Ukraine : l’« enfer russe » et le problème de la Crimée

Ukraine 1Le 16 mars dernier, par référendum, la Crimée s’est prononcée pour son rattachement à la Russie, lors d’une crise internationale qui a démarré par une agitation politique intérieure. Cette crise est le reflet d’une histoire complexe dans laquelle l’Ukraine se trouve écartelée entre l’influence russe et son désir de se tourner vers l’ouest, États-Unis et Union européenne. Elle traduit aussi son immense difficulté à sortir de l’« enfer russe ».

« Si près de la Russie et si près de l’enfer » : c’est ainsi que Yves Lacoste, dans son livre Géopolitique. La longue histoire d’aujourd’hui, résume la situation de l’Ukraine. [1] Celle-ci n’a jamais réellement pu se défaire de l’emprise de son voisin russe depuis l’effondrement de l’Union soviétique. La crise actuelle, presque dix ans après la révolution orange, le montre. L’Ukraine est tiraillée entre l’est et l’ouest. Le poids historique est très lourd en raison de l’ancienneté des relations entre l’Ukraine et la Russie, qui remontent au Moyen Age. Pourtant, le nationalisme ukrainien existe bel et bien : il montre que la nation ukrainienne, en dépit de ce poids historique, souhaite être indépendante. L’indépendance, justement : si elle est, sur le plan juridique, reconnue depuis 1991, elle est en revanche moins évidente dans la pratique. Alors que la Crimée a proclamé son indépendance le 11 mars dernier et que ses habitants se sont prononcés pour le rattachement à la Russie, quelles perspectives s’offrent à celle-ci, à l’Ukraine et aux Occidentaux ?

Le poids de l’histoire

Pour une Ukraine qui se veut totalement indépendante de la Russie, le passé constitue un fardeau. Car, historiquement, Kiev fut la capitale du premier État russe. En effet, ce sont des Vikings, les Varègues, qui fondèrent un État autour de Kiev à la fin du IXe siècle, État qui prit le nom de Rous’ — Russie — en référence à l’ancêtre mythique des Varègues, Rurik. Au cours de son agrandissement, la principauté de Kiev englobera une grande partie de ce qu’est l’Ukraine actuelle, à l’exception, notamment, d’une partie à l’ouest ainsi que de la Crimée et des zones situées au sud-est au bord de la mer Noire. Toujours est-il que l’Ukraine, dans ces conditions, est considérée comme le berceau de la Russie en quelque sorte car c’est autour de la capitale ukrainienne que s’est bâti le premier État russe (lire La Russie médiévale (1/2) Le temps des princes). Les Russes appellent d’ailleurs l’Ukraine la « Petite Russie ».

Un autre facteur rattache l’Ukraine à la Russie, la religion. En effet, dès le Xe siècle, l’Ukraine est pénétrée par le christianisme, notamment orthodoxe, la religion pratiquée dans l’empire byzantin, voisin de la Rous’ de Kiev. C’est le grand-prince Vladimir qui, en 988, se convertit officiellement à l’orthodoxie, suivi par son peuple qu’il fait baptiser dans le Dniepr : cet événement, qui eut lieu vraisemblablement le 27 mai 988, est communément appelé le « baptême du pays russe ». Et, de fait, la religion orthodoxe fut et est toujours un fondement essentiel de l’identité de la Russie. Et l’Ukraine, orthodoxe à 58 %, conserve dans son architecture de multiples témoignages de ce passé, comme par exemple la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev (lire La religion orthodoxe, identité de la Russie). Le poids historique de la religion contribue donc aussi à l’enracinement russe de l’Ukraine.

L’empire des tsars fit main basse en 1667 sur la partie située sur la rive gauche du Dniepr ainsi que sur Kiev, qui appartenaient à l’État polono-lituanien. Puis, en 1793, avec le deuxième partage de la Pologne, l’ensemble de l’Ukraine passa sous la domination russe. Dès ce moment, les tsars menèrent une politique de russification de l’aristocratie ukrainienne. Au XIXe siècle, la répression contre la culture ukrainienne s’intensifia. Elle se traduisit, par exemple, dans l’interdiction, en 1839, de l’Église uniate, qui rassemblait depuis 1596 les croyants orthodoxes qui reconnaissaient l’autorité du pape. En 1863 l’enseignement et l’impression en ukrainien furent interdits.

