« L’été à la place de l’hiver »

L'été à la place de l'hiverAvec la tempête de 1999, les inondations de 2001, la canicule de 2003 ainsi que les revues, colloques et réunions politiques sur le climat*, ce dernier est devenu, plus que jamais, un sujet d’actualité. Mais que sait-on vraiment du climat de la Terre ? Ce qui est sûr, c’est que les incertitudes sont nombreuses. Et que le « détraquage » du temps ne date pas d’hier, loin de là…

Commençons par définir l’effet de serre : c’est le phénomène qui consiste à ne pas laisser repartir toute la chaleur du soleil lorsqu’elle est réfléchie par la surface de la Terre. Une partie de cette chaleur reste prisonnière grâce à l’action de certains gaz – vapeur d’eau, gaz carbonique… C’est l’effet de serre qui permet la vie sur Terre.

Les volcans : premiers producteurs de carbone

Ce dont les scientifiques sont sûrs à 100 % c’est qu’un certain nombre de gaz à effet de serre a augmenté dans l’atmosphère au cours du siècle dernier. Ce qui est aussi certain, c’est qu’une partie de cette augmentation est due aux activités humaines. À partir de là, l’idée que le réchauffement de la planète – du à l’augmentation de l’effet de serre – est le résultat des activités humaines, en particulier l’usage du charbon et du pétrole, s’est répandue à partir de la fin des années 1980.

Mais de nos jours, quelques scientifiques remettent en cause cette idée. Plus généralement, il faut, de manière objective, remettre en question le raisonnement qui consiste à dire : « La Terre se réchauffe ; donc l’homme est responsable ».

Tout d’abord, les scientifiques sont confrontés à plusieurs incertitudes : celle de l’estimation de l’augmentation de la température à la surface de la Terre au XXe siècle, celle concernant le rôle des nuages qui à eux seuls peuvent renforcer ou atténuer l’effet de serre, ou encore celle relative au recyclage du gaz carbonique par la végétation et l’eau. Pensons aussi que les volcans sont les premiers producteurs de gaz carbonique…

Ensuite, James Hansen a défendu l’idée que le principal gaz à effet de serre était le méthane. Ce qui signifie que les responsables seraient non pas les hommes mais… les vaches et le riz.

Enfin, une hypothèse intéressante mérite une attention particulière : le réchauffement actuel ne serait peut-être que le contrecoup du « Petit âge glaciaire » de l’époque moderne. On voit bien l’importance de tenir compte de la longue durée. Ainsi l’histoire peut aussi contribuer à prendre un peu de recul.

Du blé, des fraises et des violettes en plein hiver

L’histoire de la Terre est rythmée par des changements permanents de climats. Ainsi, dix-sept périodes se sont succédées au cours des dix derniers millions d’années. Ces périodes étaient entrecoupées par un réchauffement. On a découvert au Sahara des fresques dans des grottes : ces peintures, datant d’environ 6 000 ans, figuraient des hippopotames et des crocodiles !

À partir du Xe siècle, les températures commencent à augmenter jusqu’à la période de l’optimum médiéval qui s’étend du XIe au XIIIe siècles. Cet optimum est caractérisé par des températures légèrement plus élevées qu’aujourd’hui et par des fluctuations courtes du climat. Des chercheurs ont estimé que la température moyenne en Lorraine au XIe siècle devait être de 12 à 13°C. Selon certaines études le pic de l’optimum a été atteint entre 1180 et 1209 ; puis de 1209 à 1240, il y eut un léger refroidissement ; de 1240 à 1299 enfin, les hivers doux réapparurent.

Les chroniqueurs nous ont laissé des témoignages surprenants. L’un d’eux par exemple, en 1187, parle d’un « été à la place de l’hiver ». Un autre écrit en 1206 : « Aucun indice d’hiver ». En 1283, le blé fleurit à la mi-mars à Colmar. En janvier 1290, en Autriche, on voit des violettes dans les champs et en Alsace on récolte les fraises. En 1196, à Liège, les fraises sont mûres à Noël.

Comme on l’a dit, un léger refroidissement s’est produit entre 1209 et 1240. En 1218, la Seine et la Loire gèlent. En 1234, c’est la mer qui gèle à Venise. L’optimum cesse au XIIIe siècle. À partir de cette période, on s’achemine vers un nouveau type de climat.

La crue de 1910 plus importante que celle de 2001

Vers 1550 débute en effet le « Petit âge glaciaire » qui prendra fin vers 1860. Il correspond à un intermède beaucoup plus froid. Les températures générales ont varié d’environ 2°C mais pas plus. Pourtant, en dépit de ce refroidissement et de quelques « hivers terribles », les hommes n’ont pas subi les conditions climatiques. Au XVIIIe siècle on assiste en effet à un renouveau agricole et à un essor démographique de la population. À partir de 1780, commence également la révolution industrielle. En outre, cet âge glaciaire n’a pas empêché de fortes canicules semblables à celle de 2003 : ainsi, à l’été 1556, les forêts de Normandie prennent feu !

Au XXe siècle on constate aussi des fluctuations du climat : en 1910, la grande crue recouvre presque entièrement la ville de Paris : elle fut plus spectaculaire que celle de 2001. En décembre 1955, des roses fleurissent. Puis en janvier et février 1956, de la Seine à l’Elbe, les fleuves sont gelés ! Finalement, la tempête de 1999 ou la canicule de l’été 2003 n’ont probablement rien d’exceptionnel : selon les calculs de probabilités, une catastrophe tous les dix ans n’est pas anormale.

Toutes ces considérations ne visent bien entendu pas à nier l’existence d’un risque. Mais elles permettent de prendre de la hauteur par rapport à ceux qui prétendent que « le temps se détraque ». On vient de le voir, les déréglages du temps sont anciens !

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Bibliographie :
POSTEL-VINAY, Olivier, « L’effet de serre existe-t-il ? », in L’Histoire, n° 248, novembre 2000, p. 32.
POSTEL-VINAY, Olivier, « Faut-il avoir peur de l’effet de serre ? », in L’Histoire, n° 257, septembre 2001, pp. 54-55.
POSTEL-VINAY, Olivier, « Des fraises à Noël… », in L’Histoire, n° 283, janvier 2004, pp. 46-47.

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Note
* En 2004, Emmanuel Le Roy Ladurie a publié une Histoire humaine et comparée du climat ; la revue La Recherche a consacré un dossier au risque climatique au mois de novembre ; et du 7 au 17 décembre eut lieu une conférence des Nation unies sur le climat. C’est le 16 février que doit entrer en vigueur le protocole de Kyoto signé en 1997.

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