La crise des subprimes

La crise des subprimesLa crise des subprimes a atteint l’économie mondiale de manière sérieuse. Pourquoi a-t-elle eu lieu ? Quelles en sont les conséquences ? Et peut-on la comparer à la crise de 1929 ?

L’actualité a fait découvrir à l’opinion publique un mot jusque-là cantonné au monde de la finance, subprime. Une actualité peu réjouissante puisque c’est à partir des subprimes qu’a eu lieu la grave crise financière qui touche l’économie mondiale aujourd’hui. Nous avons voulu tenter, dans cet article, de résumer et faire comprendre à nos lecteurs comment cette crise a démarré, quelles en ont été ses causes et quelles en sont les conséquences. L’histoire, c’est aussi l’histoire du temps présent.

Les subprimes : prêter à des personnes… non solvables !

Depuis 2001 s’est développé un marché particulier, le marché des subprimes. En anglais, subprime signifie « crédit à risque ». Il s’agit d’un crédit hypothécaire gagé sur le logement de l’emprunteur. L’originalité de ce crédit réside dans le fait que ce dernier est un emprunteur à risque : personne possédant un faible revenu ou ayant déjà connu des retards de paiement. Pourquoi a-t-on prêté à des personnes ayant un tel profil ?

Outre des taux d’intérêt très bas et le développement de la titrisation comme moyen d’évacuer un risque, c’est une loi de 1977 qui est en cause. Cette loi permettait aux établissements de crédit d’accorder des prêts à des personnes peu solvables dans la mesure où leurs dépôts étaient garantis par l’Etat. Ici, une remarque s’impose : dans ce cas de figure les prêteurs ont pu effectuer des opérations très risquées… car ce ne sont pas eux qui supportaient les risques ! Situation qui nous semble scandaleuse.

Des institutions de crédit ont donc prêté à des personnes peu solvables avec un taux d’intérêt variable. Ce taux d’intérêt était lui-même augmenté d’une « prime de risque » qui permettait de rémunérer le risque de non remboursement. Ce marché des subprimes a fortement contribué à la formation d’une bulle immobilière.

Or, entre 2004 et 2006, la FED (la Réserve fédérale des Etats-Unis) a augmenté son taux directeur de manière non négligeable. D’autre part, et c’est vraiment le point de départ de la crise, les prix de l’immobilier aux Etats-Unis ont chuté à partir de 2006. Les emprunteurs ont donc vu leurs mensualités augmenter et la valeur de leurs habitations devenir inférieure à celle du crédit accordé pour leur achat. En conséquence, des défauts de paiement massifs ont eu lieu. Les institutions de crédit n’ont pas pu redresser leur bilan – comme la valeur des biens diminuait, ceux-ci ne suffisaient plus à se rembourser – et beaucoup ont fait faillite. Ces faillites ont enfin causé de grandes pertes pour les banques qui travaillaient avec ces organismes de crédit ou qui les possédaient.

La titrisation pour évacuer les risques

La crise s’est amplifiée en raison d’un phénomène qu’on appelle la titrisation. Les banques ont transformé leurs créances en titres : en clair, elles les ont vendues à des investisseurs tiers. En émettant ainsi ces titres, elles se refinançaient et, surtout, elles ne supportaient plus les risques : la titrisation était un moyen d’évacuation du risque. Et surtout, c’est la titrisation qui a largement financé le marché des subprimes. Différents véhicules de titrisation furent créés : ABS, RMBS, CDO… Les titres étaient achetés par des fonds d’investissement. Mais fatalement, des actif « toxiques » [1] devaient circuler, c’est-à-dire des crédits atteints par des défauts de paiement dont on a vu qu’ils ont été massifs à la suite de la chute de l’immobilier en 2006. Par conséquent, les fonds d’investissement se sont retrouvés à leur tour en difficulté en raison de la chute de la valeur de leurs actifs. Dès l’été 2007, les premiers effets sur l’emploi dans le secteur de la finance se sont fait sentir.

