L’architecture religieuse romane

L'architecture religieuse romaneL’art roman, comme l’art gothique, se manifeste encore de nos jours dans les édifices qu’il nous reste de l’époque où il a connu son essor. Parmi ces édifices, des églises. L’architecture religieuse romane, à ce titre, mérite toute notre attention dans la mesure où elle s’inscrit encore dans le paysage actuel.

Quelles conditions sociales, politiques et religieuses ont permis l’émergence puis l’essor de l’art roman ?

La zone géographique où s’est développé l’art roman correspond aux limites de l’ancien empire de Charlemagne : la France actuelle, une partie de l’Allemagne, le nord de l’Italie et le nord de l’Espagne. Ceci n’est pas un hasard. L’empire de Charlemagne était très centralisé avec une administration solide. Or, dans la réalité, il était formé par une juxtaposition de peuples ou de royaumes ayant leur propre histoire. Ces divers éléments ne tenaient qu’avec la personnalité de l’empereur, un homme à poigne.

Or, après la mort de ce dernier en 814, l’empire ne survivra pas : on assiste en effet à un morcellement territorial, la multitude d’unités territoriales qui ont émergé en France et en Lotharingie. Cela explique la principale caractéristique de l’art roman : celui-ci est en effet fortement marqué par les écoles régionales. D’une région à l’autre, les édifices romans sont très divers. Et cette diversité reflète le morcellement territorial et politique de l’époque.

L’art roman s’est manifesté dans tous les domaines, mais en particulier dans le domaine religieux. C’est à cet aspect-là que nous nous proposons d’approfondir. Aussi faut-il s’intéresser à la religiosité romane, c’est-à-dire la manière d’être chrétien à l’époque romane.

Les contemporains vivent à l’époque dans un monde féodal où personne n’est libre. La féodalité, pour résumer, consiste en des liens de réciprocité entre les chevaliers ou les seigneurs qui s’engagent à accomplir leurs devoirs respectifs envers l’autre. En échange, celui qui se met au service d’un homme reçoit une récompense, un fief, qui le plus souvent est une terre. C’est de là que vient le nom de féodalité car progressivement, le fief ne sera plus la récompense mais la condition pour être le vassal de tel ou tel seigneur. En un mot, chacun a un supérieur dans cette société féodale, personne n’est libre.

De la même manière, Dieu est considéré comme le seigneur suprême, on le craint. D’ailleurs, encore aujourd’hui, n’utilise-t-on pas le terme de « Seigneur » pour désigner Dieu ? Ainsi, au XIe siècle, la manière de prier évolue : on se met désormais à genoux et on joint les mains. Ce n’est pas anecdotique : ce sont les mêmes gestes qu’effectue celui qui devient le vassal de tel ou tel seigneur. Dieu est donc perçu comme un seigneur, une force supérieure que l’ont craint. C’est lié à l’art roman puisque l’on peut voir sur les tympans des églises romanes par exemple des représentations très sévères du Christ ou effrayantes du Jugement Dernier.

 

Plan basilical en croix latine

L’art roman se manifeste d’abord dans l’architecture. En architecture, trois problèmes sont à résoudre, toujours : les problèmes fonctionnel – l’édifice doit remplir les fonctions pour lesquelles il est construit –, architectonique – assurer la stabilité de l’édifice – et esthétique. Il est possible de distinguer entre un premier art roman, de la mi-Xe à la mi-XIe siècles, caractérisé par une recherche des meilleures techniques, et un second art roman, de 1050 à 1150 environ, qui marque l’apogée du roman.

Les églises romanes possèdent un plan basilical en croix latine. Ce plan s’inspire des basiliques romaines qui étaient des édifices civils rectangulaires avec une abside sur le côté. Mais il est déformé pour lui donner l’aspect d’une croix latine : l’abside se situe à l’extrémité de l’édifice et un transept* perpendiculaire – mais pas centré – à l’axe de l’édifice donne la forme de croix au plan. Pourquoi une croix latine ? D’abord parce que c’est le symbole des chrétiens, le Christ est mort sur la croix. Ensuite parce que la célébration de la messe est le renouvellement du sacrifice de Jésus. Enfin parce que des fidèles peuvent s’installer dans les bras du transept pour assister à la messe.

