« Cinéma et histoire » de Marc Ferro

Cinéma et histoireCinéma et histoire, le livre de Marc Ferro, est l’ouvrage de référence sur le sujet. Il est une excellente introduction à l’étude des rapports entre la discipline historique et l’image animée.

Marc Ferro (né en 1924) fut professeur à l’École des Hautes études en sciences sociales (EHESS) et secrétaire puis co-directeur de la revue Les Annales, avec Jacques Le Goff et Emmanuel Le Roy-Ladurie. Spécialiste de l’histoire de la Russie et de l’URSS — sa thèse est consacrée à la révolution de 1917 —, il a publié de nombreux livres sur le sujet, tels que De la Russie à l’URSS en 1989, Les origines de la perestroïka en 1990, Naissance et effondrement du régime communiste en Russie en 2005, une biographie de Nicolas II et Russie, peuples et civilisation. Il s’est beaucoup intéressé également à la colonisation comme le montrent deux de ses livres : Histoire des colonisations (1994) et Le Livre noir du colonialisme (2003). Mais surtout, cet historien a renouvelé sa discipline grâce à ses travaux sur le cinéma. Pionnier dans ce domaine, il considère que les sources audiovisuelles, en particulier les films, sont des matériaux que les chercheurs doivent exploiter pour étudier les époques dans lesquelles elles ont été produites. Cela le mène à écrire plusieurs livres sur les rapports entre le cinéma et la science historique, dont l’un des plus connus est Cinéma et histoire, publié en 1977 et réédité depuis. Ce lien entre le cinéma et sa discipline, il l’explora d’autres façons en présentant, d’une part, l’émission Histoire parallèles, d’abord sur la Sept puis sur Arte, et, d’autre part, en collaborant à l’écriture du scénario du film Pétain de Jean Marbœuf, sorti en 1993.

Multiplicité des points de vue sur le rapport entre cinéma et histoire

Le livre regroupe différents textes que Marc Ferro a écrits sur le thème du rapport entre cinéma et histoire, publiés dans les années 1970 et 1980. Au total, vingt-trois « chapitres ». Le premier intérêt de l’ouvrage réside dans la diversité des angles sous lesquels envisager ce rapport. En témoignent les cinq parties du volume. Le film est d’abord un document historique qui, bien analysé en lien avec son contexte, peut apporter à l’historien d’utiles informations sur son époque car, comme l’écrit l’auteur, un film, « est toujours débordé par son contenu ».

Le film est ensuite un « agent de l’histoire » dans la mesure où il peut contribuer, à sa façon, à la fois à la connaissance historique — c’est le cas, par exemple, du documentaire avec l’émission Histoires parallèles à laquelle un long développement est consacré —, et à l’histoire elle-même en train de se faire. Ainsi, le cinéma antinazi américain servait à justifier l’engagement des États-Unis contre l’Allemagne d’Hitler et ses alliés.

Le « langage cinématographique » (troisième partie) peut être étudié pour lui-même par l’historien car il a un sens bien précis. Le texte de Marc Ferro consacré aux « fondus enchaînés du « Juif Süss » » en offre un exemple éloquent : ces fondus, y est-il expliqué, constituent un condensé de la doctrine national-socialiste.

L’étude du cinéma intéresse également l’historien par le contexte qui a produit un film et qui l’a reçu. Parfois, un même film peut avoir deux sens différents selon les époques auxquelles il est diffusé : c’est le cas de La Grande illusion par exemple.

Enfin, le cinéma a souvent mis l’histoire en scène ou a utilisé l’histoire comme toile de fond de ses intrigues. À ce titre, il est tout aussi intéressant qu’un documentaire. Le Cuirassé Potemkine, les films sur la Révolution française ou la guerre d’Espagne, le cinéma américain des années 1970, M le Maudit… sont autant d’exemples évoqués par Marc Ferro.

Le film, une archive pour l’historien

Deux choses sont essentielles à retenir. La première est que le film est une archive, un document permettant d’élaborer une connaissance historique du passé. Les images cinématographiques constituent de nouvelles sources, avec leur spécificité propre, qu’il faut savoir exploiter. Par exemple, des actualités russes filmées de février à octobre 1917 révèlent la quasi-absence des ouvriers dans les cortèges de manifestants, ce qui détruit le mythe bolchevique des masses ouvrières légitimant la prise de pouvoir violente des communistes en octobre. Un film sans aucun objectif idéologique, Selon la loi de Koulechov, forme pourtant une critique implicite du système judiciaire soviétique.

D’autre part, le cinéma apporte sa contribution à l’élaboration et à la diffusion de l’histoire. Le cas a déjà été évoqué avec l’émission Histoires parallèles. Marc Ferro l’illustre également par l’analyse qu’il fait de l’adaptation de son livre sur Pétain par le cinéaste Jean Marbœuf sortie en 1993. L’idée principale du film était de confronter les décisions prises par le pouvoir et les réactions de la société à travers des situations particulières. Autrement dit, le film de Jean Marbœuf montrait l’histoire à la fois d’« en haut » et d’« en bas ».

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FERRO, Marc, Cinéma et histoire, Paris, Gallimard, « Folio histoire », 1993.

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