« Histoires » d’Hérodote

HerodoteHérodote est considéré comme le premier historien : on le surnomme « Père de l’histoire ». Ses Histoires visent à relater les relations gréco-perses, les guerres médiques en particulier. Mais l’ouvrage va bien au-delà : Hérodote s’est fait géographe, ethnographe, zoologue… Car il était curieux de tout.

Hérodote est né à Halicarnasse, en Carie (Asie Mineure) vers 485-484 av. J.-C. Après avoir quitté Halicarnasse, il s’installe à Samos. Il fréquente aussi Athènes et voyage beaucoup : en Égypte, en Cyrénaïque, en Phénicie, en Mésopotamie, en Crimée, en Ukraine, en Italie du sud et en Sicile. Lors de ces voyages il rencontre de nombreux acteurs des guerres médiques ou leurs descendants. Il meurt vers 425, après avoir assisté aux débuts de la guerre du Péloponnèse.

Les relations gréco-perses

Les Historiai (le mot grec historia signifie « enquête » et a donné le mot « histoire en français) doivent remplir un objectif bien précis que s’est assigné Hérodote : « préserver de l’oubli ce qu’ont fait les hommes, célébrer les grandes et merveilleuses actions des Grecs et des Barbares et, en particulier, les motifs qui les portèrent à se faire la guerre. » Hérodote cherche donc à comprendre les origines des guerres médiques, qui ont opposé les Grecs et les Perses.

Neuf livres composent l’œuvre d’Hérodote. Les quatre premiers sont consacrés aux Grecs et aux Barbares, et notamment aux Perses. Les cinq derniers relatent les guerres médiques. L’auteur fait le bilan de ce qu’il a vu et entendu par lui-même.

Le fil directeur de son travail réside dans les rapports qu’entretiennent Grecs et Perses. Hérodote évoque rapidement les temps lointains et débute par la conquête de l’Asie Mineure par Crésus puis par Cyrus le Grand en 546 av. J.-C., ce dernier étant le fondateur de l’Empire perse. Le récit s’achève en 479-478, à la fin de la seconde guerre médique, qui marque la fin des conquêtes perses et la libération des villes ioniennes par une flotte grecque.

Hérodote défend des thèses précises. Il estime que l’une des motivations des Perses est le désir de vengeance. Ainsi, par exemple, l’expédition menée en 491-490 contre les Grecs visait seulement Athènes et l’Érétrie car ce sont les deux cités qui ont apporté leur soutien aux Ioniens dans leur révolte contre les Perses de 500 à 494. De nouveau, après la défaite de Marathon en 490, le roi perse Xerxès lance une nouvelle expédition en 481-479 pour effacer cette humiliation. Mais les Perses subissent de nouvelles défaites, à Salamine, en 480, et à Platées, en 479. Hérodote voit dans ces victoires grecques la cause principale de la puissance athénienne.

Historien, géographe, zoologue, ethnographe… Un esprit curieux de tout

Mais l’œuvre d’Hérodote dépasse le récit chronologique en raison des digressions, parfois très importantes, de l’auteur. Ce dernier est en effet un esprit curieux de tout. Ainsi, Hérodote s’interroge sur les crues du Nil en se demandant pourquoi elles surviennent en été et pas en hiver. Il essaie de les expliquer par les mouvements du soleil.

En géographe, Hérodote observe les paysages. Ainsi, il note par exemple : « Le sol de l’Égypte est une terre noire, crevassée et friable, comme ayan été formée du limon que le Nil y a apporté d’Éthiopie et qu’il y a accumulé par ses débordements ; au lieu qu’on sait que la terre de Libye est plus rouge et plus sablonneuse et que celle de l’Arabie et de la Syrie est plus argileuse et plus pierreuse. » Hérodote annonce la zoologie en décrivant des crocodiles et des hippopotames.

Il se fait aussi ethnographe. Par exemple, quand il raconte que Darius lance une expédition au nord du Danube, il en profite pour exposer les mœurs des Scythes. Quand Cambyse II mène une campagne en Égypte en 525, Hérodote décrit les mœurs des Égyptiens, leurs rites, leurs modes vestimentaires, le rituel de l’embaumement. « Les prêtres se rasent le corps entier tous les trois jours, afin qu’il ne s’engendre aucune autre vermine sur des hommes qui servent les dieux. Ils ne portent qu’une robe de lin et des souliers de papyrus. Il ne leur est pas permis d’avoir d’autre habit ni d’autres chaussures… Ils jouissent, en récompense, de grands avantages. Ils ne dépensent ni ne consomment rien de leurs biens propres. Chacun d’eux a sa portion des viandes sacrées, qu’on leur donne cuites ; et même on leur distribue chaque jour une grande quantité de chair, de bœuf et d’oie. » En ce qui concerne l’Égypte, la digression est importante car elle occupe l’intégralité du livre II et une partie du livre III. Hérodote l’ethnographe a le sens de la relativité : « Tous sont convaincus que leurs propres coutumes sont les meilleures et de beaucoup » déclare-t-il.

Autre exemple de digression, la conquête de Cyrène par les Perses en 525 est l’occasion pour l’auteur de faire un long récit des origines de la fondation de cette colonie grecque.

Des procédés de composition divisent le monde entre Grecs et Barbares. Hérodote par du constat que le monde grec est différent du monde non grec. Un premier moyen de suggérer cette différence est d’insister sur le fait que le monde non grec est totalement merveilleux, prodigieux : les monuments ont des dimensions extraordinaires, certains produits sont récoltés dans des circonstances parfois surprenantes, comme le ladanum, une résine aromatique provenant de la barbe des boucs. Un autre moyen est de considérer le monde barbare comme l’ancêtre du monde grec. Ainsi, Hérodote écrit que « les noms des dieux […] sont venus d’Égypte en Grèce ». Un troisième moyen consiste en des analogies et des comparaisons pour ramener l’Autre au même. Par exemple, la course des messagers du roi de Perse qui se transmettent le courriers les uns aux autres est semblable à celle des porteurs de flambeaux en l’honneur du dieu Héphaïstos. Un autre procédé consiste à décrire en plaquant le lexique grec sur la réalité barbare. Les mots grecs « colonisent » en quelque sorte les choses non grecques. Tous ces procédés finissent par donner des Barbares une image inversée des Grecs.

Une mine d’informations très diverses

Les Histoires constituent donc un formidable recueil de données historiques et ethnographiques. C’est une mine irremplaçable de renseignements dans des domaines très variés. Souvent, l’œuvre d’Hérodote est la seule trace restante d’événements essentiels.

Hérodote est conscient de la diversité de ses sources d’information : « J’ai dit jusqu’ici ce que j’ai vu, ce que j’ai su par moi-même, ou ce que j’ai appris par mes recherches. Je vais maintenant parler de ce pays selon ce que m’en ont dit les Égyptiens ; j’ajouterai aussi à mon récit quelque chose que j’ai vu par moi-même. » Il est aussi conscient que les sources peuvent ne pas forcément être le reflet exact de la réalité : « Mon devoir, c’est de faire connaître ce qui se dit, mais je ne suis pas tenu d’y croire absolument ! Et cela vaut pour toute mon histoire. »

Hérodote a le goût du concret et accorde une place primordiale aux hommes et aux réalités plutôt qu’aux mythes. Il tente de comprendre les raisons de l’action.

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HÉRODOTE, Histoires, Paris, Les Belles Lettres, 1942-1954, 10 vol., édition bilingue de Philippe-Ernest LEGRAND.

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