Dans les premiers temps de l’art roman, certaines églises possèdent un massif occidental, c’est-à-dire un bâtiment qui précède et touche la façade. On peut aussi l’appeler antéglise. Ce type de construction est typique de l’art ottonien de l’empire germanique. On trouve des exemples d’églises possédant de tels massifs occidentaux dans l’est de la France, comme l’abbatiale de Tournus, en Bourgogne (cette région était proche de l’empire). Mais assez rapidement, ce type de construction va disparaître.

La première véritable spécificité de l’art roman concerne le chevet de l’église. Avant l’art roman, les absidioles (des petites chapelles situées au niveau du chevet) étaient orientées (littéralement, dirigées vers l’orient, vers l’est). Elles étaient donc toutes tournées de la même façon. Avec l’art roman, les absidioles sont rayonnantes : elles rayonnent autour de l’abside, comme les rayons du soleil.

La voûte

 

La deuxième grande innovation romane réside dans le voûtement des nefs. Avant, seules l’abside et parfois les cryptes étaient voûtées, et le reste de l’édifice était charpenté. L’art roman va vouloir tout voûter, et en particulier la nef centrale. Pourquoi a-t-on cherché à voûter entièrement l’édifice ? D’une part parce qu’en remplaçant la charpente en bois par une voûte en pierre, on diminuait les risques d’incendie. D’autre part, la voûte, d’un point de vue esthétique, donne une impression d’éternité, d’infini avec sa forme ronde : elle est à l’image de la voûte céleste, elle est un reflet de l’univers créé par Dieu.

Le problème architectonique à résoudre est le suivant : la voûte doit supporter une certaine charge ; elle va donc transformer cette charge en force oblique du fait de sa forme arrondie : la force s’exerce donc sur les murs qui soutiennent la voûte. Mais les premières églises voûtées sont petites et peu éclairées. En effet, les murs doivent supporter la charge considérable exercée par la voûte. Ils ne peuvent donc être percés que de petites fenêtres : de trop grandes ouvertures feraient s’effondrer les murs. Les premières églises romanes ont donc un éclairage indirect : il vient des fenêtres se trouvant dans les collatéraux (ou bas-côtés). Ainsi, l’abbatiale de Saint-Martin du Canigou, achevée en 1009, comporte une nef centrale de six mètres de haut seulement et d’une largeur de trois mètres. Elle n’a aucune fenêtre et l’éclairage ne vient que d’un oculus percé à l’extrémité de l’abside. Ce n’est que par la suite qu’on a commencé à percer des fenêtres prudemment. À Saint-Guilhem-le-Désert (Languedoc-Roussillon), au-dessus des fenêtres qui ont été faites se trouvent des arcs de décharge qui permettent d’évacuer les charges latéralement. Peu de fenêtres et des murs très épais sont donc la première solution apportée au problème architectonique posé par la voûte.

Mais les architectes du premier art roman ont trouvé une autre solution : l’épaulement. Celui-ci consiste à exercer une poussée qui transforme la force oblique dégagée par la voûte dont on a parlé plus haut, en charge verticale. Les architectes utilisent un élément triangulaire placé à l’extérieur de l’édifice qu’on appelle contrefort.

Pour résumer, les églises du premier art roman sont caractérisées par des murs et des piliers épais, un éclairage indirect ou un éclairage direct – c’est-à-dire par la nef centrale – timide. Il y a donc deux options pour le nombre de niveaux : l’église n’a qu’un seul niveau si l’éclairage est indirect puisque les collatéraux ont forcément la même hauteur que la nef centrale ; elle compte deux étages si la nef centrale, plus élevée que les bas-côtés, comporte des fenêtres.

Des progrès techniques

À partir de 1050 environ, au moment où débute le second art roman, l’architectonique fait des progrès importants avec la mise au point de deux nouvelles techniques : la voûte d’arêtes et le contrebutement.

La voûte d’arêtes est formée par deux voûtes en berceau qui se coupent perpendiculairement. De cette façon, les poussées obliques sont concentrées sur quatre piliers. L’avantage est que cette voûte est un élément autonome : elle peut tenir par elle-même. L’inconvénient est que la largeur est limitée pour éviter les risques d’effondrement. On l’utilise donc dans les collatéraux qui enserrent ainsi la nef centrale dans une sorte d’étau. L’avantage en revanche est qu’il est possible de faire les bas-côtés aussi hauts que la nef centrale : l’éclairage indirect – venant des collatéraux – est donc aussi important que si la lumière venait de la nef centrale.