Le problème est que ces fonds d’investissement appartenaient ou étaient financés par les banques : en clair, celles-ci récupéraient les risques qu’elles avaient évacués dans un premier temps. Avec la titrisation on s’est rendu compte que l’ensemble du système bancaire supportait les risques de crédit tant dans les fonds que les banques finançaient que dans ceux qu’elles géraient elles-mêmes.

Dès lors, les incertitudes sur les engagements des établissements financiers en matière de crédit à risque ainsi que la crainte d’un ralentissement généralisé des activités bancaires ont entraîné une crise de confiance. Les banques ne se prêtaient plus entre elles, provoquant une crise de liquidité bancaire. La FED et la BCE (la Banque centrale européenne) ont du intervenir le 9 août 2007 pour augmenter les liquidités : la première a injecté 24 milliards de dollars dans le système financier, la seconde 94 milliards d’euros.

Les grandes banques mondiales ont connu ainsi d’importantes dépréciations d’actifs. Les pertes étaient soit directes, liées aux subprimes, soit indirectes, en rapport avec des actifs dérivés des subprimes. Ainsi Lehman Brothers a fait faillite aux Etats-Unis. En Europe, BNP Paribas, Crédit Agricole, la Société générale, Natixis ont connu des déboires. Les bourses d’action aussi se sont effondrées : en a témoigné notamment la semaine noire du 6 au 10 octobre 2008.

Pas de comparaison possible avec la crise de 1929

Le 18 septembre 2008, le secrétaire d’Etat américain au Trésor, Henry Paulson, annonce la création d’une structure qui doit acheter et gérer les actifs toxiques, c’est-à-dire les actifs basés sur les subprimes. En Europe, à partir du mois d’octobre, les Etats interviennent pour recapitaliser les banques, ce qui conduit en fait à des nationalisations. L’Angleterre a ainsi injecté 380 milliards d’euros et la France 360 milliards. Ces interventions étatiques ont été menées dans l’urgence, afin de prévenir une catastrophe plus grave. Mais nous voulons faire une remarque importante, que l’historien et économiste Jacques Marseille a faite sur un plateau de télévision il y a quelques semaines : ces interventions ont un effet pervers car elles incitent à prendre encore plus de risques. Puisque l’Etat se comporte en sauveteur, il n’y a aucune raison de ne pas continuer à prendre de risques…

Les conséquences sur l’économie réelle se sont traduites, notamment, par une diminution du moral des consommateurs et des chefs d’entreprise et un resserrement des conditions de crédits. Des mesures de chômage technique sont prises dans plusieurs secteurs de l’industrie, comme l’automobile.

La comparaison avec la grande crise de 1929 est-elle justifiée ? A priori, non. Certes, comme en 1929, la crise a une origine financière. Comme en 1929, elle est partie des Etats-Unis. Mais le contexte n’est pas du tout le même. Dans la décennie précédant le krach de 1929, le commerce mondial a stagné, fragilisant les pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie. Or, depuis les années 1990, le phénomène de mondialisation a pris un nouvel essor, le Brésil, la Chine, l’’Inde, l’Afrique du Sud sont devenues des grandes puissances émergentes. Rien à voir, donc, avec les années 1920.

D’autre part, la crise de 1929 a été amplifiée par les conséquences terribles de la première tentative de suicide européenne, la Première Guerre mondiale. Dix millions de mort, des régions dévastées, l’émergence de régimes autoritaires… Ce n’est pas une situation comparable à celle que nous connaissons aujourd’hui.

.

.

D’après :
Crise des subprimes
« De la crise des subprimes à la crise financière »
« Il est absurde de vouloir comparer la crise actuelle à celle des années 30 » par Jacques Marseille

.

.

Note
[1] Un actif est un titre qui doit produire des revenus ou un gain en capital.

.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s