Israël et la bande de Gaza

Israël et la bande de gazaL’opération « Plomb durci » menée par Tsahal dans la bande de Gaza en décembre 2008 et janvier 2009 constitue un épisode supplémentaire du long conflit israélo-palestinien. L’occasion nous est donnée de faire un retour sur l’histoire de ce territoire conquis par Israël en 1967 lors de la guerre des Six-Jours.

Passée sous contrôle israélien en 1967, la bande de Gaza a été évacuée en 2005 par Ariel Sharon, Premier ministre de l’Etat hébreu. Pourtant, fin 2008, elle est redevenue un objet de conflit.

Un territoire conquis suite à une « guerre de survie »

La bande de Gaza est un étroit territoire littoral mesurant 8 à 12 kilomètres de large et 40 kilomètres de longueur, ce qui représente une superficie de 362 kilomètres carrés. Ce sont environ 1,4 millions d’habitants qui s’y entassent, créant une situation de surpopulation. Cette terre semi-aride, sans ressources minières, a une économie essentiellement agricole.

Même si la bande de Gaza a été occupée brièvement par Israël de novembre 1956 à mars 1957, le véritable tournant se situe au moment de la guerre des Six-Jours, en 1967. Au milieu des années 1960 la mise en place d’un nouveau régime syrien entraîne la dégradation des relations dans le nord d’Israël. En 1966, un coup d’Etat à Damas permet à des officiers, très antisionistes, de prendre le pouvoir, ce qui occasionne un rapprochement avec l’Égypte de Nasser. Dès lors, Israël nourrit les plus grandes craintes sur un encerclement par des pays ennemis.

En outre, de fausses informations volontairement diffusées auprès de Nasser font croire à ce dernier que l’Etat hébreu s’apprête à attaquer la Syrie. L’Égypte, en vertu d’une alliance avec Damas, masse donc en 1967 des troupes dans le Sinaï en réaction. Les armées de la Syrie et de la Jordanie se pressent aussi aux frontières avec Israël. Toutes ces forces arabes sont placées sous le commandement de Nasser. Ce dernier a procédé, le 22 mai 1967, également au blocus du détroit de Tiran par lequel transitent les navires israéliens. Le 16 mai, les casques bleus se sont retirés du Sinaï sur la pression de Nasser. Tous ces événements suscitent la peur de l’Etat hébreu qui se sent menacé dans son existence même. Israël procède donc à une attaque préventive le 5 juin 1967. Le 10 juin, entre autres territoires, Tsahal s’est emparée de la bande de Gaza. La guerre des Six-Jours, comme l’a bien noté Frédéric Encel, était donc une « guerre de survie » [1] pour l’Etat hébreu.

Cette bande était sous souveraineté égyptienne depuis 1949. L’Égypte l’utilisait comme base arrière des fedayin palestiniens, ces terroristes ou combattants qui attaquaient Israël. Les ripostes de l’armée israélienne étaient sans effet puisque l’Égyptese moquait totalement des victimes dans la bande de Gaza. L’Égypte en avait fait un bastion offensif, avec pour conséquence un confinement très strict des habitants de ce territoire.

Cette bande de sable minuscule est le moins nanti des Territoires occupés et le plus peuplé aussi, en raison de l’afflux des réfugiés de Beershéva et d’Ashkélon lors de la nakba en 1948 [2], et du fort taux de natalité, qui s’élève à 9 enfants par femme. C’est donc un territoire très exigu, très densément peuplé et peu sûr – la première Intifada a démarré en décembre 1987 dans la bande de Gaza – qu’Israël a conquis en 1967.

Pour toutes ces raisons, la colonisation, c’est-à-dire l’implantation de colonies israéliennes, sera très faible sur ce territoire. Une vingtaine de colonies seulement seront créées. Deux foyers principaux de colonies peuvent être distingués : au nord de la bande de Gaza, au niveau du passage d’Erez, et au sud, le bloc dit de la « Cueillete », qui regroupe à lui seul une dizaine de colonies. L’objectif tactique et géographique de ces implantations dans la bande de Gaza est de surveiller une ligne frontalière située dans une plaine.