La seconde technique mise au point est le contrebutement. Il consiste, à la différence de l’épaulement, à opposer aux forces obliques descendantes dégagées par la voûte des forces obliques montantes : ainsi, deux forces jouent l’une contre l’autre et finalement s’annulent. Une architecture dynamique marquée par un jeu de forces est née. Pour contrebuter la voûte en berceau située dans la nef centrale les architectes lui opposent donc une voûte en demi-berceau placée au-dessus des voûtes d’arêtes des bas-côtés. Ceux-ci se retrouvent donc avec deux niveaux : le premier est formé par le rez-de-chaussée avec les voûtes d’arêtes ; le second est formé par la voûte en demi-berceau sous laquelle des fidèles peuvent désormais s’installer : ce sont les tribunes. On peut donc en même temps accueillir plus de public.

La  modénature : un quadrillage pour animer l’édifice

 

Après le chevet à chapelles rayonnantes et le voûtement intégral de l’édifice, la troisième grande innovation romane réside dans l’esthétique : il s’agit de l’articulation des murs. Celle-ci permet aux architectes de souligner l’organisation en travées de l’église. Une travée est la cellule de base comprise entre quatre piliers. Une voûte d’arêtes par exemple constitue une travée.

Deux manières s’offrent aux constructeurs pour articuler les murs. Considérons d’abord l’articulation verticale. Elle consiste à souligner la présence des colonnes ou des piliers. Par exemple, les architectes ajoutent des colonnes engagées, aussi appelées demi-colonnes, sur les piliers des travées : elles n’ont aucun rôle de support, elles sont simplement décoratives. Parfois ce sont des pilastres qui sont ajoutées, des piles rectangulaires engagées. L’articulation verticale peut être encore plus élaborée avec les piles cruciformes : à un pilier carré sont rajoutés, sur chacune des faces, des pilastres ; sur ces pilastres sont ensuite ajoutés des demi-colonnes.

L’articulation horizontale quant à elle est permise par les chapiteaux situés au sommet de chaque colonne : comme des sortes de pointillés, ces chapiteaux donnent du rythme à la nef. L’ensemble des éléments en saillie visant à donner du relief s’appelle la modénature. Cette modénature verticale et horizontale constitue finalement une sorte de quadrillage qui anime l’intérieur de l’édifice.

Les éléments d’avenir

L’art roman évolue encore jusqu’à adopter des éléments d’avenir puisqu’ils vont être réutilisés par l’art gothique.

Ainsi, la façade harmonique est le premier élément qui annonce l’art gothique. Elle traduit une autre caractéristique de l’art roman : la transparence architecturale. En effet, deux tours encadrent le portail qui donne sur la nef centrale : de l’extérieur on devine la structure intérieure de l’église puisque les deux tours correspondent aux deux collatéraux et le portail à la nef centrale prise entre les collatéraux. De même, la façade compte trois étages tout comme l’église. Celle-ci comporte un rez-de-chaussée, les tribunes des collatéraux forment le second niveau et enfin les fenêtres de la nef centrale constituent le dernier étage. À partir de la façade on devine donc les trois nefs et les trois étages : tout est en harmonie, d’où le nom de ce type de façade. L’art gothique reprendra systématiquement la façade harmonique.

Le deuxième élément d’avenir est la croisée d’ogives. Elle est née de la voûte d’arêtes. Pour augmenter la largeur de celle-ci, les architectes ont eu l’idée de renforcer les arêtes par des arcs se coupant perpendiculairement. Ainsi est née la croisée d’ogives qui sera réutilisée par l’art gothique. Mais la différence est que dans le style roman la croisée d’ogives ne sert que de renfort alors qu’avec le gotique, elle devient un élément de support à part entière.

Enfin, l’art roman élabore la voûte en berceau brisé : il s’agit d’une voûte en berceau dont les deux moitiés se rapprochent de la verticale. De cette manière, les pierres constituant la voûte exercent une pression latérale moins forte. C’est un élément de prudence qui permet de bâtir des églises plus grandes. Ainsi, l’abbatiale de Cluny III qui avait une voûte en berceau brisé mesurait trente mètres de hauteur : on est loin des six mètres de Saint-Martin du Canigou. La voûte en berceau se trouve aussi dans l’art roman cistercien. Et par la recherche de la hauteur, la voûte en berceau brisé annonce aussi l’art gothique.

Ces principes architecturaux furent appliqués de manière très variée selon les régions, puisque l’art roman est très marqué par les écoles régionales, on l’a vu. À l’échelle de la France, cette diversité est très significative.

