Le jour où les petits hommes verts sont arrivés…

Couverture du livre de Fredrick Brown Martians, Go home !

Couverture du livre de Fredrick Brown Martians, Go home !

« La rencontre de Kelly-Hopkinsville », ma nouvelle fiction pour l’émission Au fil de l’histoire, sera diffusée sur France Inter le 6 février prochain. Elle évoque le moment où les « petits hommes verts » envahirent… la culture populaire.

Ce soir du 21 août 1955, dans une ferme isolée située entre les villes de Kelly et de Hopkinsville, la famille Sutton croit se faire attaquer par des extraterrestres : des créatures étranges, de petite taille, aux yeux lumineux, aux pieds palmés et aux mains griffues tenteraient de les agresser. Malgré les coups de feu tirés sur eux, ils auraient continué à harceler la famille pendant toute la nuit. Un ami des Sutton, Billy Ray Taylor, prétend même avoir vu une soucoupe volante et s’être fait tirer les cheveux par l’un des extraterrestres.

OVNIS, extraterrestres…

Telle est la version donnée par cette famille de fermiers américains du Kentucky. Des portraits robots des mystérieuses créatures sont même dressés pour les besoins de l’enquête. Les jours suivants, les visiteurs affluent en nombre à la ferme des Sutton pour contempler les lieux de cette rencontre très particulière. Avant que les médias, la police et les habitants de la région n’accusent les Sutton d’avoir mis sur pied un canular pour gagner de l’argent ou d’être des fous…

En elle-même, cette aventure racontée par les Sutton n’a rien d’original. Nombreux sont ceux qui, depuis la fin de la guerre, racontent avoir vu des OVNIS ou rencontré des extraterrestres. En 1947, Kenneth Arnold, un chef d’entreprise de l’Idaho, prétend avoir vu, depuis le cockpit de son avion privé, des soucoupes volantes au-dessus d’une montagne. Un pilote de ligne rapporte le même genre de récit peu de temps après. La même année, c’est le fameux événement de Roswell – la découverte, dans un champ, des débris d’un prétendu vaisseau extraterrestre. Des gens affirment avoir rencontré et même communiqué avec des êtres venus d’une autre planète, comme par exemple George Adamski qui affirme avoir effectué plusieurs voyages depuis 1952 à bord d’un vaisseau spatial où il rencontra des extraterrestres. En 1953, un artisan coiffeur de son côté, présente aux journalistes une vraie créature venue de l’espace : il s’agit en réalité d’un petit singe qu’il avait acheté puis rasé pour le faire passer pour un extraterrestre afin de faire de la publicité pour son salon de coiffure. Certains prétendent que l’expression « petits hommes verts » viendrait de ce canular car le coiffeur aurait peint en vert le singe. En réalité, ce détail a été ajouté plus tard : au moment des faits, personne n’a évoqué la couleur verte.

Les « petits hommes verts » passent dans la culture populaire

Le récit des Sutton s’inscrit en tout cas dans cette tendance à raconter des histoires d’OVNIS et d’extraterrestres. Mais il se démarque des autres parce qu’il va contribuer à la popularisation de l’expression « petits hommes verts ».

En effet, si le premier article écrit sur le sujet par Joe Dorris et publié dès le 22 août dans le Kentucky New Era évoque juste des « petits hommes », les jours suivants, les autres organes de presse dans tous les États-Unis ne vont pas se priver d’attirer les lecteurs en leur proposant une histoire de « petits hommes verts ». Les « little green men » envahissent, à cette occasion, la culture populaire. Ils ne la quitteront plus.

Pour comprendre ce soudain déferlement de l’expression « petits hommes verts », il faut remonter au début du XXe siècle. En 1912, le romancier Edgar Rice Burroughs (le père de Tarzan) publie A Princess of Mars, livre qui met en scène des Martiens à la peau verte. La littérature se réappropriera l’idée selon laquelle les extraterrestres sont verts : en 1948, Damon Khnight publie une nouvelle intitulée Le troisième petit homme vert ; en 1951, la nouvelle L’affaire des petits hommes verts, de Mark Reynolds, a pour point de départ un meurtre mystérieux ; en 1954 Fredrick Brown publie Martians, Go home ! dont la couverture montre un petit homme vert à l’air moqueur dans le trou d’une serrure. L’idée se répand hors d’Amérique et gagne la France. Par exemple, en 1954, B. R. Bruss – de son vrai nom René Bonnefoy –, raconte, dans S.O.S. soucoupes, la découverte, dans les débris d’une soucoupe volante écrasée, d’extraterrestres à la peau verdâtre. Cependant, l’association entre couleur verte et extraterrestres reste cantonnée au monde de la fiction. Beaucoup de prétendus témoins de rencontres du troisième type – dont les Sutton eux-mêmes ! – n’ont jamais mentionné la couleur verte. Quant à l’opinion commune, elle parle tout aussi bien de « petits hommes », sans précision de couleur non plus.

