La Tchétchénie

La TchétchénieLe 8 mars dernier, Maskhadov, leader des séparatistes tchétchènes, a été assassiné. Cet événement s’inscrit dans le cadre du conflit russo-tchétchène de la dernière décennie du XXe siècle. Pour comprendre qui sont les Tchétchènes et quelles sont les causes de ce conflit, un retour en arrière s’impose.

La Tchétchénie se trouve au nord du Caucase, entre quatre pays : le Daghestan, l’Ossétie du nord, l’Ingouchie et la Géorgie. Il existe, du point de vue géographique, deux Tchétchénie : d’une part, de larges plaines, au climat doux, que les Russes ont toujours su contrôler facilement ; d’autre part, de hautes montagnes, qui forment de véritables forteresses naturelles, où les rebelles peuvent se réfugier. Car l’histoire de la Tchétchénie, c’est celle d’une résistance à l’envahisseur russe.

Contre les tsars puis contre les Soviétiques

La conquête du Caucase par les Russes commence en 1556, sous le règne d’Ivan IV le Terrible, qui règne de 1547 à 1584. Cependant, la Russie va rapidement se trouver confrontée à la résistance tchétchène. En 1722, les troupes du tsar subissent un échec retentissant face aux Tchétchènes.

La résistance tchétchène s’organise véritablement vers la fin du XVIIIe siècle, sous le cheikh Mansour. Celui-ci dirige, en 1785, un soulèvement dans le Caucase du nord en lançant la gazawat, la « guerre sainte », contre les infidèles orthodoxes. En effet, les Tchétchènes ont été islamisés entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Ils mêlent à la guerre sainte leur lutte pour la libération de leur territoire. Mansour est emprisonné par l’impératrice de Russie Catherine II et meurt en 1794. Il est le premier héros national des Tchétchènes.

L’autre figure de la résistance tchétchène est celle de l’imam Chamil. Toutefois, celui-ci ne peut empêcher l’annexion de la Tchétchénie par la Russie d’Alexandre II (1855-1881) en 1859. Mais le tsar le laisse libre et Chamil meurt à Médine en 1871. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les Tchétchènes vont subir plusieurs déportations et des guerres.

En 1917, la Russie devient bolchevique. La Tchétchénie est contrôlée dès 1921 par les Soviétiques. Mais ces derniers s’appuient sur les structures traditionnelles tchétchènes tout en brisant les aspirations à la résistance. À la fin des années 1920, la collectivisation est instaurée et ceux qui s’y opposent font l’objet d’une répression sévère. En 1936, la Tchétchénie devient la République soviétique de Tchétchéno-Ingouchie. En 1944, Staline fait déporter plus de 400 000 Tchétchènes et Ingouches en Asie centrale, sous prétexte qu’ils auraient collaboré avec les nazis.

Tous ces malheurs que connaissent les Tchétchènes renforcent leur identité. Khrouchtchev réhabilite, en 1957, les « peuples punis » mais il interdit aux Tchétchènes de se réinstaller dans les hautes montagnes.

Après l’implosion de l’URSS, une nouvelle histoire de résistance commence. Boris Elstine est devenu président de la Russie en juin 1991. Soucieux de conserver un pouvoir personnel fort, il encourage les différentes composantes de l’ex-URSS à accaparer le plus de pouvoirs possible.

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La Tchétchénie, un enjeu stratégique et économique

Les peuples du Caucase adoptent alors deux attitudes différentes à l’égard de Moscou. D’une part, les Balkars, les Tcherkesses, les Kabardes et les Ingouches se montrent fidèles à Moscou afin de bénéficier d’une large autonomie plutôt que d’espérer une indépendance très peu probable. D’autre part, la Tchétchénie et le Daghestan veulent leur indépendance et s’engagent dans le combat indépendantiste. La Russie ne peut pas tolérer que la Tchétchénie lui échappe.

En effet, cette région représente un intérêt stratégique et un enjeu économique très important pour les Russes. La Tchétchénie constitue un carrefour de grandes routes commerciales qui pénètre le Caucase. Et ces routes permettent par conséquent un accès au Golfe et à l’Iran. En outre, la Tchétchénie, depuis la fin du XIXe siècle et le début du XXe occupe une place prépondérante dans l’économie énergétique russe. Grozny, sa capitale, possède des capacités de raffinage qui sert à l’approvisionnement en pétrole, des voies d’extraction des hydrocarbures de la mer Caspienne et une production locale importante. Enfin, la Russie a développé dans la région des industries électroniques, médicales et agro-alimentaires. La Tchétchénie est donc un enjeu très important pour la Russie.

