L’art gothique, un art de la lumière

L'art gothique un art de la lumière 1L’architecture gothique a eu un but : faire entrer le plus de lumière dans les cathédrales. Mais les innovations techniques avaient pour origine un changement de spiritualité.

Précisons d’abord que c’est l’esthétique qui précède la technique. Un changement de spiritualité engendre une nouvelle manière de construire les édifices.  Au XIIe siècle se produit une renaissance intellectuelle marquée par un regain d’intérêt pour l’Antiquité et pour les auteurs anciens comme Aristote. Les contemporains ont commencé à s’intéresser à la nature et ont eu une admiration pour le Créateur qui a su élaborer un univers aussi rationnel. Dieu est intelligent dans la mesure où il a créé une réalité rationnelle. Dieu est donc une lumière intellectuelle. Et Dieu a aussi créé la lumière physique et la raison humaine. Cette réflexion autour de l’idée de la lumière va être transposée dans l’art. Les gens du XIIe siècle veulent de la lumière car ils trouvent que les églises sont trop sombres. Ils vont donc se donner les moyens d’obtenir de la lumière.

NOUVELLES TECHNIQUES

Ces moyens sont constitués par l’association de deux techniques architecturales : la voûte d’ogive* et l’arc-boutant*.

La voûte d’ogive est née de la voûté d’arêtes* laquelle a été mise au point par les architectes de l’art roman. Elle consistait en deux voûtes en berceau (ou plein-cintre) qui se croisaient perpendiculairement. Mais les voûtes d’arêtes devaient reposer sur des murs et/ou sur des piliers solides pour tenir. Par conséquent, les ouvertures qu’on pouvait percer n’étaient pas très grandes. La voûte d’ogive se décompose en deux éléments : on construit d’abord des nervures qui reposent sur des piliers et qui se croisent à la clef de voûte (premier élément) ; puis on bâtit une voûte qui repose sur ces arcs (second élément). De cette manière, la poussée exercée par la voûte est rejetée sur les piliers. Entre ces piliers, aucun élément de support n’est nécessaire. Les constructeurs peuvent donc y mettre des fenêtres.

L’arc-boutant est la seconde grande innovation de l’art gothique. En effet, les forces exercées par la voûte sont rejetées, on l’a vu, sur les piliers. Mais ces forces descendantes sont des forces obliques et non verticales. Elles doivent donc être compensées par des forces obliques elles aussi, mais montantes. C’est ce qu’on appelle le phénomène de contrebutement : il consiste à opposer à une force quelconque une autre force opposée à celle-ci. Les arcs-boutants répondent à ce problème. Placés à l’extérieur de l’édifice, exactement au niveau du haut des colonnes, ils neutralisent par leur propre poussée celle de la voûte. L’opposition de ces deux forces est le principe même d’une architecture dynamique.

Cependant, le problème n’est pas tout à fait résolu. Comment ces arcs-boutants tiennent-ils ? Ils sont portés par des culées, des édifices de maçonnerie qui amortissent les poussées des arcs-boutants. Ainsi, la force oblique est transformée en charge verticale. Sur les culées se trouvent des pinacles qui n’ont pas seulement une fonction décorative. En effet, par leur propre poids, ils exercent une poussée verticale supplémentaire. C’est un élément qui renforce la stabilité de l’édifice. Désormais, toutes les cathédrales gothiques seront munies de voûtes d’ogive et d’arcs-boutants.

INNOVATIONS À SAINT-DENIS

Le premier âge gothique (vers 1140-vers 1190) est une époque d’expérimentation au cours de laquelle se met en place le vocabulaire architectural gothique. L’art gothique s’est d’abord développé dans les villes, qui concentraient l’essentiel des richesses, et donc dans les églises cathédrales.

Les innovations de l’abbaye de Saint-Denis montrent l’une des premières manifestations de l’art gothique. Si la façade harmonique (marquant la transparence architecturale) n’est pas une invention gothique et qu’elle existait déjà dans les derniers temps de l’art roman, en revanche, le chevet* est gothique. L’utilisation de la croisée d’ogives permet d’éclairer davantage le chœur* et le déambulatoire*. La façade a été consacrée en 1140 et le chevet en 1144.

Bientôt, la croisée d’ogives est employée dans toutes les parties de l’église, en particulier dans la nef*. Citons quelques cathédrales comme, Notre-Dame de Paris, Noyon, Sens, Laon. Mais cette utilisation de la croisée d’ogive se fait avec prudence : ainsi, pour plus de stabilité, un arc passe par la clef de voûte où se croisent déjà les deux nervures. Cet arc est soutenu par deux piles. Le résultat est une voûte sexpartite*, divisée en six parties (au lieu de quatre si l’on n’avait pas rajouté un arc). Autre conséquence : les deux piles qui soutiennent l’arc supplémentaire sont moins importantes que celles qui doivent non seulement porter les nervures de la croisée d’ogive mais aussi les arcs doubleaux* qui séparent les travées. Il y a donc une alternance de piles « fortes » et de piles « faibles ».

