Le retour de la puissance russe ?

 2010, année de la Russie

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Russia Paratroopers DayPour Poutine, la disparition de l’URSS fut la plus grande catastrophe de l’histoire russe au XXe siècle. C’est qu’auparavant, la Russie était une puissance de rang international. C’est ce rang qu’elle entend retrouver. Mais dans la recherche de son ancien statut, elle se heurte à des handicaps sérieux.

Guerre de Géorgie, mise au pas de la Tchétchénie, pression sur les pays baltes, création d’une OTSC qui doit faire contrepoids à l’OTAN… La Russie de ce début de XXIe siècle entend bien renouer avec son statut de grande puissance. Mais le peut-elle vraiment ?

Maintenir sa sphère d’influence dans son « étranger proche »

Depuis la disparition de l’Union soviétique en 1991, la Russie a vu s’opérer des changements importants sur le plan géopolitique. En particulier, plusieurs pays de l’ancien bloc de l’est ont rejoint l’OTAN – pays baltes, Pologne, République tchèque… – et les États-Unis ont tissé des relations économiques avec les anciennes républiques socialistes soviétiques d’Asie centrale. Ainsi, les dirigeants russes ont développé une rhétorique de la « forteresse assiégée » qui illustre la détermination de la Russie à maintenir sa sphère d’influence sur son « étranger proche » La Russie entend redevenir la grande puissance qu’elle était du temps de l’URSS. En témoigne par exemple cet article d’Alexandre Prokhanov intitulé « Nous devons nous étendre, faute de quoi nous nous ferons bouffer » et que nous avons déjà mentionné [1] : l’auteur écrit notamment : « Après la deuxième guerre de Tchétchénie commença la renaissance de l’empire russe. » Et il ajoute que la « Russie est prête à revenir dans les régions d’où elle avait reflué à l’époque de sa faiblesse ».

Cette volonté russe de sauvegarder sa sphère d’influence s’explique par le défi de préserver certains intérêts essentiels : le coton d’Asie centrale, l’industrie d’armement en Ukraine, le complexe spatial de Baïkonour au Kazakhstan, entre autres. Ainsi, la Russie, à partir des années 2000, s’est montrée inquiète de la poussée américaine à sa périphérie. Elle a en conséquence noué des relations avec des Etats rivaux de l’Occident : la Chine, le Japon, la Corée du Nord et l’Iran. Dans ce dernier cas, la Russie entend parvenir à un règlement négocié du problème du nucléaire iranien. En 2002, une Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) a été mise sur pied, comprenant la Russie, la Biélorussie et différents pays d’Asie centrale [1], montre la volonté russe d’affirmer son indépendance et sa puissance hors de l’OTAN. En septembre 2008, le président Medvedev a annoncé que cette OTSC aura son propre état-major, basé à Moscou, qui doit faire contrepoids à l’OTAN. La Russie a aussi des atouts dans sa présence comme membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et au G8.

C’est ce qui explique aussi la guerre menée en Géorgie en août 2008 : alors que Tbilissi voulait réinstaurer l’intégralité de son territoire – elle ne s’imposait plus en Ossétie du sud et en Abkhazie –, les armées russes ont défait rapidement les troupes géorgiennes. Moscou a reconnu l’indépendance des deux Etats sécessionnistes. Ainsi, la Russie a permis d’empêcher une intégration prochaine de la Géorgie à l’OTAN et a envoyé un message à l’Ukraine qui espère aussi adhérer à l’OTAN. Elle a aussi pris sa revanche sur les Américains – la Géorgie est entraînée et soutenu par les États-Unis – et a montré sa capacité et sa détermination à lancer son armée contre un Etat souverain et à redessiner les frontières d’un pays unilatéralement.

Les Russes ont des moyens non négligeables pour affirmer ou réaffirmer leur puissance sur la scène internationale. Sur le plan militaire, ils ont jeu égal avec les Américains grâce à leur arsenal nucléaire : ils possédaient, en 2009, 2800 têtes stratégiques contre 2200 pour les Etats-Unis. Cependant, leur armée, dont les effectifs s’élèvent à un million d’hommes, a des lacunes techniques importantes.

Enfin, la Russie n’envisage pas un instant d’adhérer à l’Union européenne – et elle ne le pourrait pas de toute façon en raison de son mépris pour les principes fondamentaux de la démocratie. Comme nous l’avons déjà souligné dans notre article sur le régime poutinien [1], les dirigeants russes ont une vision négative de l’Occident : la démocratie et l’économie de marché ont fait faillite, selon eux, avec la crise financière de 2008. La Russie entend proposer un modèle différent, supérieur, semblable à celui de la Chine : un capitalisme de prédation très lié au pouvoir politique et un Etat « fort », autoritaire.

Confrontée au vieillissement de sa population

La Russie a des moyens plus subtils pour tenter de bâtir sa puissance, qu’on peut appeler « soft power ». En effet, la langue russe, langue véhiculaire dans la CEI, par sa diffusion doit être le pendant de l’usage de l’anglais avec la superpuissance américaine. L’importance de la diaspora russe est aussi un atout. L’année culturelle 2010 justement, par la multiplication des échanges, contribue aussi au mécanisme de soft power russe. Enfin, le régime antidémocratique russe est une référence pour les Etats autoritaires d’Asie centrale.

Cependant, des limites importantes existent. Son économie d’abord. Certes, la Russie possède des ressources naturelles considérables (hydrocarbures, mines, hydrauliques). Mais c’est une économie de rente dans la mesure où le pays investit peu et produit peu, important l’essentiel de sa consommation. L’intérêt de la Russie se trouve dans les prix élevés de l’énergie mais elle est dépendante, ainsi, de ses clients, notamment de l’Union européenne, sa principale acheteuse.

L’autre point faible réside dans la démographie. La Russie est confrontée au vieillissement de sa population. Elle comprend actuellement 140 millions d’habitants. Mais la diminution de la fécondité et l’augmentation de la mortalité vont amener le chiffre la population russe à 130 millions en 2025.  L’espérance de vie en 2006 était de 59 ans. En 2009, elle était de 66 ans en général, mais 59 ans pour les hommes.

Enfin, la Russie, qui prétend imposer un autre modèle que celui de l’Occident, qui s’érige en rivale des Etats-Unis et de l’Europe, ne saurait pourtant se développer sans les capacités des techniques et des marchés occidentaux.

Il n’est donc pas certain que, dans les années à venir, on assiste à un renouveau de l’empire russe.

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Aller plus loin :
BREAULT, Yann, JOLICOEUR, Pierre et LÉVESQUE, Jacques, La Russie et son ex-empire, Paris, Presses de Sciences-Po, 2003.
DAUCÉ, Françoise, La Russie postsoviétique, Paris, La Découverte, « Repères », 2008.
RADVANYI, Jean et WILD, Gérard, La Russie entre deux mondes, Paris, La Documentation française, « Documentation photographique », 2005.
« Géopolitique de la Russie », Hérodote. Revue de géographie et de géopolitique, 3e trimestre 2010, n° 138.

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[1] La déstalinisation a-t-elle eu lieu ? II. Le régime poutinien

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