occident se résumerait principalement à une civilisation faite de peur et de haine de l’autre, de tyrannie, d’esclavagisme, de bureaucratisme, d’impérialisme (entre autres). » Il dit tout à l’inverse que l’Occident est aussi le terreau de l’humanisme et qu’une civilisation autre n’a offert de meilleure possibilité.

    En fait, ce qui me semble ne pas rendre justice à l’ouvrage dans votre critique est qu’il s’agit d’une analyse de l’Occident INTERNE à l »occident et uniquement destinée à lui éviter de retomber dans la barbarie qu’il a incontestablement portée à son paroxysme au XXe siècle.

    Un très grand livre d’après moi.

    • Merci pour ce commentaire.

      « C’est pourtant des Etats-Unis que vint expressément la formulation « scientifique » du suprématisme racial… » : c’est ce qu’écrit Vullierme page 55 de son livre. D’ailleurs, tout le propos du livre de Vullierme est, précisément, de voir quels sont les éléments idéologiques de la civilisation occidentale que Hitler a repris et combiné pour créer le nazisme. Autrement dit, l’auteur veut montrer l’existence, indépendamment de Hitler, de théories, d’idées et de concepts antérieurs, existant en Occident, qui furent agencés pour former le nazisme. Le « modèle américain » est donc bien dans l’esprit de Vullierme, pas de Hitler.

      Au sujet du concept de totalitarisme que récuse Vullierme, j’ai déjà expliqué dans ma recension pourquoi cette récusation ne tient pas la route. Quand je dis que le libéralisme ne propose aucun avenir radieux, c’est dans le sens où il ne s’arroge pas l’ambition surhumaine, quasi-divine, de construire de toute pièce une société parfaite en ignorant la réalité. Vous avez sans doute mal lu Vullierme : celui-ci, notamment aux pages 229-238, s’attache justement à bien mettre en évidence les points communs aux 3 « historicismes », les différences entre eux, que vous signalez, n’étant que secondaires. Au passage, je vous rappelle que le nazisme et le communisme sont des anti-Lumières : haine des droits de l’homme, haine du progrès, haine de la liberté, haine de la raison, etc. …
      Le caractère proprement religieux des totalitarismes est par ailleurs avéré.

      Vullierme écrit bien que les sources du nazisme sont « au cœur » (p. 18) de la civilisation occidentale, expression qui signifie clairement qu’elles sont la partie centrale de l’Occident (ses aspects « dominants » comme écrit ailleurs, notamment la 4e de couverture).

      Le livre est intéressant mais sa thèse ne me convainc pas.

  5. En accord avec votre jugement, et j’ai pu en discuter avec Jean Louis Vullierme sur son site, je dirais aussi que sa thèse est d’autant plus fragile qu’elle se laisse facilement subvertir et ce malgré ses dénégations, par la classique thèse de la subordination du nazisme au colonialisme violent, ceci en excluant bien sur le communisme violent jugé secondaire, le pétage de plomb antilibéral du commentaire précédent en étant un exemple.
    Le cognitivisme innovant de la thèse, se voulant préventif, reste estimable, mais bon.

    • J’approuve entièrement votre propos. Je n’ai rien à ajouter. Il me semble que ce livre (qu’il le veuille ou non) s’inscrit dans une tendance chez certains Occidentaux à se repentir sans cesse pour les fautes commises par leurs ancêtres.

    • Quelqu’un ici a « pété les plombs »? Mon Dieu! Mais qui donc? C’est une objection intéressante, vous n’en avez pas d’autre?

  6. Pour monsieur Vullierme: Une miroir de l’Occident, Cap. 1, note 20:
    „Alors que l’atténuation de l’antijudaïsme, virulent à l’époque mérovingienne, remonte déjà à Pépin le Bref, les relations de Charlemagne avec Harûn al Rashîd commencent avec l’ambassade de 797, composée du négociant juif Isaac et de deux légats impériaux (Missi Dominici) Langfrid et Sigismond. Ces deux derniers ne survécurent pas au voyage, mais revinrent avec un éléphant demeuré célèbre et de très nombreux présents.“

    Veuillez m’expliquer comment ils sont revenu s’ils n’ont pas survecu au voyage???

    • Merci de m’avoir signalé cette perle de l’auteur. Je ne l’avais pas remarquée. Il faut dire que lorsque les notes sont situées en fin d’ouvrage, là où elles n’ont pas leur place alors qu’elles devraient être en bas de page, cela ne m’incite pas à y aller voir.

    • Monsieur Vullierme m’a repondu sur une autre site, donc correctement est: la mission est revenu, mais Langfrid et Sigismond n’ont pas survecu.

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