La révolution libérale

OLYMPUS DIGITAL CAMERAL’article* que nous consacrons aux Lumières peut éclairer l’exposition qui se déroule actuellement à la Bibliothèque nationale de France (BNF) et qui est intitulée : « Lumières ! Un héritage pour demain »**. À la base de ce mouvement se trouve la liberté. Ou plutôt, une nouvelle conception de la liberté. Le libéralisme est le caractère majeur des Lumières.

La liberté : c’est le maître mot du libéralisme. C’est aussi celui des Lumières. En effet, l’idée de liberté est à la base de cette révolution de la pensée. D’ailleurs, la revue L’Histoire de mars dernier, qui consacrait un dossier aux Lumières, a titré sa couverture ainsi : « Voltaire, Diderot, Rousseau… Ils ont inventé la liberté ! » (1)

Les Lumières constituent une révolution de la liberté d’abord parce qu’elles défendent le principe de la raison. Or, celle-ci ne peut être exercée que dans un contexte de liberté : la tolérance est nécessaire pour faire un usage de sa raison : confronter les points de vue, écouter les arguments des uns et des autres est la condition indispensable à l’exercice de la raison. Comme l’écrit Jean-Marie Goulemot, avec les Lumières on découvre que la « liberté de penser et d’écrire n’est rien sans la liberté d’informer » (2).

D’autre part, la raison implique la liberté parce qu’elle est un processus d’émancipation de l’individu : la vérité n’est pas imposée par une autorité mais elle est le fruit de la recherche humaine. Sapere aude écrivit Kant : « Ose penser par toi-même ! » Être libre, en ce sens, c’est aussi un effort, le courage est nécessaire pour assumer sa liberté.

La foi dans le progrès domine aussi les Lumières. Là encore, la liberté est la notion sous-jacente de cette idée de progrès. En effet, avec les Lumières, une rupture dans la conception du temps s’opère : d’une vision cyclique, on passe à une vision linéaire du temps. L’éternelle répétition, le fatalisme, lié à la conviction que les événements sont fixés d’avance, laisse place, au XVIIIe siècle, à une confiance dans l’avenir et donc à la fin du fatalisme : l’homme n’a plus à subir les événements, il est libre d’agir comme il l’entend, faire ce qu’il veut puisque les événements ne sont plus fixés par avance.

À cette foi dans le progrès est liée la recherche du bonheur terrestre, autre innovation des Lumières. Auparavant, l’homme subissait sa vie sur terre, il était né pour souffrir et expier le péché originel commis par Adam et Ève. Le vrai bonheur se situait au paradis, dans l’au-delà. Avec les Lumières au contraire, le bonheur est à rechercher sur terre, ici-bas. C’est donc affirmer que l’on peut prendre son destin en main, que l’homme est lui-même responsable de son destin, et qu’il peut donc être libre de mener sa vie comme il l’entend.

Ainsi, les Lumières représentent bien une révolution libérale. C’est en fait une nouvelle conception de la liberté qui émerge au XVIIIe siècle. En effet, l’Ancien Régime connaît parfaitement la notion de liberté. Mais il l’applique à sa manière. La société d’Ancien Régime est très hiérarchisée, et chaque strate, chaque ordre, a ses libertés – ses privilèges – : la noblesse d’épée, les parlementaires, le clergé, les bourgeois… Les Lumières conçoivent, en revanche, la liberté comme universelle : elle est indivisible. On ne peut faire des parcelles de liberté, la découper en morceau, sinon elle n’est qu’un vain mot : elle doit s’appliquer à tout le monde. Finalement, avec les Lumières, un passage s’opère des libertés à la liberté.

Non seulement tous les hommes doivent être libres et égaux en droit, mais la liberté doit s’exercer dans tous les domaines : politique, religieux, mais aussi économique. La liberté est donc bien le maître mot des Lumières. Le XVIIIe siècle voit bien une révolution libérale s’opérer dans la pensée.

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Notes
* Qu’est-ce que les Lumières ?

** Exposition à la BNF, site François Mitterrand, Paris 13e. Du 1er mars au 28 mai 2006.

(1) « La révolution des Lumières » (dossier), L’Histoire, mars 2006, n° 307, pp.34-61.

(2) GOULEMOT, Jean-Marie, « Ils ont inventé la liberté », in L’Histoire, mars 2006, n° 307, pp.45-51.

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