Que se passe-t-il au Congo?

Que se passe-t-il au CongoLes récents événements qui se sont déroulés en République démocratique du Congo ne sont que l’un des nombreux – et tragiques – contrecoups du génocide du Rwanda de 1994.

La région des Grands Lacs est redevenue d’actualité avec les récents événements qui s’y sont déroulés. Pour comprendre ce qui se passe au Congo, et plus précisément au Kivu, un nécessaire retour en arrière s’impose. Il faut remonter en 1994 : car à l’origine de l’embrasement de l’Afrique médiane se trouve le génocide du Rwanda.

Le Hutuland, foyer d’instabilité

Lorsque commença le génocide, c’est-à-dire l’extermination au Rwanda des Tutsi par les Hutu, le FPR, Front patriotique rwandais, de Paul Kagame envahit le pays : il s’agissait des Tutsi qui avaient quitté le Rwanda lors des décennies précédentes et qui avaient, pendant tout ce temps, préparé la reconquête du pays. Les Tutsi parvinrent à reconquérir le pouvoir rwandais et les Hutu furent des milliers à fuir le pays, s’installant dans des camps de réfugiés de l’autre côté du lac Kivu. Ces camps de réfugiés étaient en fait encadrés par les anciens dirigeants hutu du Rwanda, et responsables du génocide. Chaque camp constituait ainsi une base sûre pour mener des opérations terroristes, des raids au Rwanda, et préparer la reconquête du pays.

Ces différents camps de réfugiés hutu formaient un véritable Hutuland qui représentait trois foyers d’instabilité pour la région. D’abord y était installée une masse encadrée et dirigée prête à reconquérir le Rwanda : il menaçait ce dernier. Ensuite, au nord du lac Tanganyika, un phénomène identique se produisait : les réfugiés burundais, installés dans la plaine de la Ruzizi, était sous le contrôle des Hutu du FDD, le Front de Défense de la démocratie, qui menait des raids contre le régime tutsi du Burundi. Enfin, dans la région du lac Edouard, le Zaïre abritait un maquis qui menait une guérilla contre le régime tutsi ougandais de Museveni.

Le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi décidèrent de régler le problème du Kivu. Une « Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Congo » (AFDLC) fut mise sur pied. Le Rwanda voulait un plan de grande envergure qui visait l’ensemble du Congo et ses richesses minières. Surtout, sa politique d’expansion avait pour but d’agrandir son territoire pour résoudre le problème du surpeuplement (actuellement, le Rwanda a une densité de 300 habitants au kilomètre carré).

Le 14 septembre 1996, les Tutsi banyamulenge, armés par le Rwanda, attaquèrent les assaillants hutu réfugiés au Zaïre et les refoulèrent, puis l’armée zaïroise. Au même moment, le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi lancèrent une offensive sur le Kivu : les camps furent vidés et les réfugiés purent regagner le Rwanda. Dans le prolongement de cette réussite, les pays entreprirent la conquête du Zaïre.

Laurent-Désiré Kabila préparait une insurrection contre le régime de Mobutu. Il bénéficiait de l’aide financière de riches hommes d’affaires intéressés par des concessions minières au Zaïre. L’aide logistique, quant à elle, était fournie par l’Angola qui souhaitait faire payer au Zaïre l’aide qu’il avait apporté à l’UNITA, un mouvement antimarxiste angolais. Ce sont les avions cargos laissés par l’URSS chez les Angolais qui acheminèrent les troupes rwandaises et ougandaises au Zaïre. Le régime de Mobutu fut renversé le 15 mai 1997. Aussitôt, Kabila se proclama président de la République démocratique du Congo. [1]

Rupture entre la RDC et ses alliés

Un an plus tard, la coalition entre la République démocratique du Congo (RDC) et ses alliés rwandais et ougandais n’existait plus. Kabila entendait chasser les Tutsi rwandais de son pays qui se comportaient comme en pays conquis en RDC, tout comme l’Ouganda. Ces pays pillaient en effet les richesses minières des provinces orientales du Congo, au Kivu notamment. Cette région était en effet riche en diamants, en or, en cobalt, en cuivre, en cassitérite et en coltan. [2] En août 1998 éclata ainsi la deuxième guerre du Congo.

Deux camps s’affrontèrent. D’une part, Kabila était soutenu par le Soudan, le Zimbabwe, l’Angola, la Namibie et le Tchad. Le soutien de ces pays s’expliquait par leur crainte de voir détruites les frontières léguées par la colonisation. Or, ces Etats étaient les héritiers territoriaux de cette dernière.