La Bourgogne et la Champagne-Ardenne

La Bourgogne et la Champagne-Ardenne ont connu l’influence germanique et donc celle de l’art ottonien, de tradition carolingienne. Au début de l’art roman donc, les églises bourguignonnes et champenoises mêlent le style roman et le style carolingien.

C’est le cas de l’abbatiale Saint-Philibert de Tournus (Saône-et-Loire). Cet édifice, construit entre 1008 et 1019, comporte des éléments typiquement carolingiens. Ainsi, le narthex, ou antéglise, encore appelé massif occidental, est de tradition ottonienne. Il s’élève sur deux niveaux : au rez-de-chaussée une nef centrale et des collatéraux sont délimités par de gros piliers circulaires massifs ; à l’étage, se trouve la chapelle Saint-Michel. De même, la crypte, située sous le chœur, est de type carolingien avec ses chapelles rayonnantes carrées. Le chevet de l’église possède aussi des absidioles carrées.

En même temps se mêlent à ces spécificités bourguignonnes les caractéristiques de l’art roman. En effet, on y retrouve deux des grandes innovations de l’art roman. D’abord, le chevet est rythmé par des chapelles rayonnantes, typiques de l’art roman. Mais ce qui montre que ce n’est que le début du style roman, c’est la forme de ces chapelles : elles sont carrées. L’autre grande innovation romane est bien sûr le voûtement de l’édifice, en particulier celui de la nef. Les collatéraux sont voûtés d’arêtes tandis que la nef centrale, faisant 18 mètres de hauteur et 76 mètres de large, est voûtée en berceau. Mais le voûtement de cette abbatiale est tout particulier : au lieu d’avoir bâti un berceau parallèle à l’axe de la nef, ce sont des voûtes en berceau perpendiculaires à l’axe qui couvrent les cinq travées. Toujours est-il que les principales innovations romanes sont bien présentes dans cet édifice.

Des églises bourguignonnes un peu plus tardives mêlent à la fois l’art roman à un style spécifique. Ainsi, l’abbatiale de Fontenay, érigée de 1139 à 1147, traduit un mélange entre le style roman et l’art cistercien. L’édifice est entièrement voûté. Le couvrement de la nef notamment est une voûte en berceau brisé qui s’étend sur huit travées et 66 mètres de long.

En revanche, de nombreux traits de l’art cistercien, caractérisé par la sobriété, voire l’austérité, sont notables. Le décor est inexistant et au niveau du portail ne figure aucune sculpture. En outre, il n’y a pas de tympan. Enfin, aucune ligne courbe n’existe dans cette église et les vitraux ne sont pas colorés. C’est donc bien la sobriété et l’austérité qui dominent.

Pour la Champagne-Ardenne, considérons l’église Saint-Étienne de Vignory, érigée en deux fois : avant 1032 dans un premier temps ; puis de 1051 à 1057. Elle mêle les styles ottonien et roman. Le premier se voit d’abord dans la charpente qui surplombe la nef : celle-ci n’est pas voûtée. Les murs ne sont pas articulés, l’intérieur de l’église n’est pas animé. En outre, il n’y a pas de transept et les piliers carrés sont très épais.

Pourtant, l’art roman est tout de même présent. Le chevet est à chapelles rayonnantes. L’entrée des absidioles est aussi haute que le déambulatoire. Enfin, l’édifice s’élève sur trois étages, même si l’un d’eux est faux : le rez-de-chaussée, de fausses tribunes et les fenêtres hautes de la nef centrale.

Au centre de la France

 

Pour évoquer l’art roman du centre de la France, nous pouvons étudier un monument d’Auvergne. La basilique d’Orcival, à une trentaine de kilomètres de Clermont-Ferrand, date du premier tiers du XIIe siècle. Là encore, elle mêle au style roman des traditions locales.

La nef centrale, voûtée en berceau, comporte quatre travées tandis que les collatéraux sont voûtés d’arêtes. Les grandes arcades – arcades permettant le passage de la nef centrale aux bas-côtés – sont hautes de 8, 94 mètres. Les chapelles du chevet sont rayonnantes et le chœur est surélevé par plusieurs marches. Ce sont les principales caractéristiques romanes qu’on peut relever pour Orcival.

