Les pyramides d’Égypte

Les pyramides d'Egypte (1)Lorsque l’on évoque l’ancienne Égypte, l’une des premières images surgissant dans les esprits est celle des pyramides. Pourtant, les anciens Égyptiens n’ont pas bâti ces édifices durant trois mille ans. Et il fallut du temps pour parvenir à construire les premières pyramides « géométriques ».

Les pyramides ne sont pas nées avec la civilisation égyptienne. Sous les deux premières dynasties, les souverains et les personnages importants du royaume se faisaient enterrer dans des mastabas. Ce mot arabe signifie « banquette ». Ces tombeaux sont ainsi appelés parce qu’ils évoquent, par leur forme, les bancs que l’on trouve encore aujourd’hui en Égypte. La momie était placée dans un catafalque de pierre situé dans un puits. On y entreposait aussi les objets nécessaires à la vie dans l’au-delà. C’est par-dessus ce puits qu’était construit le mastaba. À l’intérieur se trouvaient une chapelle ainsi qu’une pièce où étaient déposées les offrandes dont le mort avait besoin.

Un escalier facilitant l’ascension du roi jusqu’au ciel

Dans la mythologie, Rê, le dieu-soleil, est né sur une butte. La pyramide devait rappeler, par sa forme, ce mont de la Création. Toutefois, le mastaba évoque tout aussi bien cette butte originelle. Comment donc alors est née la pyramide ?

Les pyramides d'Egypte (2)La première pyramide d’Égypte est due à l’architecte du pharaon Djoser, Imhotep. Elle se trouve à Saqqarah. Comme auparavant, Imhotep mena la construction d’un mastaba de 123,50 mètres sur 107 mètres. Puis il fit ériger un mur d’enceinte tout autour du tombeau. Mais il se rendit compte que ce mur rendait invisible le tombeau du pharaon. Il décida alors d’ériger quatre mastabas, plus petits, par-dessus le premier. Puis il en fit installer encore deux autres : la première pyramide à degrés, haute de soixante mètres, était née.

Un des plus vieux écrits égyptiens dit : « Un escalier se déroule pour qu’il [Pharaon] grimpe jusqu’aux cieux ». Cette pyramide représente en effet une sorte de gigantesque escalier devant permettre à l’âme du souverain d’accéder au ciel et au séjour près des dieux. De nos jours, on connaît neuf pyramides à degrés.

Une pyramide rhomboïdale

Les pyramides d'Egypte (3)Le pharaon Snéfrou, souverain de la IVe dynastie, imita ses prédécesseurs en se faisant construire une pyramide à degrés à Meïdoum. Mais il eut l’idée de combler les degrés par un manteau de blocs afin de donner à son tombeau l’aspect d’une pyramide lisse.

À Dashour, au sud de Saqqarah, il se fit ériger une deuxième pyramide, qu’il voulait lisse. Mais durant la construction, des fissures apparurent car le sol était meuble. Les architectes décidèrent donc de réduire l’inclinaison de la pente, passant ainsi de 54 degrés à 43 degrés. Le résultat est une pyramide ayant une forme particulière, une pyramide rhomboïdale. Toutefois, malgré ce changement d’inclinaison, les risques d’affaissement demeurèrent.

Snéfrou se fit alors ériger une troisième pyramide avec une inclinaison à 43 degrés. Les fondations étaient en calcaire. Après dix-sept années de travail, la première pyramide géométrique d’Égypte apparut à Dashour. Cette pyramide, appelée pyramide rouge, comporte trois chambres funéraires. Snéfrou se fit inhumer dans l’une d’elles. À l’intérieur, une voûte en encorbellement de quinze mètres de haut supporte le poids des nombreux blocs au-dessus du tombeau.

Chéops, la Grande Pyramide

Le successeur de Snéfrou, Chéops, fit bâtir sa pyramide sur le plateau de Gizeh, à proximité du Caire actuel. C’est la plus haute pyramide d’Égypte et l’une des sept merveilles du monde : elle mesure deux cent trente mètres de côté, cent quarante-six mètres de hauteur, occupe une surface de six hectares, a une masse de six millions cinq cents mille tonnes et comporte deux cents vingt rangées de pierres.

Les pyramides d'Egypte (4)Le site de la Grande Pyramide est un plateau calcaire, c’est-à-dire que le sol est rocheux, et donc, capable de résister à la masse du monument. Si l’on regarde la coupe de la pyramide, on note l’existence de trois chambres relayées par un réseau de galeries. Une première galerie, dont l’entrée est située dans la pyramide, plonge directement vers une première chambre funéraire enterrée dans le sol. Mais de cette galerie, monte un autre couloir qui conduit à une intersection entre la grande galerie – nettement plus haute que les autres –, une galerie horizontale menant à une deuxième chambre funéraire, habituellement appelée chambre de la reine, et un puits qui mène à la première chambre.

