Aménophis IV et la révolution religieuse

Aménophis IV et la révolution religieuseLe pharaon Aménophis IV, l’époux de la célèbre Néfertiti, est le responsable d’une véritable révolution dans la religion égyptienne : il a en effet voulu instaurer un culte monothéiste, remplaçant une religion polythéiste comprenant des centaines et des centaines de divinités. Qui était-il ? Quelles raisons l’ont poussé à faire cette révolution ? Quelles conséquences celle-ci a-t-elle eu sur l’Égypte ?

Aménophis III meurt vers 1358 av. J.-C. Son fils, Aménophis IV devient pharaon : il hérite alors d’un immense empire qui est à son apogée. [1]

Atteint du « mal sacré », l’épilepsie

Mis au monde en 1374 par la reine Tiy, le futur Aménophis IV est un enfant chétif et rêveur. Il n’aime pas s’entraîner avec le maître d’armes et préfère scruter le ciel. Sa mère exerce sur lui une très forte influence et l’élève dans la crainte du clergé d’Amon. On peut donc voir là un élément d’explication de la révolution religieuse entreprise par Aménophis IV plus tard.

Son père n’aime guère ce fils de constitution fragile, ayant le regard triste, une tête énorme et des lèvres épaisses et tombantes. Il n’a, de toute évidence, pas la stature d’un chef. La reine couve d’autant plus son fils que celui-ci est atteint du « mal sacré » : l’épilepsie. Cette maladie provoque chez le jeune Aménophis des crises hallucinatoires interminables. C’est à douze ans que le prince est marié à Néfertiti, dont le nom signifie « la belle est venue ». Cette femme est peut-être originaire du Mitanni, pays situé en Mésopotamie, ou est issue de la petite noblesse égyptienne. Aménophis succède à son père à l’âge de seize ans.

Un choc comparable à la suppression des mathématiques !

 

Au Nouvel Empire, la capitale est Thèbes. Amon, qui veille sur la ville, est aussi le dieu de l’Égypte. Les richesses gagnées dans les conquêtes lui sont dédiées. Le clergé d’Amon est donc fort, puissant et redouté. Cette puissance inquiète Aménophis IV qui craint l’utilisation par le clergé d’Amon de l’oisiveté de la noblesse pour affaiblir le pouvoir royal.

Cette crainte du clergé d’Amon, alimentée au cours de son enfance par sa mère, pousse Aménophis IV sur une voie qui va mener à la révolution religieuse. Il est soutenu par sa femme. Ainsi, Aménophis IV fait construire un temple à Thèbes dédié à Rê-Horakhty, l’une des multiples formes de Rê. Cette opération est considérée comme un sacrilège : Pharaon n’a même pas encore effectué le moindre don au temple d’Amon – ce qui est l’usage quand un roi vient d’accéder au pouvoir – qu’il consacre déjà un édifice à un autre dieu.

S’il consacre un temple à Rê-Horakhty, c’est que cette divinité, le dieu soleil, fait l’objet d’un engouement général chez les pharaons mais pas au point de détrôner Amon. Le temple abrite la statue de la divinité. Mais bientôt, Aménophis IV n’est plus satisfait : puisque Rê répand sa lumière jour après jour, pourquoi l’enfermer ? Un autre temple est alors construit, mais cette fois, à ciel ouvert. C’est alors qu’Aton fait son apparition.

Aton est à l’origine un dieu ramené d’Asie par Thoutmosis IV après une campagne militaire. Aménophis IV considère alors Aton, le disque solaire, comme la manifestation physique de Rê. À la différence d’Amon, qui se cache, Aton peut être vu par tous : il suffit de lever les yeux au ciel. Aménophis IV l’impose comme dieu unique de l’Égypte, porteur de « lumière, vie, amour, vérité ». Sur les représentations, Aton dispense ses bienfaits grâce à ses rayons qui se terminent par de petites mains.

Une religion monothéiste remplace le polythéisme et le panthéon des nombreuses divinités égyptiens existant jusqu’alors. [2] Pour le pays, c’est une véritable révolution religieuse : Aménophis IV rompt totalement avec les vieilles croyances égyptiennes. Le choc que les Égyptiens ont connu par cette révolution religieuse est comparable au désarroi qui nous affecterait si, de nos jours, les mathématiques étaient supprimées : c’est toute la structure morale et intellectuelle des Égyptiens que détruisait Aménophis IV.

Une nouvelle capitale, « l’horizon d’Aton »

Aménophis pousse la rupture plus loin. Pharaon change d’abord son nom. Aménophis veut dire « Amon est satisfait ». Le roi ne peut pas garder cette appellation. Il se fait désormais appeler Akhenaton, « celui qui sert Aton ».