L’art auvergnat se voit déjà dans le matériau utilisé. La pierre volcanique qui est employée porte le nom de tuf. Elle donne à l’édifice un aspect sombre et souligne mal les travées. Au niveau du chevet, la structure pyramidale des différents éléments permet la transparence architecturale. Les absidioles sont petites. Puis le toit couvrant le déambulatoire est plus haut, laissant deviner celui-ci. Enfin, le toit couronnant l’abside est lui-même plus haut que celui qui couvre le déambulatoire. L’étagement des différents niveaux donne donc un aspect pyramidal à la structure du chevet. Enfin, la dernière trace auvergnate de cet édifice roman se trouve au-dessus de la croisée du transept (1) : il s’agit d’un massif barlong qui supporte un clocher formé par une tour octogonale.

On le voit ici encore, au style roman se mêle la tradition locale, en l’occurrence auvergnate.

Plus à l’ouest…

Dans l’ouest de la France, les styles sont encore très variés. Prenons pour seul exemple l’église Saint-Eutrope de Saintes, en Charente-Maritime (2). Dans cet édifice, c’est moins une tradition locale qui se mêle à l’art roman qu’un style clunisien. Cette église fut construite à la fin du XIe siècle, de 1080 à 1096, sur la route de Saint-Jacques de Compostelle. Elle a été incendiée au XVIe siècle puis endommagée sous la Révolution, si bien qu’il n’en reste que le grand chœur.

Ce chœur comporte à lui seul les dimensions d’une église : il possède en effet une nef de quatre travées entourée par des collatéraux. Les chapelles sont rayonnantes. À la croisée du transept sont sculptés des motifs peu réalistes, disproportionnés. La disproportion se voit aussi bien sûr dans les dimensions mêmes de ce chœur et aussi dans les piliers massifs qui le composent. C’est caractéristique de l’art roman clunisien que d’étaler sa puissance, sa richesse.

Au sud-ouest

Dans le sud-ouest de la France, d’autres traditions locales vont influer sur l’art roman. En effet, la proximité de l’Italie apporte à l’art local des traditions italiennes antiquisantes. Ainsi, l’abbatiale de Montmajour en Provence est un bon exemple de synthèse originale entre l’art roman et l’art antique provençal. Elle a été construite dans la première moitié du XIIe siècle.

La nef compte deux travées seulement et est voûtée légèrement en berceau. Le transept est en revanche voûté en berceau. On peut noter que les baies des absides sont décentrées afin d’éviter le mistral.

Les caractéristiques de l’art antique provençal se voit notamment dans l’enveloppe polygonale qui ne permet pas de deviner les divisions intérieures de l’édifice : la transparence architecturale n’existe donc pas. Ce sont des formes géométriques simples qui sont privilégiées, à l’image de l’art antique. De même, la rareté du décor contribue à renforcer l’aspect antiquisant du monument en lui donnant un caractère plus monumental.

Dans le Languedoc-Roussillon aussi, l’influence romaine se fait sentir. L’abbatiale de Saint-Guilhem-le-Désert, érigée entre le milieu du XIe siècle et le XIIe siècle, le montre. Les caractéristiques romanes résident dans la nef centrale voûtée en berceau de 18 mètres de haut et de 6 mètres de large et dans la grande abside, disproportionnée par rapport à la nef, qui est voûtée en cul-de-four (3) et qui est considérée comme un chef d’œuvre de l’art roman.

L’art italien se voit d’abord dans les lésènes, aussi appelées bandes lombardes, qui décorent la façade extérieure de l’abside méridionale. Ces décorations sont constituées d’une arcature supportée par des pilastres et engagée dans le mur : elles n’ont aucun rôle architectonique ; elles sont purement décoratives. Comme leur nom l’indique, ces bandes lombardes sont la marque des maçons lombards. Ensuite, l’absence de décor à l’intérieur de l’édifice tend à donner un aspect dépouillé, donc plus solennel. Dans cette église a été faite la synthèse entre les éléments italiens et romans.

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Notes
* Pour les termes techniques du vocabulaire de l’architecture, reportez-vous au lexique publié avec l’article consacré à l’architecture gothique.

(1) La croisée du transept correspond à l’endroit où le transept coupe le reste de l’édifice perpendiculairement.

(2) Des photographies ainsi qu’un commentaire relatifs à cet édifice se trouvent sur L’œil de Balthazar, notre partenaire : cliquez ici !

(3) Une voûte en cul-de-four correspond en fait à un quart de sphère. De la même manière, une coupole est une demi sphère.

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