La grande galerie mesure onze mètres de hauteur et quarante-six mètres de longueur. Elle mène à une troisième chambre. Celle-ci est surmontée de sept énormes blocs de pierre entre lesquels un espace a été laissé. Ces espaces constituent autant de chambres de décharge. Les deux derniers blocs sont positionnés de façon triangulaire afin d’écarter la masse sur les côtés et ainsi éviter les risques d’effondrement. Cette troisième chambre, précédée par une chambre des herses, devait abriter le sarcophage du pharaon.

Le roi Chéphren fit bâtir sa pyramide à proximité de celle de Chéops. Au pied du tombeau fut aussi bâti un temple destiné à entreposer les offrandes pour le défunt. De là, une chaussée d’environ cinq cents mètres menait au temple de la vallée situé sur la rive du Nil. Mychérinos se fit ériger lui aussi sa pyramide à Gizeh. À proximité de ces trois grands tombeaux se trouvent des pyramides plus petites pour les reines et des mastabas pour les hauts personnages de l’empire.

Le complexe d’Abousir

Les pharaons de la Ve dynastie se firent eux aussi inhumer dans des pyramides érigées à Abousir, au sud de Gizeh. Mais ces édifices, plus petits, ont moins bien résisté au temps. De plus, leur revêtement calcaire fut arraché à l’époque romaine. Ainsi, le roi Sahourê fut le premier à faire construire une pyramide à Abousir. Au pied de celle-ci, un temple haut était relié par une chaussée de deux cents quarante mètres de long au temple de la Vallée qui était desservi par un port funéraire. Son successeur, Neferirkarê, se fit ériger la plus haute pyramide d’Abousir : elle culmine à… soixante-huit mètres de hauteur. Neferefrê entreprit de se faire bâtir une pyramide mais celle-ci ne sera jamais achevée. En revanche, son temple mortuaire demeura très important pendant deux siècles.

Niousserê, successeur de Neferefrê, se fit lui aussi bâtir une pyramide. Mais voulant bénéficier d’un temple funéraire, il fit détourner la chaussée partant du temple érigé pour Neferirkarê à son profit. C’est ainsi que la pyramide de Neferirkarê se retrouve aujourd’hui isolée.

Le pharaon Ounas, dernier roi de la Ve dynastie, se fit inhumer dans une pyramide à Saqqarah. C’est à ce moment qu’apparaissent les Textes des Pyramides. Ils étaient constitués d’incantations et de formules magiques et devaient assurer au défunt son passage dans l’au-delà. Des règles étaient à respecter : par exemple, ne pas faire apparaître Seth, divinité du trouble. Des animaux nécessaires à l’écriture pouvaient être figurés, les textes étaient de couleur verte parce que le mort allait acquérir une verdeur éternelle. Ces textes représentent aussi une vision extraordinaire de l’au-delà.

La construction d’une pyramide

Une question vient à l’esprit quand on contemple ces monuments : comment les anciens Égyptiens sont-ils parvenus à hisser à des dizaines de mètres de hauteur d’énormes blocs de pierre ? Comment ont-ils construit les pyramides ? En développant l’exemple de l’édification de la pyramide de Chéops, nous aurons un aperçu concret de la manière dont furent érigées es pyramides.

Les géomètres tracent sur le sable le plan de la pyramide en taille réelle. La pose de la première pierre se fait lors d’une cérémonie solennelle placée sous le signe de la déesse Séchat, divinité du calcul et de l’intellect. Pharaon jette une poignée de sable et pose la première pierre. Les travaux peuvent commencer sous la protection des dieux.

Le Nil étant le principal moyen de transport des anciens Égyptiens, c’est par ce fleuve, sur bateaux, qu’arrivent les milliers de blocs de pierre nécessaires à la construction. La crue permet aux navires de s’approcher au plus près du site. Autrement, c’est un canal de dérivation qui prend le relais lorsque les eaux se retirent.

Les blocs viennent d’Assouan. Les scribes notent le détail des chargements tandis que les pierres sont hissées sur des traîneaux de bois. Ensuite, elles sont confiées aux tailleurs de pierre. Chaque bloc doit être soigneusement taillé afin qu’il prenne parfaitement sa place dans l’édifice. En même temps, les engins de levage, les chadoufs, sont construits par des ouvriers. Ce sont des machines montées sur un châssis et munies d’un contrepoids.

