PS : la perpétuelle schizophrénie

PS La perpétuelle schizophrénieLes soubresauts agitant le Parti socialiste révèlent l’ampleur de sa schizophrénie. Une schizophrénie qui remonte à loin et qui  trahit son incapacité à se détacher d’une idéologie archaïque.

Dans un article consacré il y quelques années à l’histoire de la gauche française, Michel Winock avait évoqué les « tendances schizoïdes » du socialisme français. [1] Le récent remaniement du gouvernement de Manuel Valls et l’agitation des « frondeurs » du Parti socialiste montrent à l’évidence que cette schizophrénie existe toujours. En fait, le PS n’a jamais pu se débarrasser de ce « surmoi révolutionnaire » dont parle Michel Winock dans son article. Celui-ci expliquait que le PS était devenu réformiste, donc qu’il avait renoncé, en pratique et en doctrine, au socialisme. En réalité, le PS est toujours enchaîné à son boulet anticapitaliste, qui l’empêche, depuis plus de quarante ans, de faire la mue qui s’impose pour gouverner dans le monde du XXIe siècle qui est le nôtre.

À l’origine, le socialisme, né au XIXe siècle, désigne la suppression de la propriété privée des facteurs de production et d’échange. Dans l’esprit étriqué d’un socialiste, une entreprise ne peut rien être d’autre qu’un épouvantable lieu d’exploitation. Un patron est, au mieux, une vache à lait qu’on peut traire à l’infini, au pire un assassin, et le commerce une activité immonde à éradiquer ou, faute de mieux, à soumettre à une surveillance intrusive et pesante.

Ce fonctionnement mental, le socialisme n’y a jamais renoncé, au risque de devoir faire des « compromis » avec la société libérale exécrée quand il était au pouvoir. C’est ce qui explique sa perpétuelle schizophrénie, sa contradiction entre sa pratique — participation à la vie politique d’une démocratie capitaliste, voire direction de ses affaires — et son idéologie — suppression de la propriété privée. Le Parti socialiste, fondé en 1969, en est l’illustration parfaite. Dès juin 1971, au congrès d’Épinay, lors duquel François Mitterrand prit la tête du PS, le futur président de la République déclara : « Le véritable ennemi, j’allais dire le seul, c’est l’argent qui corrompt, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes. »

En 1981, Mitterrand fut d’ailleurs élu président de la République sur un programme de « rupture avec le capitalisme ». De fait, il entama une politique typiquement socialiste en démocratie, avec augmentation des dépenses publiques — augmentations du SMIC, des allocations familiales, du minimum vieillesse, des allocations logement, création de 240 000 emplois publics… —, hausse des prélèvements obligatoires, nationalisation totale de multiples entreprises, sans parler de la cinquième semaine de congés payés, de la semaine des trente-neuf heures et de la retraite à soixante ans. Les résultats ne se firent pas attendre : augmentation du chômage, qui passa de 5 à 7 %, de l’inflation, du déficit public, de la balance commerciale. Leur politique calamiteuse valut d’ailleurs aux socialistes une magistrale déculottée aux élections municipales de mars 1983. Cette année marqua le tournant de la « rigueur » qui horrifia de nombreux sympathisants et responsables de gauche car la destruction de l’économie de marché n’était plus à l’ordre du jour. Néanmoins, l’idéologie socialiste survécut.

On put le vérifier lors du gouvernement Jospin (1997-2002). Malgré la vague de privatisations qui fut menée à cette époque, on était très loin d’une politique libérale. C’est à sa ministre du Travail, Martine Aubry, que l’on doit la calamiteuse loi des 35 heures qui, dans sa logique malthusienne débile, prétendait créer des emplois en diminuant le temps de travail. Cette loi fut instaurée de manière extrêmement rigide, voire autoritaire, ne suscita pas la création d’emplois escomptés et coûta très cher à l’État. Une « écotaxe » infligée aux entreprises dites « polluantes » devait servir, avec d’autres impôts, à la financer. Trois cents cinquante mille « emplois jeunes » furent créés… avec l’argent du contribuable, et la fonction publique vit ses effectifs augmenter de 8,5 %. Un flot d’argent public se déversa donc durant la période Jospin. Le ministre des Finances Dominique Strass-Kahn, quant à lui, procéda à un matraquage fiscal inouï — les impôts culminèrent alors à 45 % du PIB et la CSG fut augmentée de 7,5 %. Pour quels résultats ? Un taux de chômage encore élevé de 8,6 % malgré une diminution sur la période et une dépense publique qui n’a pas bougé d’un iota (53% du PIB). On le vérifie : le socialisme, c’est l’étatisme, la haine de l’entreprise et la coercition fiscale. Le PS fin de siècle était toujours animé par sa doctrine désormais d’un autre âge.