Enfin, la chape de plomb soviétique tombée sur l’Ukraine en 1921 et qui l’a étouffée jusqu’à l’effondrement de l’URSS en 1991, renforça encore, grâce au totalitarisme, la domination russe sur le pays. Celui-ci en fut affecté durablement. Moscou fit installer dans les années 1920 des Ukrainiens aux postes de responsabilités pour qu’ils ralliassent la population au communisme. Mais très rapidement, ces responsables furent victimes de la répression de la part de Moscou qui organisa des purges massives et des déportations ainsi que des assassinats. Entre 1931 et 1933, Staline fit mettre à mort, en les affamant, plus de trois millions d’Ukrainiens, un crime contre l’humanité qualifié de génocide par le Parlement ukrainien. Après la seconde guerre mondiale, Staline remit en place des Ukrainiens aux postes de commandes mais, régulièrement, purges, assassinats et déportations éliminèrent ceux qui étaient jugés hostiles au pouvoir. Ces mesures répressives se poursuivirent au-delà des années 1970. Les années 1970 et 1980 virent une russification massive se mettre en place, la langue russe étant favorisée dans l’enseignement et la culture russe considérée comme supérieure à l’ukrainienne, dévalorisée par le pouvoir en place. Ce qui explique qu’en 1991, la majorité des Ukrainiens parlaient le russe.

Ces éléments historiques expliquent la présence d’une importante minorité russophone et sa répartition géographique. En effet, la majorité des russophones se situe à l’est de l’Ukraine. À l’époque soviétique, la proportion des écoliers scolarisés dans des établissements ukrainiens avait diminué dans l’ensemble du pays mais était tout de même restée plus élevée à l’ouest qu’à l’est. Par ailleurs, l’industrialisation avait attiré un nombre importants de Russes dans l’est du pays. Et aujourd’hui encore, parler ukrainien est perçu, à l’est, comme un acte politique d’opposition à l’influence russe.

Le nationalisme ukrainien

Malgré cette histoire russe, le nationalisme ukrainien existe bel et bien. Si la Rous’ représente l’un des piliers sur lesquels repose ce nationalisme, celui-ci se nourrit aussi de la période cosaque. La Russie kiévienne fut envahie par les Mongols au XIIIe siècle et fut démembrée. Après la défaite infligée à ceux-ci deux cents plus tard, une grande partie de l’Ukraine passa sous la domination de l’État polono-lituanien, une domination mal supportée par de nombreux ukrainiens en raison des persécutions contre les orthodoxes notamment. Aussi, beaucoup s’installèrent dans la partie sud de l’Ukraine actuelle, où ils formèrent le groupe des Cosaques zaporogues. Leur chef, Bohdan Khmelnitski, se révolta contre la Pologne au XVIIe siècle, ce qui mena à la création d’une entité politique indépendante. Un traité fut conclu à Pereïslav, en 1654, avec la Russie, afin d’obtenir une aide contre la Pologne — traité que l’historiographie russe considère comme le rattachement de l’Ukraine à la Russie —, mais les successeurs de Khmelnitski tentèrent de détacher l’Ukraine de la Russie mais en vain. L’Ukraine, on le voit, ne fut donc pas toujours russe.

Le nationalisme ukrainien naquit au début du XIXe siècle, donc peu de temps après que l’Ukraine fût passée sous le joug de la Russie. L’une des figures marquantes de ce nationalisme est le poète Taras Chevtchenko (1814-1861). Son œuvre littéraire est l’un des fondements de la langue ukrainienne.

Après la chute du tsar Nicolas II en mars 1917, les Ukrainiens en profitèrent pour proclamer leur indépendance. Un Conseil central ukrainien formait le gouvernement de cette République populaire d’Ukraine. Mais celui-ci était en proie aux ravages de la guerre entre Armée rouge, armée nationale, troupes blanches antibolcheviques et armées étrangères qui leur étaient alliées. Après la guerre, l’Ukraine, comme nous l’avons vu, repassa en 1921 sous l’emprise russe.

C’est dans ce cadre qu’eut lieu, entre 1931 et 1933, un crime contre l’humanité qui est un élément-clef de l’identité nationale ukrainienne. Staline mit en œuvre l’assassinat, par la faim — en prélevant les céréales et en empêchant les habitants de partir —, de plus de trois millions d’Ukrainiens : durant la période la plus terrible, de novembre 1932 à juillet 1933, c’étaient en moyenne 15 000 personnes qui mouraient de faim chaque jour. Ce massacre organisé, appelé Holodomor — qui vient de la fusion des mots golod, « faim », et mor, racine du verbe moryty, « tuer par privation » — fut qualifié par le Parlement ukrainien, en 2006, de génocide, qualification également reconnue, entre autres, par les États-Unis, le Vatican, la Pologne et l’Argentine. Cette tragédie produit de nos jours un effet extrêmement clivant dans la société et la vie politique ukrainiennes, entre, d’une part, les partisans d’une rupture définitive avec la Russie et, d’autre part, ceux qui, majoritaires à l’est, sont favorables au maintien de l’influence russe. Les enjeux mémoriels autour de cette tragédie révèlent à la fois l’existence de ce nationalisme ukrainien qui veut en finir avec l’enfer russe et le poids de la Russie dans l’histoire du pays.