Un mystère qui entoure la construction des pyramides concerne le halage des énormes blocs de pierre, certains pouvant peser jusqu’à soixante tonnes. Selon certains, les ouvriers se servaient de rondins de bois sur lesquels ils faisaient glisser le traîneau. D’autres avancent la thèse selon laquelle ce dernier était glissé directement sur le sol lubrifié par le Nil.

Mais ce qui pose le plus de question est le moyen utilisé pour élever ces blocs à des dizaines de mètres de hauteur. Des égyptologues ont adopté la théorie de rampe « perpendiculaire ». Cette rampe aurait consisté en un plan incliné qui se serait appuyé sur l’une des faces de la pyramide. Au fil de la construction, selon cette hypothèse, on allongeait la rampe pour garder la même inclinaison, qui était de neuf degrés. Mais certains spécialistes ont fait remarquer qu’aux trois quarts de la construction, la rampe aurait mesuré plus d’un kilomètre. En outre, bâtir ce plan incliné aurait demandé autant de travail que l’érection de la pyramide elle-même. Enfin, une telle rampe n’aurait pas permis le polissage de la pyramide selon d’autres spécialistes.

Une deuxième hypothèse défend le principe d’une rampe « enveloppante » ou « hélicoïdale ». Il s’agit d’un plan incliné qui s’enroulait autour de la pyramide. L’avantage est qu’il était inutile de grossir la rampe à chaque fois et était simplement allongée au fur et à mesure de la progression des travaux. Quand le pyramidion était posé, on démolissait la rampe à rebours tout en procédant au polissage de l’édifice. Mais cette hypothèse se heurte à deux éléments soulignés par ses détracteurs : d’une part, une telle rampe n’aurait jamais pu supporter le poids des plus gros blocs ; d’autre part, le passage au niveau des angles auraient été un véritable casse-tête, voire impossible.

Ainsi, une dernière hypothèse a vu le jour : les anciens Égyptiens auraient construit une rampe inclinée sur une face de la pyramide mais ne montant qu’à mi-hauteur de l’édifice, ce qui limitait la pente à des proportions raisonnables. Ensuite, les blocs auraient été hissés grâce à des engins de levage.

Les dirigeants kouchites imitent les pharaons

 

Les pharaons de la XIIe dynastie, celle qui a vraiment marqué le Moyen Empire, se firent construire leurs pyramides à Licht, point de jonction entre Haute et Basse-Égypte. Mais ce furent des édifices plus modeste et moins soignés que ceux des dynasties précédentes.

Thoutmosis Ier, pharaon de la XVIIIe dynastie, se fit construire un tombeau creusé dans la roche, dans une région qui allait accueillir les sépultures des rois suivants : la Vallée des Rois. Le temps des pyramides s’effaçait. Mais seulement pour un temps.

En effet, les pyramides réapparurent dans un royaume en Nubie, le royaume de Kouch. Au VIIIe siècle av. J.-C., les dirigeants kouchites devinrent les rois légitimes de l’Égypte. Les cinq pharaons de la XXVe dynastie inaugurèrent ainsi une nouvelle période de constructions qui dura mille ans. Au cours de cette période furent érigées près de deux cents pyramides.

Les pyramides d'Egypte (5)Les pyramides kouchites possèdent des caractéristiques bien différentes de celles d’Égypte. D’abord, leur sommet est plat, contrairement aux pyramides des anciens pharaons, sur lesquelles trônaient un pyramidion, une sorte de petite pyramide miniature coiffant l’ensemble de l’édifice. Ensuite, elles sont plus petites et plus pentues. Enfin, si les anciens pharaons se faisaient inhumer dans la pyramide, les dirigeants kouchites, eux, se firent ensevelir dans un puits au-dessus duquel était érigée la pyramide. Finalement, les Kouchites ont repris le principe du mastaba en remplaçant la « banquette » par une pyramide.

La dernière pyramide fut érigée au IVe siècle avant notre ère : ainsi s’achevait le temps des pyramides.

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Aller plus loin :
DORMION (G.), La chambre de Kheops, Paris, Fayard, 2004 (livre polémique).
EDWARDS (I. E. S.), Les pyramides d’Égypte, Paris, Tallandier, 1988.
LAUER (J.-Ph.), Le mystère des pyramides, Paris, Presses de la Cité, 1988.
« La découverte des pyramides », in L’Histoire, décembre 1997, n° 216.
Un documentaire très intéressant de Françoise BERDOT et Jacques KEBADIAN est intitulé Le mystère des pyramides.
Sur l’Égypte ancienne, nous avons publié : La religion égyptienne et Aménophis IV et la révolution religieuse.

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