La révolte de Pougatchëv

La révolte de PougatchëvPendant près d’un an, d’octobre 1773 à septembre 1774, une jacquerie conduite par un chef cosaque, Pougatchëv, agite la Russie de Catherine II. Cette révolte regroupe serfs, ouvriers et nomades. Ces trois catégories sociales en effet, connaissent chacune au XVIIIe siècle une situation bien particulière.

Le 10 janvier 1775, un chef cosaque, Pougatchëv (1), qui s’était proclamé tsar sous le nom de Pierre III (2), était décapité. Cette exécution était le point final d’une jacquerie qui avait agité la Russie. Cette révolte a réuni contre l’impératrice Catherine II les cosaques, les nomades turcophones, les serfs et les ouvriers.

Paysans, ouvriers et nomades

Pour comprendre cette révolte, il est nécessaire de dresser un rapide tableau des différents acteurs du mouvement.

Depuis 1649, les paysans sont asservis, c’est-à-dire qu’ils sont attachés à la terre qu’ils cultivent. Ils sont dominés par les seigneurs qui sont maîtres des terres et des âmes. Au XVIIIe siècle, la situation des paysans se dégrade en raison de mesures vexatoires et de l’augmentation de la fiscalité. Comme les paysans n’ont aucun recours légal, leur seul moyen de défense est la fuite ou la révolte. Leur situation est d’autant plus insupportable que l’édit du 18 février 1762 supprimait l’obligation du service militaire pour les nobles : or, c’est ce service militaire qui justifiait le servage. Le 26 février 1764, Catherine II confirme la sécularisation des biens de l’Eglise et les serfs passent sous la domination de la Couronne, moins pesante que celle de l’Eglise. Les paysans ont considéré cette mesure comme un début de leur émancipation.

Les ouvriers travaillent dans les usines métallurgiques de l’Oural, où se trouve le minerai. Les 80 % de la main d’œuvre sont des pourvoyeurs de bois dont les conditions sont très diverses. Le recours à la contrainte se traduit par l’existence de « paysans inscrits » : des paysans de la Couronne sont directement attribués aux forges. Cette contrainte entraîne parfois des révoltes de ces « inscrits », comme en 1754, 1758, 1760 et 1762.

Les nomades sont principalement des cavaliers turcophones musulmans installés sur la plaine. La Russie a employé deux manières pour les intégrer : soit elle les montait les uns contre les autres ; soit elle en faisait de dociles sujets. Les cosaques sont d’autres nomades, orthodoxes et slavophones. Même s’ils font partie des forces militaires russes, cela ne les empêche pas de piller des villages. En outre, ils refusent de livrer les serfs en fuite qui sont venus se réfugier chez eux. Ces cosaques constituent donc un foyer de révolte et d’instabilité.

Pougatchëv : un grand charisme et des talents de comédien

 

Depuis deux siècles en effet, les inégalités économiques finissent par opposer les cosaques fortunés, les « majors », aux hommes du rang. L’aristocratie cosaque, se range du côté des autorités tandis que les plébéiens, majoritaires, sont les « insoumis ».

L’incident décisif a lieu en 1761 : il concerne les malversations financières (réelles ou supposées) d’un ataman – chef cosaque – qui avait été élu par l’assemblée des cosaques. Une première enquête l’innocente mais une contre-enquête, demandée par ses opposants, conclut à sa culpabilité. Le verdict n’est pas communiqué et l’officier des dragons qui commande la place par intérim prend le parti du majorat et fait fouetter les opposants. Malgré cela, les cosaques persistent dans leurs accusations.

Le 13 janvier 1772, les cosaques insoumis marchent sur la chancellerie de Saint-Petersbourg avec femmes et enfants. Les troupes gouvernementales tirent au canon, faisant plus de cent victimes. La foule s’empare tout de même des canons et fait un massacre. Les troupes gouvernementales entrent dans la ville le 6 juin et commencent la répression.

C’est dans ce contexte qu’intervient Pougatchëv. Iemelan Ivanovitch Pougatchëv est le huitième imposteur depuis 1764 qui se fait passer pour Pierre III. Mais il n’a pas inventé son rôle : il répondait à une attente. Pougatchëv, né en 1742, est le fils d’un cosaque propriétaire terrien. Il possède une vive intelligence, une grande présence d’esprit, un aplomb remarquable, des talents de comédien et un grand charisme.

Il promet aux paysans l’abolition du servage

Pougatchëv apparaît à l’est de la Volga sous le nom de Pierre III. Il promet aux paysans l’abolition du servage. Avec ses troupes, il prend les forts de Iassik et Tatichtchev puis assiège la ville d’Orenbourg en octobre 1773.

Les cosaques de l’Oural, les serfs et les ouvriers se rallient au mouvement. En février 1774, Pougatchëv a sous son commandement plus de 30 000 hommes. Son plan est de prendre la ville d’Orenbourg puis de marcher sur Saint-Petesbourg. Mais Orenbourg résiste et Pougatchëv commet l’erreur d’y concentrer toutes ses forces. En avril 1774, après plusieurs défaites, il est contraint de se retirer dans l’Oural. Au mois de juillet, il réussit à prendre la ville de Kazan, sur la route de Saint-Petersbourg, mais est vaincu par le général Mikhelson.

Pougatchëv passe sur la rive droite de la Volga et déclenche une nouvelle révolte. Il s’empare de plusieurs villes d’assaut. Catherine II renforce l’armée de Mikhelson et met la tête de Pougatchëv à prix. En septembre 1774, ce dernier abandonne le siège de Tsaritsyne et s’enfuit dans la steppe. Mais ses hommes le livrent au général Souvorov.

Pougatchëv est emmené dans une cage de fer à Moscou. Il est décapité le 10 janvier 1775. Ainsi se termine la révolte de Pougatchëv.

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Bibliographie :
BERELOWITCH, André, « Une jacquerie moderne : la révolte de Pougatchëv (17 septembre 1773-15 septembre 1774) », in Révoltes et révolutions en Amérique et en Europe (1773-1802) (ouvrage collectif), AHMUF, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2005.
CALVET (Robert), Révoltes et révolutions en Europe et aux Amériques. 1773-1802, Paris, Armand Colin, 2004.

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Notes
(1) On prononce « Pougatchov ».

(2) Lorsque l’impératrice Elizabeth meurt en 1761, elle n’a pas d’héritier. C’est Catherine II, une princesse allemande, qui est désignée pour lui succéder. Elle est mariée à un prince suédois, élevé dans la haine de la Russie, Pierre III. En 1762, une grande agitation politique anime la Russie : Pierre III est très décrié mais Catherine II reste populaire. En 1763, une conjuration permet de mettre Pierre III en captivité. Il est assassiné quatre jours plus tard : Catherine s’est probablement débarrassée de son mari.

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