La formation du territoire russe

2010, année de la Russie

.

2010 est l’année de la Russie en France. Elle sera caractérisée par de multiples événements culturels. C’est l’occasion de découvrir ou de redécouvrir des moments forts du passé russe. Nous consacrerons donc plusieurs articles dans le courant de cette année à la Russie. Pour commencer, nous avons choisi de nous intéresser à la constitution progressive de ce vaste territoire.

La formation du territoire russe 1Cette carte est extraite de la revue L’Histoire, juillet-août 2009, n° 344, p. 36.

À l’origine, l’Etat russe est un Etat continental qui a cherché à s’assurer des ouvertures maritimes (vers le nord, vers le sud, vers l’ouest) afin de jouer un rôle international. L’expansion territoriale de la Russie vient aussi de la recherche de matières premières et de terres agricoles fertiles. En outre, la Russie souhaitait aussi atteindre des frontières géographiques sûres – fleuves, montagnes, mers – car les Slaves avaient trop souffert d’invasions extérieures. Au fil des siècles, l’Etat russe s’est formé un très vaste territoire qui compte, aujourd’hui, onze fuseaux horaires.

Rous’, la « Russie de Kiev »

Au IXe siècle, des marchands d’origine scandinave, les Varègues, rassemblent les peuples slaves orientaux dans un ensemble étatique, la principauté de Kiev. Celle-ci se trouve sous l’autorité d’une dynastie, d’origine scandinave donc, dite des Rurikides, du nom de son ancêtre mythique, Rurik. Les Varègues étaient désignés dans les sources par le terme rous’, opposé aux Slaves. Ce mot a donné son nom à tout le territoire occupé par les Slaves orientaux et dirigé par le prince varègue de Kiev. Ainsi, un territoire a pris le nom de ses envahisseurs [1].

La « Russie de Kiev » s’ouvre aux influences byzantines comme en témoigne la conversion de son prince, Vladimir, et de son entourage, au christianisme orthodoxe en 988.  Cette date marque le « baptême du Pays russe » selon les auteurs du siècle suivant.

.

Cette carte est extraite de la revue L’Histoire, juillet-août 2009, n° 344, p. 36.

La formation du territoire russe 2En principe, chaque héritier mâle doit régner sur une parcelle de territoire au sein de la principauté. Mais dès la mort du prince Sviatoslav en 972, ses deux successeurs, Vladimir (980-1015) et Iaroslav (1036-1054) éliminent les autres souverains. La principauté atteint son apogée en  1054. À la mort de Iaroslav, des principautés héréditaires commencent à se dessiner. Le morcellement du territoire s’accentue encore en raison des luttes de succession. Par ailleurs, la Russie de Kiev est en proie aux attaques des Tatars, c’est-à-dire des Mongols. Finalement, les différentes principautés deviennent vassales du grand khan de la Horde d’Or au milieu du XIIIe siècle.

.

la formation du territoire russe 3Cette carte est extraite de Les collections de l’Histoire, avril-juin 2003, n° 19, p. 15.

Chaque principauté russe conserve son prince mais sous l’autorité du khan tatar. Aux rivalités entre princes se superpose un affrontement entre pro et anti-Tatars. L’un d’eux, Alexandre Nevski (1220-1263), prince de Moscou, s’appuie sur les Mongols pour devenir grand-prince de Vladimir-sur-la-Kliazma, c’est-à-dire de l’ensemble de la Russie de Kiev. La maison de Moscou s’assure, à partir de 1389, le monopole du trône de Vladimir-sur-la-Kliazma.

En 1462, débute le règne d’Ivan III, qui dure jusqu’en 1505. Il lance, à la tête de la principauté de Moscou, la reconquête des territoires russes. Il met un terme à la souveraineté mongole sur la Russie. Il annexe Novgorod en 1478, Tver en 1485. En 1485 toujours, il adopte le titre de « souverain de toute la Rous », qui montre sa volonté de s’inscrire dans la lignée du prince Vladimir.

Le règne d’Ivan IV, dit « le Terrible » (1533-1584) marque le début de l’expansion russe vers l’Asie. Entre 1552 et 1584 il prend Kazan, Astrakhan et le khanat de Sibir aux Tatars, les trois khanats créés au moment du morcellement de la Horde d’Or. Pour la première fois, des peuples non russes et non orthodoxes sont intégrés. La même année est fondée Arkhangelsk, sur la mer Blanche. Le 16 janvier 1547 il se fait couronner tsar, mot qui vient du latin caesar et qui désignait, initialement, aussi bien l’empereur byzantin que le khan tatar. De cette manière, il affirme la vocation impériale de la Russie.