Qu’est-ce qui change avec l’histoire des Sutton ? Il y a peut-être, à l’origine de l’expression « petits hommes verts », un jeu de mots. En effet, les événements s’étant déroulés près de la ville de Kelly et le vert Kelly étant un type particulier de couleur, un rédacteur a dû jouer sur le mot Kelly en raison de cette histoire d’extraterrestres. Et la presse a repris et diffusé la fable des « little green men »… qui sont ainsi passés dans la culture populaire.

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6 réflexions au sujet de « Le jour où les petits hommes verts sont arrivés… »

  1. Bonjour,
    Article très intéressant (sur une question que, je l’avoue, je ne m’étais jamais posée). Au-delà de la couleur verte des E.T., il y aurait sans doute beaucoup à dire que la représentation physique des extraterrestres dans la fiction. Il me semble que dans la majorité des cas, le « petit homme vert » a une apparence qui mélange allègrement l’humain et le reptilien. Il est presque toujours humanoïde (en gros, deux jambes, une tête) mais a la peau visqueuse, les yeux globuleux, pas d’oreilles, des trous à la place du nez… bref, une sorte d’homme-serpent. Et ceci jusqu’à la série V qui va au bout de l’association extraterrestre / reptile en leur donnant carrément une tête de lézard. Qu’est-ce que cette analogie nous révèle de nous-mêmes et de notre rapport à l’autre ? Voilà un sujet qui pourrait être intéressant !

    • Merci pour votre commentaire. J’avoue que je m’étais pas posé la question de la représentation physique générale des E.T. Votre commentaire me suggère deux choses. D’abord, que la représentation d’êtres extra-humains reste imprégnée de ce qu’on pourrait appeler un « humano-centrisme » : malgré leur nature extraterrestre, les E.T. ont une apparence plus ou moins humaine comme vous le dites (une tête, 2 bras, 2 jambes, un tronc…). Ensuite, cette réflexion me fait penser à un article que j’ai lu il y a longtemps dans une revue scientifique qui disait que si on devait supposer l’existence d’une vie extraterreste à peu près aussi évoluée que celle de l’être humain, en tenant compte à la fois des capacités intellectuelles et motrices qu’elle implique, les individus extraterrestres auraient à peu près la même apparence que l’homme : bipèdes, une tête renfermant un cerveau, des bras, etc. …

  2. Comme le dit si bien Edmond Wells :

    La non-existence des extraterrestres est une idée bien plus dérangeante que celle de leur existence… Quel vertige. Et en même temps quelle responsabilité. C’est peut-être cela le message le plus subversif et le plus ancien : « Nous sommes peut-être seuls dans l’univers et si nous échouons il n’existera plus rien nulle part ».

  3. Bonjour,
    Juste deux petites remarques : K Arnold n’a pas dit avoir vu des soucoupes volantes mais des sortes de boomerangs dont le mouvement faisait penser à des soucoupes ricochant sur l’eau. Il s’agit donc du mouvement qu’il a voulu décrire et non de la forme de ce qu’il dit avoir observé (de loin et en vol). C’est la presse qui a titré que l’aviateur avait vu des soucoupes volantes. C’est à partir de la qu’on trouve des récits d’observations de soucoupes volantes, cette forme n’avait pas été relatée auparavant même si certains cas relatés (à posteriori de celui de K Arnold) ont été datés d’avant. Pour ce qui concerne les entités de Kelly Hopkinsville, il y a une très intéressante étude de feu Renaud Leclet appuyée entre autres par un article de la très sérieuse revue « nature » relatant les raisons possibles de la bio luminescence (couleur verte) du plumage de certains hiboux.

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