Dès 1988, le Mouvement pour les verts est créé en Tchétchénie : il doit défendre les intérêts de la région. Mais ce mouvement est vite débordé par des formations plus radicales, islamistes ou indépendantistes. Le Chemin islamique demande la création d’un Etat islamique tandis que le Congrès national du peuple tchétchène est dirigé par le général Doudaïev et se montre résolument indépendantiste.

Le 27 novembre 1991, l’indépendance est proclamée à l’issue d’un coup d’Etat constitutionnel : Doudaïev devient le président de la Tchétchénie. Pour réussir, ce dernier s’est appuyé sur la diaspora tchétchène et sur une milice armée qui lui était entièrement dévouée. Pourtant, la situation en Tchétchénie va se dégrader sérieusement.

1994-1996 : la première guerre de Tchétchénie

 

En effet, parmi les indépendantistes, les factions sont très nombreuses et Doudaïev doit composer avec elles. De surcroît, pour compliquer encore sa tâche, il existe deux partis russophiles, le Marcho et le Daïmok. Les luttes politiques entre toutes ces factions se transforment en une véritable guerre civile.

Boris Elstine s’intéresse au cas tchétchène à partir d’octobre 1993. Il souhaite négocier un accord prévoyant une large autonomie pour la petite république mais Doudaïev refuse tout compromis et demande seulement la reconnaissance de l’indépendance de la Tchétchénie. La Russie décrète alors un embargo financier et économique mais Doudaïev ne cède pas. Le 12 décembre 1994, les troupes russes envahissent la Tchétchénie.

Les Russes ne cessent de subir les attaques des indépendantistes. Ils exercent donc l’essentiel de la répression sur les populations civiles en prétextant qu’elles protégent des rebelles. La capitale de la Tchétchénie, Grozny, est plusieurs fois reprises, tantôt par les Russes, tantôt par les rebelles. La Russie est en train de s’enliser. Elle contrôle, en 1996, la Tchétchénie des plaines mais se révèle incapable de pénétrer dans les montagnes. Cependant, Doudaïev a été tué et Elstine, réélu président.

Le 23 août 1996, le général Lebed, secrétaire du Conseil de sécurité de Russie, signe un cessez-le-feu avec le commandant des forces tchétchènes, Aslan Maskhadov. Le 30 août, la paix de Khassav-Yourst est conclue : la Russie concède une large autonomie à la Tchétchénie, s’engage à retirer ses troupes et promet un référendum sur l’indépendance avant 2001.

La Russie veut maintenir sa présence

En raison de l’importance stratégique de la Tchétchénie, la paix d’août 1996 ne peut, aux yeux de la Russie, n’être qu’un simple répit. Les Russes ne peuvent pas concevoir la perte de cette région. Ils affirment leur volonté de rester présents dans le Caucase. En 1999, l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine marque un tournant : Poutine fait partie de cette génération de nationalistes russes attachés à restaurer la grandeur de la Russie.

De plus, à la fin de l’année 1999, la présence de nombreux islamistes ayant combattu en Afghanistan et formés dans les camps d’entraînement du Pakistan contribuent à dégrader la situation en Tchétchénie. En effet, le radical islamiste Bassaev pénètre au Daghestan avec des forces armées, ce qui provoque la deuxième guerre de Tchétchénie.

En 2004, la Russie a repris le contrôle des plaines de la Tchétchénie et a sécurisé les oléoducs. Mais les récents événements montrent que la « question tchétchène » est loin d’être résolue. En effet, la prise d’otages de Beslan en septembre 2004 qui a été l’œuvre de Bassaev s’est achevée en bain de sang. Et puis le 8 mars 2005, Maskhadov, a été assassiné par les forces russes.

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D’après :
CHAUFFOUR, Célia, « Depuis 1991 plusieurs camps se disputent autour de l’indépendance », in Géo, n° 315, mai 2005, pp. 148-149.
URJEWICZ, Charles, « Une histoire de résistance sans cesse renouvelée », in Géo, n° 315, mai 2005, pp. 144-147.

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