La prise des trois khanats entre 1552 et 1584 se complète par l’arrivée de marchands, d’aventuriers, de paysans libres en Sibérie occidentale puis orientale. Des villes fortifiées sont bâties dès 1586. À la fin du XVIIe siècle, 25 000 foyers russes sont installés en Sibérie et le Pacifique a été atteint. L’expansion vers la Sibérie répond à la fois à la quête de frontières sûres – le Pacifique – et à l’attrait de terres et des ressources du sous-sol comme l’or.

Dans le même temps, Ivan le Terrible lance aussi ses troupes vers le sud, c’est-à-dire vers les steppes en direction de la mer Caspienne. Ce mouvement d’expansion vers le sud répondait à deux buts : d’une part accéder aux mers chaudes du sud et, d’autre part, mettre la main sur des sols riches du point de vue agricole.

De Saint-Pétersbourg à Vladivostok

Pierre le Grand, qui règne de 1682 à 1725, l’un des premiers de la dynastie des Romanov, étend le territoire russe vers l’ouest. De 1700 à 1721 il livre une guerre contre la Suède afin d’obtenir une « fenêtre sur l’Europe » et de faire de son pays une puissance européenne en ayant un accès aux mers du Nord. En 1703, signe de sa volonté de se rapprocher de l’Europe, il fonde une nouvelle capitale sur les bords de la Baltique conquise sur les Suédois et qui porte son nom : Saint-Pétersbourg. En 1721, le traité de Nystad annexe à l’empire russe le golfe de Finlande, le nord de la Lettonie et le sud-est de l’Estonie actuelles, ainsi que le sud-est de la Finlande. Des populations baltes et germaniques non russes et non orthodoxes entrent ainsi dans l’empire russe.

La formation du territoire russe 4

Cette carte est extraite de LACOSTE, Yves, Géopolitique. La longue histoire d’aujourd’hui, Paris, Larousse, 2006, p. 149.

.

Du côté de l’Asie, le tsar continue la conquête et la colonisation de la Sibérie, ouvre des relations commerciales avec la Chine.

Catherine II (1762-1796) repousse encore les frontières russes. À l’ouest, elle met la main sur des territoires qui, à l’origine, avaient appartenu à la Russie kiévienne : des régions biélorusses et une partie de la Lituanie. Une partie de la Pologne est également intégrée à l’empire suite aux partages successifs du pays en 1772, 1793 et 1795.

Au sud, l’impératrice achève la conquête et prend pied sur les bords de la mer Noire en 1774 et annexe la Crimée en 1783. À l’issue de ces conquêtes vers le sud, des paysans et des soldats mettent en valeur ces sols, protégés par des forts militaires. Enfin, en Extrême-Orient le détroit de Béring est franchi et les Russes prennent possession de l’Alaska.

Au XIXe siècle, un glacis est formé pour protéger l’empire russe. La Finlande est annexée en 1809. Les tsars conquièrent la Géorgie, l’Azerbaïdjan, les régions arméniennes d’Erevan et de Nakitchevan, et d’autres régions du Caucase du nord entre 1812 et 1829. Mais les populations de ces dernières – Tchétchènes, Ingouches, Tcherkesses, etc. …) leur opposent une forte résistance qui entraîne des guerres longues et coûteuses en hommes et en argent pour la Russie. Elles prennent fin en 1859.

La Russie veut prendre pied en Asie centrale pour deux raisons : ses terres sont riches en coton de bonne qualité et l’empire veut faire face aux ambitions anglaises dans la région. Aussi, dès 1816, la Russie prend le contrôle du Kazakhstan. À partir de 1864, elle lance ses troupes dans des opérations de conquête : les trois khanats musulmans sont contrôlés : Boukhara en 1868, Khiva en 1873 et Kokand en 1876.

La formation du territoire russe 5

Cette carte est extraite de Les collections de l’Histoire, avril-juin 2003, n° 19, p.70 .

.