Une souveraineté impossible ?

Ukraine 2L’effondrement de l’Union soviétique entraîna l’indépendance de l’Ukraine. Elle fut approuvée par référendum le 1er décembre 1991 par 90 % des votants. Au lendemain de cette indépendance, le pays se tourna vers les États-Unis et l’Union européenne. Les premiers contribuèrent au développement économique du pays par des investissements et des crédits et aidèrent à sa dénucléarisation. L’Ukraine signa également en 1997 un traité avec l’OTAN qui lui permit de s’associer avec l’Alliance sans pour autant en être un membre à part entière. Quant aux relations avec l’Union européenne, elles remontent à 1994, lorsque l’Ukraine conclut un accord de coopération et de partenariat avec elle. Mais les rapports se détériorèrent car le régime ukrainien s’orienta vers l’autoritarisme et le pillage des richesses du pays, notamment à l’est, et plus particulièrement Donetsk où le clan de Viktor Ianoukovitch prospérait — les élites formées durant l’époque communiste n’avaient pas oublié leurs habitudes… Ainsi, après les élections truquées de 2004 qui visaient à placer Ianoukovitch, alors Premier ministre, à la tête du pays, des manifestations eurent lieu, organisées par les partisans du candidat vaincu, Viktor Iouchtchenko, pour protester contre les fraudes électorales et la corruption. Suite à cette « révolution orange » — du nom de la couleur arborée par les partisans de Iouchtchenko —, un nouveau scrutin fut organisé en décembre 2004, permettant à Iouchtchenko de devenir président. Cependant, en 2010, de nouvelles élections portèrent à la plus haute magistrature Viktor Ianoukovitch dont le clan put avoir les mains libres pour se remplir les poches. Une véritable mafia d’État sévit, n’hésitant pas à menacer de mort les entrepreneurs prospères pour qu’ils cédassent leur affaire au clan. Pourtant, les relations avec l’Europe restèrent bonnes jusqu’en novembre 2013, lorsque Ianoukovitch refusa de signer un accord de coopération prévu avec l’Union européenne. C’est ce refus qui déclencha les manifestations à Kiev qui poussèrent le président à la fuite. Et c’est pourquoi les manifestants brandissaient des drapeaux européens : ils voient dans l’adhésion future à l’UE et à l’OTAN un gage de garantie contre les empiètements de la Russie.

Car, sur le plan économique, d’une part, l’Ukraine est encore très dépendante de la Russie et, d’autre part, l’indépendance du pays en 1991 fut considérée comme une grave perte par le voisin russe. La Russie est le premier partenaire commercial de l’Ukraine et constitue son premier investisseur. Ainsi, l’essentiel du gaz et du pétrole que les Ukrainiens consomment provient de Russie. Celle-ci détient donc un moyen de pression considérable sur l’Ukraine, comme en a témoigné la crise du gaz de 2006. Mais, à l’inverse, 80 % des exportations de gaz naturel russe passent par l’Ukraine et cette dernière possède sur son territoire le réseau le plus dense d’oléoducs et de gazoducs. Elle constitue aussi un débouché très important pour les banques russes. Cette dépendance mutuelle de l’Ukraine et de la Russie relativise donc l’indépendance juridique de la première et constitue un handicap à une éventuelle adhésion à l’UE et à l’OTAN.

En effet, pour Vladimir Poutine, il n’est pas question de perdre l’Ukraine. En 2004, il avait déclaré à Condoleezza Rice : « Vous savez, l’Ukraine, c’est à nous. Ne l’oubliez jamais » [2] Plus globalement, ce contrôle que la Russie entend garder sur l’Ukraine s’inscrit dans un projet stratégique plus global qui entend regrouper sous sa botte les anciennes républiques appartenant jadis à l’URSS — ce qu’elle appelle son « étranger proche » (nous avons déjà largement développé ce sujet dans notre article consacré au régime de Vladimir Poutine). Poutine a d’ailleurs opéré de la même manière que six ans plus tôt, en Géorgie : comme les habitants de Crimée, les Ossètes du sud réclamaient le rattachement à l’Ossétie du nord, donc à la Russie ; comme dans le cas ukrainien, le pouvoir géorgien entendait maintenir l’unité territoriale de son État ; et comme dans le cas ukrainien, les troupes russes sont intervenues — à la différence près qu’il y eut des combats ; et la Russe a reconnu immédiatement l’indépendance de l’Ossétie du sud.

Quelles perspectives ?

