Guédelon : comment on construisait un château fort au XIIIe siècle

Guédelon 1Traditionnellement, l’étude des vestiges du passé se fait par l’étude des textes et les fouilles archéologiques. A Guédelon, en Bourgogne, la démarche est totalement originale : on construit un château-fort selon les techniques du Moyen Age.

En Bourgogne, au milieu de la forêt de Puisaye (Yonne), se déroule, depuis 1997, une expérience inédite : la construction d’un château fort selon les techniques du XIIIe siècle. Une plongée en plein Moyen Age pour (re)découvrir la façon de bâtir de l’époque.

Un chantier d’archéologie expérimentale

L’idée – un peu farfelue au départ – a germé dans l’esprit de Michel Guyot, conservateur et propriétaire du château de Saint-Fargeau. Avec Maryline Martin, directrice du projet, il est parvenu à négocier un permis de construire et obtenir des aides, aussi bien privées que publiques : ainsi, parmi les soutiens financiers on trouve le Conseil général de l’Yonne, le Conseil régional de Bourgogne, l’Union européenne, EDF, la Fondation Canal +, la Fondation Odéon, entre autres. Et le 20 juin 1997, était posée, à Guédelon, la première pierre d’un édifice dont la construction était censée débuter en… 1228. Actuellement, une cinquantaine d’« œuvriers » comme on les appelle travaillent sur ce chantier.

L’intérêt de cette expérience est à la fois pédagogique et scientifique. Pédagogique car le chantier est ouvert au public. Celui-ci peut donc découvrir les techniques de construction médiévales en voyant travailler tailleurs de pierre, maçons, bûcherons, vannier, potier, charpentiers… Nombreux sont les enseignants qui emmènent leurs classes à Guédelon. Et les organisateurs proposent même aux particuliers des séjours de plusieurs jours pour travailler sur le site, ainsi que des stages de formation pour les apprentis charpentiers ou maçons : le public peut participer à l’édification du château-fort. Grâce aux droits d’entrée, le projet peut même s’autofinancer. L’intérêt scientifique est tout aussi évident car ce chantier constitue un laboratoire grandeur nature pour les chercheurs. Des historiens d’art et des archéologues composent le comité scientifique, notamment Anne Baud, docteur en archéologie médiévale, Nicolas Reveyron, maître de conférence en histoire de l’art, et Christian Corvisier, historien de l’architecture. Pour les scientifiques, ce chantier permet de vérifier les connaissances élaborées à partir des archives ou des fouilles effectuées : Guédelon est une expérience d’archéologie expérimentale.

C’est Jacques Moulin, architecte en chef des Monuments historiques, qui a tracé les plans de l’édifice. Le château doit traduire le style philippien, qui était alors en vogue à cette époque. Ce style tire son nom du roi de France Philippe Auguste (qui régna de 1180 à 1223) qui a donné une nouvelle orientation à l’architecture militaire. Ce style s’illustre par des châteaux quadrangulaires, avec une tour cylindrique à chaque angle, auxquelles s’ajoute(nt) une ou deux tours à l’entrée. Le corps de logis est plaqué contre l’une des murailles. On retrouve toutes ces caractéristiques à Guédelon. En effet, à chaque angle se trouvera une tour, dont la tour principale, au nord-est. Deux tours encadreront l’entrée, au sud. Le corps de logis sera collé contre la muraille nord et la tour principale.

Tailleurs de pierre, forgeron, charpentiers…

Guédelon 2Le chantier de Guédelon, dont le maître d’œuvre est Florian Renucci, ressemble donc à ceux qui existaient au XIIIe siècle. Différents corps de métiers s’y activent : tailleurs de pierres, maçons, terrassiers, bien sûr, mais aussi charpentiers, bûcherons, vanniers, potiers et couvreurs.

La première tâche fut de défricher le site. Les « essarteurs » ont beaucoup à faire sur le chantier pour alimenter les charpentiers en bois. Ceux-ci construisent les échafaudages, les engins de levage – deux cages à écureuils ont été édifiées –, les brouettes, les tonneaux, les manches des outils, en plus des éléments en bois propres au château : hourds, charpentes, toitures, pont, planchers… Où l’on s’aperçoit ainsi que le bois était encore beaucoup utilisé à l’époque des châteaux-forts de pierre.

Les tailleurs de pierre effectuent un travail très précis. Cela a pu se vérifier lorsque fut construites les voûtes d’ogives de la tour de la chapelle (au nord-ouest) et de la tour principale (au nord-est) : les pierres de chacun des arcs devaient s’emboîter parfaitement l’une dans l’autre afin que la voûte ne s’effondre pas et supporte le poids de l’édifice. Les mesures utilisées sont celles de l’époque médiévale. L’unité de base est la ligne, correspondant au diamètre d’un grain d’orge, c’est-à-dire 2,2 millimètres en Bourgogne. Les autres mesures sont établies à partir de cette unité : la paume fait 34 lignes, le pied 144 lignes, la coudée 233. Pour effectuer les mesures, comme au Moyen Age, les « œuvriers » utilisent compas, équerres, pige – bâton gradué – et corde à treize nœuds dont les intervalles égaux correspondent à une coudée.

Les carriers extraient les pierres de la carrière de grès ferrugineux, roche typique de la Puisaye. Comme au XIIIe siècle, les matériaux sont d’extraction locale. Le forgeron fabrique les outils nécessaires au chantier. Le potier met au point les récipients et le vannier des paniers en osier qui servent à transporter les matériaux : sable, terre… Quant au cordier, il travaille le chanvre afin d’en faire des cordages. Une écurie, un village des « essarteurs » et une tuilerie complètent le dispositif.

En 2005, Guédelon a reçu sa consécration scientifique avec la participation de Florian Renucci à trois colloques sur les thèmes du château au XIIIe siècle et de la restitution en archéologie. L’aspect expérimental du chantier se vérifie grâce à plusieurs exemples. Ainsi, un archéologue a suggéré l’édification d’un second four de poterie, et la création de nouvelles formes de poterie plus en adéquation avec les résultats de fouilles réalisées sur des sites du XIIIe siècle. De même, dans l’atelier de tuilerie plusieurs cuissons ont été nécessaires afin de valider, avec le comité scientifique, non seulement la forme du four et la méthode de cuisson, mais aussi le type de tuiles, rectangulaires avec un talon d’accrochage. Par ailleurs, des monuments situés dans la région attestent l’utilisation combinée du grès ferrugineux et du calcaire. Les responsables ont donc fait entré ce dernier dans la composition de certaines parties du château-fort. Enfin, les deux tours d’angle au sud devaient, selon les plans d’origine, être de forme carrées. Michel Guyot et Maryline Martin ont décidé par la suite de bâtir des tours cylindriques, plus conformes au style philippien.

Nul doute, donc, que Guédelon contribue à faire progresser la connaissance de l’architecture militaire médiévale et de ses techniques de construction. Le public peut quant à lui s’y rendre pour un voyage dans le temps qui a encore de beaux jours devant lui : la fin du chantier n’est pas prévue avant 2025…

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Site internet : Guédelon, ils bâtissent un château fort

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