Le massacre de Katyn

le-massacre-de-katynLe 1er avril dernier est sorti sur les écrans le film d’Andrzej Wajda, Katyn. Il relate l’assassinat, au printemps 1940, de 4 500 officiers polonais par les Soviétiques. Un crime longtemps nié par l’URSS.

Katyn, le nouveau film d’Andrzej Wajda, relate l’assassinat, par les Soviétiques, de 4 500 officiers polonais dans une forêt près de Smolensk. Le père du réalisateur figurait parmi les victimes. Le film n’a pu trouver que difficilement une maison de distribution pour sa projection en France. Probablement parce que Katyn n’appartient pas à notre mémoire nationale. Peut-être aussi parce que le tabou pesant sur les crimes communistes est encore puissant. [1] En tout cas, il est l’occasion d’intéresser le grand public à un crime de guerre commis par les Soviétiques. Un crime longtemps nié par l’URSS.

Assassinés d’une balle dans la nuque

Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, l’URSS et l’Allemagne nazie sont alliées. Le pacte germano-soviétique du 23 août et du 28 septembre 1939 était un pacte de non agression. Mais des clauses secrètes programmaient aussi une agression sur les pays les séparant : les Etats baltes, la Bessarabie et la Pologne. Les deux puissances se partageaient tous ces territoires.

Le 1er septembre 1939, Hitler envahit la Pologne, déclenchant le second conflit mondial. Le 17, Staline lance ses armées à son tour sur la Pologne, prenant à revers l’armée polonaise qui tient tête aux Allemands. Les armées polonaises sont vaincues.

Les prisonniers militaires sont soumis pendant plusieurs mois à des interrogatoires par le NKVD, la police politique du régime communiste. Le 5 mars 1940, sur recommandation de Beria, chef du NKVD, Staline ordonne d’assassiner les 25 700 prisonniers de guerre ainsi que les résistants polonais. Les officiers en particulier sont considérés comme étant des « ennemis incorrigibles » et des « irrécupérables ». [2] Ils forment en Pologne la majeure partie de l’intelligentsia du pays et sont considérés par Staline comme un noyau potentiel de nationalisme. L’ordre du 5 mars évoque une « procédure spéciale » qui doit aboutir à « la plus haute mesure punitive – fusillade ». [3]

Les responsables du NKVD forment des groupes de 100 à 150 prisonniers qui sont confiés aux commandants des régions de Smolensk, de Kharkov et de Kalinine. Les prisonniers sont transférés par voie ferrée du lieu de leur détention à celui de leur mise à mort. À Smolensk, les prisonniers furent assassinés. Leurs corps furent transportés dans des camions dans une forêt à proximité, la forêt de Katyn, où ils furent ensevelis dans des fosses communes. Des officiers polonais durent aussi creuser leur propre tombe avant d’être assassinés d’une balle dans la nuque au bord ou au fond de la fosse.

Près de Kharkov, les prisonniers sont abattus à Dergatché d’une balle dans la nuque, le tir orienté vers le haut afin de broyer le visage. Lorsqu’ils ne meurent pas immédiatement, ils sont achevés à coup de baïonnettes ou de hache.

Les corps des prisonniers exterminés à Kalinine sont transférés dans une fosse commune également, à Miednoyé, creusée à l’aide d’une pelleteuse mécanique envoyée par Moscou.

Un ordre secret du 25 octobre 1940 signé par Beria accorde à quarante-quatre fonctionnaires du NKVD une prime mensuelle de 800 roubles chacun « pour avoir exécuté de manière efficace des devoirs spéciaux ». [4]

Le mensonge pour soumettre la Pologne à Moscou

En 1943, les Allemands mettent au jour le charnier de Katyn où 4 500 officiers polonais furent massacrés. Des membres de la Croix-Rouge savaient, dès le printemps 1940, que le NKVD est bien le coupable. Mais les Soviétiques entendent masquer leur crime et l’imputer aux nazis. Ainsi, en 1943, ils constituent une commission d’enquête sur le meurtre des officiers polonais. Cette commission rend ses conclusions en 1944 : les crimes auraient été perpétrés entre septembre et décembre 1941, c’est-à-dire après l’invasion de l’URSS par les nazis. Ce sont ces derniers qui les auraient exterminés.