Quelles possibilités sont envisageables à l’heure actuelle ? Il faut d’abord évoquer le cas particulier de la Crimée et l’évolution historique de sa situation. Conquise en 1783 par les tsars, la Crimée était alors peuplée de Tatars, un peuple d’origine turco-mongole. Ceux-ci furent persécutés et beaucoup s’exilèrent tandis qu’une politique de russification fut menée dans le territoire nouvellement rattaché à la Russie. Les descendants des Tatars restés en Crimée furent ensuite déportés par Staline en 1944, accusés de « collaboration avec l’ennemi allemand » : 200 000 personnes furent raflées en trois jours. La moitié ne reviendra pas. C’est seulement en 1954 que la Crimée fut rattachée à l’Ukraine : c’était un cadeau de Khrouchtchev à sa patrie d’origine. On raconte qu’il était ivre lorsqu’il prit cette décision. En tout cas, la Crimée n’est ukrainienne que depuis très peu de temps et, surtout, au temps de l’URSS, les républiques la composant, telle l’Ukraine, n’étaient en réalité pas indépendantes, soumises qu’elles étaient au totalitarisme communiste. Par conséquent, le basculement de la Crimée de la Russie à l’Ukraine ne changea rien pour ses habitants, toujours aussi russophones, et toujours aussi asservis.

À la chute de l’Union soviétique, la Crimée se retrouva donc incorporée au sein de l’Ukraine nouvellement indépendante. Cependant, elle se constitua une présidence de la République à l’intérieur du pays. En 1994 les séparatistes appelèrent Moscou à l’aide mais en vain. L’année suivante, le gouvernement ukrainien en profita pour abolir la présidence de Crimée et réduire cette dernière à un statut de simple autonomie en 1996. L’agitation dans la péninsule criméenne reprit en 2004 à l’occasion de la révolution orange : car après l’accession de Iouchtchenko au pouvoir à Kiev, les relations avec l’Europe s’améliorèrent et les craintes des séparatistes criméens à l’égard d’un rapprochement accentué de l’Ukraine avec l’Union européenne se manifestèrent de nouveau. Ils exprimèrent de nouveau leurs revendications indépendantistes et Poutine servit des discours sur le thème de la fédéralisation nécessaire en Ukraine — sous-entendu : démembrement du pays et rattachement à la Russie. Presque dix ans plus tard, c’est réussi : la révolution à Kiev, en février, qui a chassé Ianoukovitch du pouvoir, a réveillé les séparatistes. Moscou, cette fois, a envoyé ses troupes, les autorités de Crimée ont proclamé leur indépendance le 11 mars puis se sont prononcés, le 16, à 95 % des voix, pour un rattachement à la Russie.

Désormais, quelles sont donc les perspectives ? En ce qui concerne la Crimée, d’une certaine façon, le problème est déjà en partie résolu. Historiquement, Ukraine et Crimée n’ont pas suivi les mêmes évolutions avant d’être russes. Avant d’intégrer la Russie, la première était relativement indépendante (en partie en tout cas, le reste appartenant à la Pologne), la seconde était tatare puis rattachée à l’empire ottoman. En revanche, la russification s’est faite sur le mode de la contrainte, de la force, voire de la persécution, et la domination communiste fut un enfer. Les Russes d’Ukraine ne devraient peut-être pas oublier cet aspect-là de leur histoire… L’histoire de la Crimée en Ukraine n’a commencé, en réalité, qu’en 1991, nous venons de le voir. Et cette histoire s’est d’emblée bâtie sur le mode de l’autonomie et des revendications séparatistes. Il est donc préférable que la Crimée intègre la Russie, probablement avec un statut autonome, ou bien soit indépendante. Et l’Ukraine en aura fini avec ce cadeau empoisonné de Khrouchtchev. Mais le problème est que cette indépendance peut alimenter les revendications séparatistes dans la partie est de l’Ukraine, majoritairement russophone. Là se trouve le vrai danger pour l’intégrité territoriale du pays.

Sur le plan international en revanche, la sécession de la Crimée, condamnée par les Occidentaux, donnent à Poutine une nouvelle victoire, après celle obtenue en Géorgie et, plus récemment, par exemple, lors de sa médiation réussie sur le problème syrien et avec la tenue de « ses » Jeux olympiques à Sotchi. Il peut se montrer satisfait d’avoir commencé de démembrer l’Ukraine, qui est censée lui appartenir. Cependant, des sanctions économiques mettraient la Russie dans une situation délicate car elle a besoin, pour développer son économie, de transferts de technologie depuis l’Occident. Par ailleurs, elle n’a aucun intérêt à la ruine économique de l’Ukraine dont nous avons vu qu’elle joue un rôle important sur ce plan.

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[1] LACOSTE, Yves, Géopolitique. La longue histoire d’aujourd’hui, Paris, Larousse, 2006, p.  159.

[2] Le Point, 13 mars 2014, n° 2165, p. 20.

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