Le mouvement populaire durant la Révolution française

Le mouvement populaireDurant la Révolution, le mouvement populaire a connu une évolution. Depuis le 14 juillet 1789 jusqu’aux journées  de germinal et prairial an III, analyse d’une force avec laquelle les révolutionnaires ont du compter. Et qui ne réapparaîtra qu’en 1830.

À la Révolution française est traditionnellement attachée l’image du sans-culotte. Ce dernier fait partie, avec les paysans et les indigents, des classes populaires. Lorsque l’on évoque le mouvement populaire sous la Révolution, il faut étudier l’action collective menée par les classes populaires et ses buts. Nous nous proposons de dessiner l’évolution de cette action de 1789 à 1795. Mais avant cela, il faut d’abord s’interroger sur les moteurs et les cadres du mouvement populaire.

Les moteurs et les cadres du mouvement populaire

Les moteurs du mouvement populaire sous la Révolution sont multiples. En premier lieu, il faut mentionner les motivations économiques et sociales. Ainsi, les journées d’octobre 1789 voient le peuple de Paris ramener « le boulanger, la boulangère et le petit mitron », c’est-à-dire la famille royale, dans la capitale. Le point de départ de ces journées a été l’annonce du fameux banquet des gardes du corps donné à Versailles alors que Paris souffrait de la disette. Le qualificatif donné à la famille royale est aussi révélateur des motivations économiques et sociales. De même, en 1793, les épiceries seront pillées lors des périodes de disette.

D’autres motivations poussent à l’agitation ou à l’insurrection. Certaines sont d’ordre politique : le meilleur exemple est celui de la journée du 10 août 1792 au début de laquelle les sections se sont mobilisées pour réclamer la déchéance du roi, surnommé « Monsieur Veto ». Cette fois, le qualificatif péjoratif traduit des considérations politiques puisque Louis XVI avait à plusieurs reprises opposé son veto aux mesures prises par l’Assemblée nationale dans le cadre de la guerre.

Enfin, un moteur du mouvement populaire est le rôle joué par les rumeurs et la peur. Lors de l’été 1789, ne parle-t-on pas de la « Grande Peur » ? Ce terme désigne la réaction des paysans inquiets de la rumeur faisant état d’un complot aristocratique qui apporterait son soutien aux brigands sévissant dans les campagnes. Quant aux massacres de Septembre, au cours desquels 1 100 prisonniers sont massacrés à Paris par des sans-culottes, ils trouvent leur origine dans la peur de voir les Prussiens entrer dans Paris et délivrer les soi-disant traîtres dormant dans les prisons.

Le mouvement populaire a des cadres. Ainsi, les sans-culottes – mouvement hétérogène formé par les commerçants, les artisans et les compagnons – se réunissent dans les sections. Ces dernières sont au départ des subdivisions pour les assemblées électorales mais elles deviennent des lieux  discussion permanents.

Et puis le mouvement sans-culotte a ses porte-parole, ceux qui expriment ses revendications. Les « Enragés » dans un premier temps jouent ce rôle de porte-parole en réclamant la taxation des denrées, la réquisition des grains et une taxe sur les riches. Puis, après leur élimination, ce sont les Hébertistes, autour d’Hébert, qui reprennent les revendications des sans-culottes avec l’idée de pouvoir diriger ceux-ci et de s’appuyer dessus.

Un engagement croissant du  mouvement populaire dans la Révolution

Dès 1789, le mouvement populaire prend une importance croissante dans le processus révolutionnaire. Les événements du 14 juillet 1789 obligent le roi à reculer : le 15, il rappelle Necker, fait retirer les troupes qu’il a concentrées autour de la capitale, qualifie pour la première fois l’Assemblée de « nationale » et se rend même à Paris le 17 où il arbore la cocarde tricolore. Ainsi, un lien s’instaure entre la révolution parlementaire et la révolution populaire : la seconde a permis à la première de matérialiser ses succès.