Aux Etats-Unis, le président Roosevelt, informé de la culpabilité soviétique dans le massacre, préfère ignorer cette réalité afin de s’assurer de la meilleure coopération possible de Staline dans l’organisation du monde de l’après-guerre.

Après le conflit, l’Union soviétique cherche à aller plus loin. Elle entend, lors du procès de Nuremberg, faire figurer ce massacre sur l’acte d’accusation dressé contre les principaux dignitaires du régime nazi. Mais la manœuvre échoue et les Soviétiques doivent retirer le crime de l’acte d’accusation.

Le mensonge continue. Khrouchtchev passe soigneusement sous silence le massacre de Katyn lors de son discours du 25 février 1956 dénonçant les crimes du stalinisme, et pour une bonne raison : c’est lui qui a ordonné, avant le 5 mars 1940, la déportation des familles des officiers polonais, ce qui représentait 60 000 personnes. En outre, les dirigeants communistes estimaient que l’Occident croyait en la thèse de la culpabilité nazie, ce qui les invitait au silence. Enfin, Wajda note que c’est sur ce mensonge « que reposait toute la soumission de la Pologne à Moscou ». [5] Les fiches personnelles des 21 857 officiers exterminés furent même détruites.

Aux Etats-Unis, changement d’attitude. Une commission du Congrès est constituée par le président Harry Truman. Cette commission remet, en 1951, un rapport accablant qui démontre parfaitement la culpabilité du régime de Staline. Mais en France, où l’intelligentsia de gauche est empoisonnée par le marxisme et très complaisante vis-à-vis du régime soviétique, la confusion est volontairement entretenue dans l’opinion publique.

Le tournant se situe au moment où Gorbatchev arrive au pouvoir en URSS. En 1986, il charge une commission d’enquête polono-soviétique d’enquêter sur le massacre de Katyn. En 1990, Gorbatchev reconnaît la responsabilité de l’Union soviétique dans le crime. Il remet au président polonais des dossiers qui prouvent la culpabilité du NKVD mais rien sur celle du Kremlin. C’est Eltsine qui, en 1992, remet à la Pologne d’autres documents attestant la responsabilité du Kremlin, parmi lesquels l’ordre du 5 mars 1940.

Mais l’arrivée de Poutine au Kremlin a empêché la constitution de l’intégralité du dossier. Ainsi, 116 tomes d’archives sur Katyn sur 183 sont classés « secrets d’Etat ». On suppose qu’ils contiennent les procès-verbaux des interrogatoires des officiers polonais et peut-être même le film de l’exécution.

Le film de Wajda est ainsi l’occasion de nous rappeler que les communistes n’ont pas seulement commis des crimes contre l’humanité. Ils se sont rendus coupables de crimes contre la paix et de crimes de guerre.

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Aller plus loin :
VIATTEAU, Alexandra, « Katyn : la négation d’un massacre », in L’Histoire, juin 1981, n° 35.
VIATTEAU, Alexandra, Katyn, l’armée polonaise assassinée, Bruxelles, Complexe, 1982.
VIATTEAU, Alexandra, Staline assassine la Pologne, 1939-1947, Paris, Seuil, 1999.
ZASLAVSKY, Victor, Le Massacre de Katyn. Crime et mensonge, Paris, Le Rocher, 2003.

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[1] Cf. Tabou sur les crimes du communisme

[2] Cité par VIATTEAU, Alexandra, « Katyn : archives d’un massacre », in L’Histoire, mai 2000, n° 243, p. 18.

[3] Cité par ZASLAVSKY, Victor, « Le massacre de Katyn. Autopsie d’un mensonge d’Etat », in L’Histoire, janvier 2004, n° 283, p. 24.

[4] Cité par VIATTEAU, Alexandra, « Katyn… », p. 18.

[5] Cité par PÈRE, Bernard, « Ne pas oublier Katyn », in Commentaire, printemps 2009, n° 125, p. 202.

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