D’autre part, l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi soutinrent le RDC, le « Rassemblement congolais pour la démocratie » composé des tutsi banyamulenge en rébellion contre Kabila à partir d’août 1998. De plus, un « Mouvement pour la libération du Congo » (MLC), dirigé par Jean-Pierre Bemba, était apparu et recevait le soutien financier de la diaspora des anciens responsables de l’époque mobutiste.

Au sud de la RDC, le Rwanda mena des campagnes victorieuses. Par exemple, son armée réussit à prendre le quartier général des forces gouvernementales de la RDC, Kindu, le 12 octobre 1998. Quant au RCD, il parvint à prendre le contrôle des provinces orientales du Kivu mais échoua devant Kinshasa.

Mais des rivalités entre l’Ouganda et le Rwanda apparurent pour le contrôle de l’Ituri, une province au nord du Kivu riche en diamants. Ces rivalités se traduisirent notamment par des affrontements à Kisangani en août 1999 entre l’APR, l’Armée patriotique rwandaise, et l’UPDF, l’armée nationale ougandaise. Un mois plus tôt, un cessez-le-feu avait été signé à Lusaka. Le 30 novembre furent déployés dans la région 5 500 hommes de la MONUC, la Mission de l’Organisation des Nations unies pour le Congo. Depuis, elle est devenue forte de 17 000 casques bleus. La MONUC devait superviser l’application du cessez-le-feu. Mais des combats se poursuivaient toujours. En outre, le Rwanda, l’Ouganda et le Zimbabwe exploitaient toujours illégalement les ressources minières de la RDC.

Les contrecoups du génocide du Rwanda

En janvier 2001, Laurent-Désiré Kabila fut assassiné à Kinshasa. Son fils, Joseph Kabila, lui succéda. Il parvint à reprendre le contrôle des provinces orientales mais pas de l’Ituri.  Le 30 juillet 2002, les accords de paix de Prétoria, en Afrique du Sud, furent signés. Par ces accords, le Rwanda devait retirer ses 20 000 hommes du Kivu tandis que les milices hutu, qui avaient participé au génocide de 1994, devaient être neutralisées. Le  MLC et deux branches du RCD signèrent un cessez-le-feu le 31 décembre 2002.

Le 30 juin 2003 un gouvernement de transition fut installé en RDC : cet événement marqua la fin de la deuxième guerre du Congo. Un ancien membre du RCD, Laurent Nkunda, un Tutsi, rejoignit la nouvelle armée du Congo, les FARDC, avec le grade de colonel. Mais rapidement, Nkunda rejeta l’autorité du nouveau gouvernement et se replia avec des troupes dans le nord-Kivu. En 2004, il entra en conflit avec les FARDC. Il est responsable de nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Un mandat d’arrêt international fut d’ailleurs lancé contre lui. Il est soutenu pas le Rwanda.

En octobre 2007, une tentative de « brassage » fut opérée : les forces de Nkunda furent intégrées aux FARDC. Mais ce fut un échec. Nkunda reprit ses attaques contre l’armée régulière qu’il accusait d’aider les milices hutu du nord-Kivu de massacrer les Tutsi de la région. Les FARDC subirent plusieurs défaites qui constituèrent un revers d’une grande ampleur. En janvier 2008 se tint une conférence à Goma mais Nkunda quitta la table des négociations en raison d’une tentative d’arrestation d’un des siens. Les récents événements s’inscrivent d’abord dans le cadre de la rébellion de Nkunda : le 28 octobre, Goma a été prise, entraînant la fuite de milliers de civils, lesquels sont autant victimes de la rébellion que des FARDC gagnées par un fort mécontentement. Et l’Etat congolais est trop faible pour rétablir l’ordre dans l’est de son territoire.

Mais ils prennent place aussi dans une histoire plus longue remontant à 1994, au moment du génocide du Rwanda. Ce sont les contrecoups des massacres de 1994 qui se sont propagés à l’ensemble de l’Afrique médiane.

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LACOSTE, Yves, Géopolitique. La longue histoire d’aujourd’hui, Larousse, 2006.
LUGAN, Bernard, Atlas historique de l’Afrique des origines à nos jours, Éditions du Rocher, 2001.
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La carte est extraite de LACOSTE, Yves, Géopolitique. La longue histoire d’aujourd’hui, Larousse, 2006, p. 217.

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[1] Le Congo était devenu Zaïre en 1971.

[2] La cassitérite est un minerai d’étain utilisée dans l’industrie du bâtiment et dans la fabrication des boîtes de conserve. Le coltan entre dans la composition des fusées et des téléphones portables.

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