C’est toujours vrai aujourd’hui. Durant sa campagne présidentielle déjà, François Hollande tint son fameux discours au Bourget où, en bon apprenti anticapitaliste, il déclara : « je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. C’est le monde de la finance. » Le début de son quinquennat s’inscrivit dans une logique socialiste avec la saignée fiscale habituelle [2] — le taux de prélèvements obligatoires, déjà cauchemardesque, est passé de 44,9 à 46,3 % entre 2012 et 2013 — et une hausse de la dépense publique alors que la réalité impose de la diminuer drastiquement.

Le Parti socialiste est donc encore largement empêtré dans son archaïsme. En témoigne un petit événement, atterrant mais très révélateur, survenu au moment de la clôture de son université d’été qui s’est tenue à La Rochelle fin août. En effet, lors du discours de Manuel Valls, des sifflements retentirent quand le mot entreprise fut prononcé. Ce fut la récompense du Premier ministre pour avoir commis le crime — non, le sacrilège — de déclarer « J’aime l’entreprise » quelques jours plus tôt lors de l’université d’été du MEDEF. Il y a au PS bon nombre de fossiles politiques qui se situent à des années lumières du XXIe siècle… On mesure ainsi le gouffre qui sépare une large fraction de la gauche du monde réel. C’est que le PS renferme bon nombre de spécimens réfractaires au réel, tel Arnaud Montebourg dont le mot d’ordre de « démondialisation » ne va pas sans ridicule à une époque où le monde entier — à l’exception de la Corée du Nord — développe les échanges, aussi bien commerciaux et financiers que technologiques, culturels et humains, et où la mondialisation a fait sortir en vingt ans 600 000 000 de personnes de l’extrême pauvreté.

Les positions de Manuel Valls mais également d’autres socialistes, comme le maire de Lyon Gérard Collomb, et des Gracques, ce groupe de réflexion de gauche qui milite en faveur du libéralisme, attestent qu’un certain nombre de responsables de gauche ont compris la nécessité de s’adapter au monde nouveau qui a émergé depuis les années 1990. Elles traduisent aussi l’ampleur de la schizophrénie frappant le PS. Celui-ci réunit ainsi en son sein des positions totalement incompatibles. D’un côté, un Premier ministre qui déclare « J’aime l’entreprise. » De l’autre, des décérébrés écumant de rage, qui sifflent ce mot tant honni. Entre les deux, un siècle d’écart aurait dit Jean-François Revel. Les « tendances schizoïdes » sont toujours actuelles. L’enjeu, pour le PS, est de taille. Il s’agit de réinitialiser son logiciel de pensée afin d’éradiquer les encombrants parasites archaïques qui l’empêchent de fonctionner. En d’autres termes, pour se moderniser, le parti doit renoncer au socialisme.

Dès 1990 [3], le grand historien François Furet, qui était de gauche, avait soumis à sa famille politique une liste de sujets sur lesquels plancher afin de s’adapter au monde nouveau qui émergeait après l’effondrement du socialisme réel. Les questions environnementales, la place de l’État dans la société civile, le progrès technique, le compromis entre libertés formelles et libertés réelles… Vingt-quatre ans plus tard, la gauche encore récupérable serait bien avisée de se mettre au travail.

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[1] WINOCK, Michel, « Le jeu des quatre familles », in Les Collections de l’Histoire, n° 27, avril-juin 2005, p. 11.

[2] À ce sujet, lire HATTEMER, Sylvie et INCHAUSPÉ, Irène, L’horreur fiscale, Paris, Fayard, 2014, 278 p.

[3] FURET, François, « Les feuilles mortes de l’utopie », in Penser le XXe siècle, Robert Laffont, 2007, p. 381.

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2 réflexions au sujet de « PS : la perpétuelle schizophrénie »

  1. je vous écris du québec pour vous dire mon dégout pour le gouvernement pourri de France.ce gouvernement d’incapables semble voué a détruire son propre pays par ses hésitations permanentes,les valses-hésitations de hollande,la stupidité de certains ministres(taubira) ainsi que manuel valls la mouche du coche.Le seul vrai programme de ce gouvernement minable était de promouvoir le mariage gay et ainsi,diviser la France et l’affaiblir.Débarrassez-vous au plus vite de ce président aux yeux de poisson mort,de ses bégayements et de sa totale et dangereuse incompétence…..

    • Merci pour cet avis tranché. Malheureusement, je crains que les Français ne soient pas tout à fait disposés à rompre avec les recettes qui font le déclin quand on voit le succès désolant qu’a eu le livre d’Eric Zemmour, lequel réussit la prouesse qui défie la science politique de voir de l’ultralibéralisme dans un pays où les dépenses publiques atteignent 57 % du PIB, les prélèvements obligatoires plus de 46 %, où le marché du travail est rigide, où le secteur du logement est en pénurie en raison de son étatisation, où les réglementations corsètent l’économie (le Code du travail atteint je ne sais combien de milliers de pages), où le nombre de fonctionnaires n’a fait qu’augmenter depuis des années, entre autres symptômes. Le « suicide français », Zemmour en est l’un des plus actifs contributeurs.

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