Le Hamas veut détruire Israël : aucune négociation possible

Mais en 1988 est créé le Hamas, au moment de la première Intifada. Ce mouvement islamiste prône la destruction d’Israël. Récupérant tout le programme politique de l’OLP des années 1960 (lutte armée comme seule voie possible, sionisme assimilé à un racisme, un fanatisme, un expansionnisme, un colonialisme et à un fascisme…), le Hamas entend « libérer » la totalité de la Palestine. Par essence, le Hamas refuse donc toute négociation. Il utilise l’arme massive des attentats-suicides. La direction extérieure du Hamas est d’abord située en Jordanie. Mais elle est expulsée de ce pays dans les années 1990 et elle passe alors en Syrie. Les rapports sont aussi bien établis avec le Hezbollah, lequel est soutenu par l’Iran.

Les armes du Hamas transitent par la frontière séparant la bande de Gaza et l’Égypte. C’est que le nord du Sinaï est une zone traditionnelle de trafic et de contrebande, une zone que ne parvient plus à contrôler le gouvernement égyptien. Quant à l’argent, il est collecté dans différents pays du Golfe et d’ailleurs et il sert à financer tout un travail caritatif au service des Palestiniens : hôpitaux, écoles…

Le Hamas est particulièrement puissant à Gaza car, comme nous l’avons dit, la bande de Gaza était sous contrôle de l’Égypte avant sa conquête par Israël en 1967. Or, les Frères musulmans [3] étaient très puissants dans ce pays et bien implantés dans la région de Gaza. Et c’est de ce groupe islamiste qu’est issu le Hamas.

Le 13 septembre 1993 une déclaration de principe est signée à Washington entre Israël et l’OLP. Cette déclaration prévoit une autonomie pour les territoires palestiniens contrôlés par une Autorité palestinienne. Cela concerne donc, notamment, la bande de Gaza, que les forces israéliennes évacuent en 1994, en signe de bonne volonté. Mais le Hamas veut faire échouer Oslo et lance ainsi une vague d’attentats alors que la majorité des Palestiniens y était favorable. Pourtant, en vertu de ces accords, 70 % de la bande de Gaza devait être contrôlée par l’AP.

En 1996, Israël tue l’un des dirigeants du Hamas qui était responsable de nombreux attentats, ce qui a pour effet d’accroître le nombre d’attaques du mouvement islamiste sur le territoire israélien. À partir de 2001, le Hamas procède à des tirs de roquette sur Israël, en particulier sur la ville de Sdérot. Face à ces tirs, Tsahal est impuissante puisque les attaques sont menées depuis un territoire peuplé de civils. En 2005, Israël procède à un retrait unilatéral de la bande de Gaza : les colonies qui s’y trouvent sont démantelées ; Gaza est désormais sous le contrôle de l’AP. Ce qui n’empêche pas les tirs de roquettes de continuer…

Ce retrait israélien s’explique, du point de vue de l’Etat hébreu par le fait que la bande de Gaza a perdu, pour les Israéliens, sa valeur stratégique face à l’Égypte et parce qu’elle représentait un poids financier dans le budget de l’Etat pour la protection des colons. Du côté du Hamas, ce retrait lui permet d’accroître son rôle en proclamant sa victoire et la nécessité de poursuivre la lutte contre Israël.

Trop de victimes civiles

Mais les élections législatives de janvier 2006 portent le Hamas au pouvoir. Ce vote, s’il est un vote d’adhésion au groupe islamiste, est aussi un vote de contestation de l’AP qui n’a pas su faire évoluer la situation aux yeux des Palestiniens. Le gouvernement islamiste est formé en mars mais il est boycotté par la communauté internationale, et pour cause : il refuse de reconnaître les accords d’Oslo ainsi que l’Etat d’Israël. Un an plus tard, en mars 2007, un gouvernement palestinien d’union nationale est formé mais il n’aboutit à rien. Les désaccords sont grands et finalement, c’est par les armes que le Hamas, en juin 2007, prend le contrôle de la bande de Gaza, en excluant les dirigeants du Fatah. Le problème pour l’organisation islamiste est de savoir si elle va maintenir sa position radicale – anéantir Israël – ou bien accepter la négociation.