À partir de l’hiver 1791, le soulèvement des masses rurales traduit aussi un engagement croissant des masses populaires dans la Révolution. Mais le coup d’accélérateur est donné par la guerre. Face à Louis XVI qui oppose son veto aux mesures prises par la Législative pour faire face aux défaites, se dresse un mouvement populaire qui va devenir la force motrice de l’initiative révolutionnaire. Le 10 août 1792, quarante-sept sections parisiennes sur les quarante-huit existantes proclament la déchéance du roi et prennent, avec l’aides des fédérés marseillais, le château des Tuileries : ce jour-là est le dernier jour de la monarchie mais aussi celui du triomphe du mouvement populaire.

L’engagement de ce dernier dans le processus révolutionnaire n’en reste pas là. Dans un contexte difficile – défaites face à l’ennemi, soulèvement des campagnes de l’ouest – la défense de la Révolution passe par une indispensable alliance entre la bourgeoisie jacobine et le mouvement populaire. Cette alliance implique qu’il faudra, même en partie seulement, donner satisfaction à certaines revendications des sans-culottes.

Dans l’affrontement entre les Girondins et les Montagnards – deux grands courants de l’Assemblée nationale – les seconds s’appuient sur le mouvement sectionnaire pour se débarrasser de leurs rivaux. Le 2 juin 1793, vingt-neuf députés girondins sont arrêtés sur la pression des sans-culottes. Mais la multiplication des dangers – la révolte fédéraliste, consécutive à l’élimination des Girondins, s’est ajoutée aux menaces déjà existantes – renforce le rapprochement entre la bourgeoisie jacobine et les masses de la sans-culotterie qui parviennent à imposer certaines de leurs revendications. Les 4 et 5 septembre 1793, les sans-culottes envahissent le siège de l’Assemblée pour demander la mise de la Terreur à l’ordre du jour. C’est une nouvelle victoire du mouvement populaire. Ce sera aussi sa dernière.

« La Révolution est glacée » (Saint-Just)

Car à partir de cette date, la Révolution va progressivement se retourner contre le mouvement populaire. L’émergence dans les départements des armées de l’intérieur, qui étaient issues de la sans-culotterie, est mal vue par le gouvernement révolutionnaire. Celui-ci dissout ces armées à l’hiver 1793-1794.

De même, le mouvement de déchristianisation de l’an II est l’expression du mouvement populaire. Mais il est désavoué par le gouvernement révolutionnaire qui domestique, entre l’hiver 1793 et le printemps 1794, le mouvement sans-culotte. Le soutien de ce dernier aux Montagnards n’est donc plus une certitude, d’autant plus que les « Enragés » ont été éliminés en septembre 1793 et les Hébertistes en mars 1794.

Le divorce entre le mouvement populaire et le gouvernement révolutionnaire vient d’une incompatibilité de leur conception respective de l’exercice du pouvoir. Les sans-culottes aspirent en effet à la démocratie directe, pouvoir peser sur les décisions (c’est ce qui s’est passé, on l’a vu, en 1793). Au contraire, le gouvernement révolutionnaire a décrété que la « Convention est le centre unique de l’impulsion révolutionnaire », ce qui est inconciliable avec la pratique de la démocratie directe. Saint-Just a prononcé ces mots pour exprimer ce divorce : « La Révolution est glacée ».

Après l’élimination de Robespierre, le dynamisme populaire est affaibli. En germinal (avril) et prairial an III (mai 1795), les sans-culottes envahissent le siège de la Convention aux cris de « Du pain et la Constitution de l’an I ! ». Le député Féraud est même massacré. Dans un contexte de crise grave, les revendications politiques et économiques resurgissent. Mais ces insurrections sont réprimées. Les masses populaires ne pèseront plus sur le processus révolutionnaire.

Le mouvement populaire, dont les moteurs sont variés – peur, rumeurs, difficultés économiques et sociales, problèmes politiques – est parvenu sous la Révolution à s’organiser, à se donner des cadres et des porte-parole. Dans un premier temps – de 1789 à 1793 –, il s’engagea de plus en plus dans le processus révolutionnaire avant, dans un second moment – de 1793 à 1795 –, de connaître des difficultés et de disparaître. Il faudra attendre 1830 et les Trois Glorieuses pour voir de nouveau le peuple de Paris réapparaître sur la scène politique.

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