Le baron de Batz, héros de « La Révolution fracassée »

La révolution fracasséePublié en octobre dernier, La Révolution fracassée est un roman historique qui permet de faire connaître une figure oubliée de la Révolution.

Paul Belaiche-Daninos, après sa carrière dans la médecine, s’est reconverti dans l’écriture – avec succès puisqu’il a déjà publié trois romans dont le premier, Les soixante-seize jours de Marie-Antoinette à la Conciergerie. La Conjuration de l’œillet, paru en 2006, lui a valu d’être couronné par le grand prix Jacques de Fouchier de l’Académie française.

Ce passionné d’histoire nous a livré, en octobre, son troisième roman, qui aborde toujours la période révolutionnaire.

Le baron de Batz

Le premier volume de La Révolution fracassée – un second tome est déjà prévu – nous transporte en 1793 quand les députés de la Convention, qui ont jugé Louis XVI, sont sur le point de procéder aux quatre votes qui décideront de son sort (sur la culpabilité, sur l’appel au peuple, sur la peine et sur le sursis). Pour le héros, le baron de Batz, trois députés sont susceptibles, par leur, vote, de faire la décision, et donc de sauver le monarque : le Girondin Vergniaud, Le Peletier de Saint-Fargeau et le duc d’Orléans Philippe Égalité – cousin de Louis XVI. Il les persuade de ne pas voter la mort du roi. Mais ils ne tiennent pas parole. Le baron, après avoir tenté de faire évader le condamné sur le chemin le conduisant à l’échafaud, entreprend alors de se venger en punissant les trois Conventionnels qu’il juge responsables de l’exécution. Il en profite aussi pour tenter de faire évader Marie-Antoinette de la prison du Temple.

L’intrigue – ou plutôt les intrigues – emmène le lecteur des quartiers populaires du Paris révolutionnaire aux lieux de pouvoir décisifs comme la Convention. Les débats à l’Assemblée et l’atmosphère délétère qui y régnait, par exemple, sont rendus avec un réalisme saisissant – Paul Belaiche-Daninos a consulté aux Archives nationales les minutes et les documents d’époque. De même, l’auteur a su reproduire avec soin la vie de l’époque au Palais-Royal. Tout en suivant nombre de péripéties, le lecteur révise également son histoire de la Révolution, ce qui dénote une connaissance approfondie du sujet et des recherches minutieuses de la part de l’auteur. Et là, on touche à un autre aspect du roman : celui-ci défend une grande idée, celle selon laquelle le baron de Batz serait en quelque sorte celui qui, par son argent, aurait renversé le régime de la Terreur et détruit ses ennemis montagnards. On voit de Batz acheter beaucoup de monde et être l’instigateur de la chute de Dumouriez, et donc d’Orléans, ou de celle des Girondins. Rien que cela… On regrettera aussi l’usage du terme totalitarisme pour désigner la Terreur qui, par son anachronisme, décrédibilise quelque peu le propos de l’auteur qui, immédiatement après, nous assure que « tous les personnages de ce roman sont historiques » et que les « péripéties décrites ne sont pour l’essentiel pas moins véridiques ».

Une fiction historique de qualité

Mais le mérite de l’ouvrage est de mettre en lumière une figure peu connue de la Révolution française, le baron Jean-Pierre de Batz. Il est né en 1754. Avant la Révolution, il se livrait à des activités foisonnantes de spéculateur. Élu député de la noblesse aux états généraux en 1788, il devint, à la Constituante, un spécialiste des questions financières. Il expédia de l’argent aux émigrés, avant d’émigrer lui aussi, puis de revenir en France. Il tenta vraiment de sauver le roi le jour de son exécution et de faire évader Marie-Antoinette. Il parvint aussi à compromettre certains Conventionnels dans des scandales financiers. Il parvint à échapper à la guillotine pendant la Terreur et prit part à l’insurrection royaliste du 13 vendémiaire en 1795. Il finit ses jours en 1822, décoré de la croix de Saint-Louis remise par Louis XVIII.

De la vie du baron, La Révolution fracassée retient un épisode dont il fait une fiction historique de qualité.

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* BELAICHE-DANINOS, Paul, La Révolution fracassée. La justice du baron de Batz, Actes Sud, 2013, 826 pages.

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3 réflexions au sujet de « Le baron de Batz, héros de « La Révolution fracassée » »

  1. Je suis l’auteur du roman en question, je ferai remarquer au critique anonyme que si le mot totalitarisme date effectivement de 1937, c’est que je n’en ai pas trouvè d’autres pour définir le »système politique des régimes totalitaires », cela dépeint si parfaitement ce que fut celui de Robespierre et de Saint-Just, que je me suis interdit d’en utiliser un autre.Pardon pour l’excès de conscience. Partant de cette constatation d’anachronisme qui vous a tant choquè, vous mettait aussitôt en doute, l’authenticité des personnage et des événements du roman qui sont aussitôt décrédibilises . c’est une conclusion un peu légère quand on prend la peine d’aller sur la Biobibliographie du livre où l’on retrouve en dernière page la véracité des personnages et des événements. Seulement voilà avant de juger il faut y aller et bosser sur le sujet, je sais c’est fastidieux,il y a des centaines de références.En revanche en s’y plongeant on s’informe et on évite ainsi d’écrire des contre vérités .J’engage, aux critiques encore sous équipés en connaissances historique de lire attentivement les références de cette Bibliographie. Ils découvriront des centaines d’informations qui permettront ainsi au néophyte de combler ses insuffisances historique des années 93 et 94.ILs découvriront que c’est bien le baron de Batz qui a fait chuter Orléans et qui a chassè les Girondins le 2 juin 1793 avec l’appui des ultra révolutionnaires de l’Évêché et de la lie du peuple de Paris…. mais cela on ne lui a ps appris à l’école ,car c’était comme disait Balzac l’Histoire Honteuse!

    PAUL BELAICHE-DANINOS
    lauréat de l’Académie Française.

    • Le mot « totalitarisme » désigne les régimes communiste, fasciste et nazi. Aucun historien de la Révolution n’a utilisé et n’utilisera ce concept pour caractériser le régime de la Terreur. Par ailleurs, j’ai simplement exprimé mon scepticisme sur les autres péripéties du roman et sur le fait que le baron de Batz aurait été l’agent occulte de toute la Révolution. J’ajouterais que, au lieu de me prendre de haut, le lauréat de l’Académie française que vous êtes ferait bien de se relire avant de m’envoyer des messages : les monstruosités orthographiques qui parsèment votre commentaire font mauvais effet. Vous noterez que je n’ai pas fait une mauvaise critique de votre roman.
      Cordialement.

  2. Loin de moi l’idée de prendre de haut vos commentaires, je suis au contraire très sensible au fait que vous ayez pris le temps de lire mon livre et je vous en remercie, Rangeons nous derrière la sagesse du grand Thucydide pour cultiver de bons rapports entre nous.
    Amicalement

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