Début 2008, suite à l’accession du Hamas au pouvoir et à un bombardement sur Sdérot, l’Etat hébreu décide d’un blocus contre la bande de Gaza. Le 19 juin, un cessez-le-feu entre en vigueur pour une durée de six mois. Mais les tirs de roquettes se poursuivent. Aussi, en décembre, Israël déclenche l’opération « Plomb durci » afin de faire cesser ces tirs. Il s’agit aussi pour Tsahal de prendre sa revanche sur les islamistes après son échec dans la guerre du Liban de l’été 2006. [4] Mais cette guerre est aussi une guerre médiatique, et sur ce plan, l’Etat hébreu a sans doute perdu. L’opinion occidentale, soudainement réceptive à ce qui se passe au Proche-Orient, s’est largement montrée hostile à l’opération israélienne. Des manifestations nombreuses ont été organisées, donnant parfois lieu à des slogans antisémites et à des appels au meurtre. Certains sont même allés jusqu’à employer le mot de « massacre ». Par ailleurs, la mise en scène des victimes civiles alimentait la guerre médiatique. Mais, comme nous l’avons vu, cette opération n’est nullement la manifestation d’un quelconque expansionnisme ou d’une volonté de se réapproprier Gaza.

La raison ne doit pas céder la place à l’émotion. Les victimes furent trop nombreuses. Les estimations font état de 1 300 morts au total – c’est-à-dire inclus les combattants islamistes. Les victimes civiles sont mortes sous les bombes israéliennes parce que c’était une guerre régulière au sein d’une population civile. Mais elles ont aussi été tuées par le Hamas, de manière indirecte, certes. Le Hamas se terrait dans les abris souterrains et laissait ainsi la population civile sous les bombes ennemies. [5] Il ne respectait pas la trêve conclue. Il n’a aucune considération pour les populations civiles malgré son travail caritatif : son seul objectif est la destruction d’Israël. Et de ce fait, aucun compromis n’est possible. En outre, la situation inquiétante dans la bande de Gaza, due notamment à sa surpopulation, est due aussi au népotisme, à la prévarication et aux calculs égoïstes de certains dirigeants palestiniens.

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Aller plus loin :
ENCEL, Frédéric, Atlas géopolitique d’Israël. Aspects d’une démocratie en guerre, Paris, Autrement, « Atlas/Monde », 2008.
« La guerre des Six-Jours » (dossier), in L’Histoire, juin 2007, n° 321, pp. 32-53.
« Israël-Palestine », Les Collections de l’Histoire, hors série, avril 2008, n° 39.
Nous avons publié :
Géopolitique de la Palestine
Le Liban : entre communautés et interventions étrangères

La carte est extraite de ENCEL, Frédéric, Atlas géopolitique d’Israël. Aspects d’une démocratie en guerre, Paris, Autrement, « Atlas/Monde », 2008, pp. 67.

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[1] ENCEL, Frédéric, Atlas géopolitique d’Israël. Aspects d’une démocratie en guerre, Paris, Autrement, « Atlas/Monde », 2008, pp. 16-17.

[2] La nakba (« catastrophe » en arabe) désigne l’exil ou l’expulsion de 600 000 Arabes de l’Etat hébreu au printemps 1948 et lors de la première guerre israélo-arabe.

[3] Les Frères musulmans constituent l’un des premiers groupes islamistes modernes. Il a été créé en 1928 ou 1929.

[4] Depuis 2000, le Hezbollah ne cessait de tirer des roquettes sur Israël, qui répliquait par des tirs d’artillerie. Mais le 12 juillet 2006 un commando islamiste abat huit soldats israéliens et en enlève deux autres. Au sud, le Hamas enlève un soldat hébreu également. Israël riposte par des bombardements. Des affrontements ont lieu aussi au sol. Mais la guerre se solde globalement par un échec pour l’Etat hébreu.

[5] L’usage de civils palestiniens, par les terroristes, comme boucliers humains est attesté, par exemple, par cette vidéo.

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