Puis, vers 1353, il transfert la capitale égyptienne de Thèbes à un lieu située en plein désert, à trois cents cinquante kilomètres au nord, dans la ville actuelle de Tell el-Amarna. Akhenaton n’a pas choisi cet endroit par hasard. À l’époque, le site est désert. Il est formé par un demi-cercle de falaises brisé par une vallée étroite. À l’aube, le soleil semble jaillir de cette vallée comme d’un berceau de pierre. De plus, ce paysage rappelle le signe hiéroglyphique akhet, qui signifie « horizon ». La nouvelle capitale porte donc le nom d’Akhetaton, « l’horizon d’Aton ».

La ville d’Akhetaton est construite dans un cirque de douze kilomètres de long et de cinq kilomètres de profondeur. Trois palais ainsi que de nombreuses villas, puis des quartiers jaillissent progressivement des sables déserts. Le Nil permet l’existence de jardins et de champs. Le roi s’y installe dès 1352 et prend le titre de grand prêtre d’Aton.

La révolution religieuse s’accompagne aussi d’une révolution artistique. Akhenaton incite les artistes à se libérer des conventions. La nouvelle vision du monde devient plus réaliste et plus spontanée. Peintres et sculpteurs n’hésitent pas à représenter le couple royal dans leur intimité, jouant avec leurs enfants, mangeant, s’embrassant… Akhenaton se plaît même à se faire représenter sous un angle peu favorable : jambes maigres, silhouette androgyne, lèvres épaisses…

La rupture est donc faite en 1352 : nouvelle religion – monothéiste –, nouveau dieu, nouvelle capitale, renouveau artistique. Elle se poursuit encore à partir de 1343 : cette année-là en effet, Akhenaton donne l’ordre de détruire l’image et le nom d’Amon ainsi que de tous les dieux traditionnels. La tâche dure deux ans. De plus, le pluriel du mot dieu est interdit.

Akhenaton a négligé la gestion du pays

Néfertiti donne à Pharaon six enfants. Mais tous sont des filles : Meritaton, qui meurt en 1344, Néfernéferouaton, Ankhesenpaaton, Maketaton, Néfernéferourê et Setepenrê. On remarque dans leur nom les suffixes relatifs à Aton, le disque solaire, ou à Rê. Mais il faut un mâle pour succéder à Pharaon. C’est une maîtresse, une certaine Kiya, qui donne un héritier à l’Égypte : il s’appelle Toutankhaton, ce qui signifie « parfait de vie est Aton ». Mais il passera à la postérité sous le nom de Toutankhamon.

À trente ans, Akhenaton est déjà un vieillard. Il faut dire que ses visions dues aux crises d’épilepsie sont de plus en plus fréquentes et douloureuses. Les médecins ne savent pas soigner cette maladie et tentent de soulager le roi. Mais, avec le temps, le « mal sacré » plonge le pharaon dans des souffrances de plus en plus insupportables. Celles-ci prennent fin en 1341, à la mort du roi.

Mais l’Égypte n’est plus ce qu’elle était à l’avènement d’Aménophis IV. Ce dernier, obsédé par sa révolution religieuse, à complètement négligé la gestion du pays. La corruption est généralisée et les temples sont à l’abandon. Sur le plan extérieur, les Hittites ont conquis plusieurs des possessions égyptiennes en Asie et ont même réalisé une percée en Palestine. L’atonisme ne survit pas à la mort d’Akhenaton.

Le bâtard Toutankhaton est officiellement roi en 1341 mais, étant trop jeune pour régner, c’est le père de Néfertiti, Aï, qui assure la régence. C’est lui qui restaure l’ancienne religion avec le clergé d’Amon. Toutankhaton est rebaptisé Toutankhamon et abandonne, sur les conseils d’Aï, la ville d’Akhetaton. Toutankhamon fait la paix avec le clergé d’Amon, proclame la restauration des anciens dieux, fait marteler le nom et l’image de son père. Sur ordre des prêtres, il est désormais interdit de prononcer le nom de celui qui est devenu « le grand criminel ». La mise en pièce de l’atonisme se poursuit avec le pharaon Horemheb, monté sur le trône en 1326. Plus radical que ses prédécesseurs, il fait raser Akhetaton ainsi que les temples d’Aménophis IV à Thèbes.

Dans toute l’histoire de l’Égypte pharaonique, Aménophis IV-Akhenaton fait donc figure d’hérétique. Mais si sa religion ne lui a pas survécu, et s’il a été détesté, son nom et son histoire, eux, ont survécu à la fois à la persécution posthume dont il a fait l’objet et au passage du temps. Ce qui a permis aux historiens de découvrir ce pharaon pas comme les autres.

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Aller plus loin :
JACQ (C.), Néfertiti et Akhénaton, Paris, Perrin, 1990.

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[1] Pour un rappel de l’histoire politique de l’Égypte antique, cf. Une histoire de trois millénaires.

[2] Cf. La religion égyptienne.

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