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, l’Etat russe contrôle beaucoup plus les migrations en Sibérie. En 1891 est lancée la construction du Transsibérien, une ligne de chemin de fer qui doit désenclaver et permettre le développement de la Sibérie tout en la protégeant du Japon. C’est une réussite puisqu’entre 1891 et 1903, 1 620 000 paysans s’installent dans la région.

En Extrême-Orient, la Russie élimine la présence chinoise sur la rive gauche de l’Amour en 1858 et fonde en 1860 un port sur le Pacifique, Vladivostok, qui signifie en russe « celui qui domine l’orient ». L’Alaska est vendu aux Etats-Unis en 1867 pour sept millions de dollars.

De 1922 à 1991 : l’Union soviétique

En 1914, la Russie constitue un empire-continent de 22 millions de kilomètres carrés. Que devient-il après 1917 et la prise du pouvoir par les bolcheviks ? L’empire commence à se désintégrer car les différentes nationalités cherchent à obtenir leur indépendance. En 1919, les Finlandais, les Etats baltes et la Pologne obtiennent leur indépendance à la faveur des traités de paix mettant fin à la Première Guerre mondiale [2] mais les communistes réagissent ailleurs par des interventions militaires. Ils reconquièrent le Caucase, l’Ukraine, la Sibérie, l’Asie centrale.

La formation du territoire russe 6Cette carte est extraite de la revueL’Histoire, juillet-août 2009, n° 344, p. 98.

En 1922, un nouvel ensemble voit le jour, l’URSS, l’Union des Républiques socialistes soviétiques. Elle se compose de quatre républiques, la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie et la Transcaucasie. L’objectif majeur de Staline est de reconstituer un empire dont les frontières sont celles de la Russie des tsars. Après 1945, il étend la domination soviétique sur les pays d’Europe centrale et orientale en en faisant un glacis de pays protecteurs étroitement soumis à Moscou. En 1956, l’Union soviétique compte quinze républiques : en plus de celles déjà citées, on trouve les trois Etats baltes, la Moldavie, la Géorgie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Turkménistan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan et le Tadjikistan.

La formation du territoire russe 7Cette carte est extraite de LACOSTE, Yves, Géopolitique. La longue histoire d’aujourd’hui, Paris, Larousse, 2006, p. 151

Cet ensemble ne résiste pas à la révolution gorbatchévienne. L’URSS implose en 1991 et son territoire mesure désormais 17 millions de kilomètres carrés. La Russie est aujourd’hui une fédération mais qui entend toujours garder une influence sur ce qu’elle nomme son « étranger proche », c’est-à-dire les territoires qui, autrefois, faisaient partie de l’empire des tsars. En témoignent, par exemple, l’interminable guerre en Tchétchénie, la crise russo-ukrainienne et le conflit récent en Géorgie.

.

.

 Aller plus loin :
CARRÈRE D’ENCAUSSE, Hélène, L’Empire d’Eurasie, Paris, Fayard, 2005.
CAUCHY, Pascal, Dictionnaire de la Russie, Paris, Larousse, 2008.
CHANNON, John, Atlas historique de la Russie. Puissance et instabilité d’un empire européen, asiatique et arctique, Paris, Autrement, 1995.
FERRO, Marc et MANDRILLON, Marie-Hélène (dir.), Russie, peuples et civilisations, Paris, La Découverte, 2005.
HELLER, Michel, Histoire de la Russie et de son empire, Paris, Flammarion, 1999.
REY, Marie-Pierre, De la Russie à l’Union soviétique. La construction de l’empire, 1462-1953, Paris, Hachette, 1994.
« La Russie des tsars » (hors série), Les collections de l’Histoire, avril-juin 2003, n° 19.
« La Russie d’Ivan le Terrible à Poutine » (spécial), L’Histoire, juillet-août 2009, n° 344.
Sur l’histoire de la Russie nous avons publié : La révolte de Pougatchëv, Le “Dimanche rouge“, La guerre russo-japonaise, Moldavie : territoire enclavé, La Tchétchénie et Les Tchétchènes, un peuple et des souffrances

.

.

.

[1] Ce phénomène s’est produit à d’autres endroits : les Francs, qui ont envahi la Gaule avec d’autres peuples barbares, ont donné leur nom à la France, et les Scandinaves qui ont pris possession d’une partie du territoire français ont donné le leur à la Normandie…

[2] Cf. Les traités de paix de 1919 : un désastre ?

.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s