Autre caractéristique du premier gothique : l’élévation à quatre étages. Dans les premières cathédrales gothiques, la tribune* n’a pas été abandonnée. C’est un héritage encore de l’art roman. Les tribunes ont pour fonction d’enserrer l’édifice. C’est un élément de stabilité supplémentaire. Si on regarde Notre-Dame de Paris, de haut en bas nous avons les grandes arcades, les tribunes, le triforium* et enfin les fenêtres hautes. On a donc un double éclairage : un éclairage indirect (venant des collatéraux*) et un éclairage direct (venant des fenêtres hautes).

CHARTRES : LE MODÈLE

L'art gothique un art de la lumière 2Vers 1190 et jusque vers 1230 s’épanouit l’âge du gothique classique. Le meilleur exemple de cette période est peut-être Notre-Dame de Chartres. Elle a été construite entre 1196 et 1230. Ses dimensions sont monumentales : 130 mètres de long, 64 de large, une nef et un chœur comptant respectivement 9 et 4 travées*. La première différence avec le premier gothique se trouve dans la composition de la voûte : elle n’est plus sexpartite mais quadripartite* car on a retiré l’arc doubleau supplémentaire qu’on avait rajouté pour plus de stabilité : il ne reste que les nervures de la croisée d’ogive. Cependant, les piliers supportant les nervures ont été rapprochés pour éviter les risques d’effondrement, si bien que sur un plan, les piliers de la travée forment un rectangle : on parle de voûte quadripartite sur plan barlong. Les piliers supportant l’arc supplémentaire n’ayant plus de raison d’être, l’alternance pile forte-pile faible ne devrait plus exister. Mais ce qui fait l’originalité de la cathédrale de Chartres, c’est précisément l’apparence de l’alternance des supports. Dans les autres édifices du gothique classique, cette alternance n’existe pas.

 L’autre innovation du gothique classique réside dans l’élévation : désormais, les cathédrales ont trois étages : les grandes arcades, le triforium et les fenêtres hautes. Les tribunes ont été supprimées. Par conséquent, l’appui des fenêtres peut être descendu plus bas : les ouvertures sont plus grandes, on a donc plus de lumière.

LA SAINTE-CHAPELLE : UN ABOUTISSEMENT

Le gothique rayonnant s’étend d’environ 1230 à 1300. Il tire son nom des grandes roses disposées au niveau des bras du transept*. Cette période de l’art gothique se caractérise par une course à la hauteur : on cherche à élever des édifices de plus en plus haut : la nef de Chartres avait une hauteur sous voûte de 36, 50 mètres. Celle de Reims faisait 38 mètres. La cathédrale de Beauvais, construite durant le gothique rayonnant avait une hauteur de 48, 50 mètres. Dans cette cathédrale, le triforium est vitré, pour un gain de lumière. Cela a pour conséquence de construire un toit à deux pans pour les collatéraux afin que la lumière puisse passer.

Mais le meilleur exemple de gothique rayonnant qui montre que la logique gothique – rechercher le plus de lumière possible – est à son aboutissement se trouve à Paris. La Sainte-Chapelle, construite par Louis IX (ou saint Louis), était destinée à accueillir les reliques de la Passion : entre 1243 et 1248, c’est à la construction d’un véritable reliquaire qu’on assiste. Le résultat : les murs ont une hauteur de deux mètres. Le reste du bâtiment est constitué par des vitraux. Les limites des prouesses de l’art gothique ont été atteintes.

Aller plus loin :
DUBY, Georges, Le temps des cathédrales, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des histoires », 1976.
KERGALL, Hervé et MINNE-SÈVE, Viviane, La France romane et gothique, Paris, La Martinière, 2000.
LE GOFF, Jacques, La Civilisation de l’Occident médiéval, Paris, Flammarion, « Champs », 1997.

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VOCABULAIRE DE L’ARCHITECTURE 

Pour s’y retrouver dans le jargon de l’architecture…

ARC-BOUTANT : Arc qui neutralise par sa propre poussée une partie des poussées localisées d’un arc ou d’une voûte.

ARC DOUBLEAU : Arc séparant deux voûtes ou fractionnant un berceau en plusieurs tronçons correspondant habituellement aux travées.

CHEVET : Partie de l’église qui se trouve à l’est pour une église orientée (tournée vers l’orient, vers l’est). Il comprend notamment le chœur et le déambulatoire.

CHŒUR : Partie de l’église réservée aux clercs, comprenant généralement le sanctuaire, là où se trouve l’autel

COLLATÉRAL : Vaisseaux se trouvant de chaque côté du vaisseau central (ou nef centrale). Synonyme : bas-côté.

DÉAMBULATOIRE : Collatéral tournant autour du chœur.

NEF : Dans une église orientée, partie qui se trouve à l’ouest du transept. Elle regroupe les 3 vaisseaux (les 2 collatéraux et le vaisseau central). Mais on appelle communément nef le vaisseau central.

OGIVE : Arc en nervure allant d’un point d’appui à un autre en passant par la clef de la voûte et remplaçant l’arête saillante que produirait la rencontre de 2 quartiers.

TRANSEPT : Corps transversal formant une croix avec le corps longitudinal de l’église.

TRAVÉE : Dans une église, la partie comprise entre quatre piliers supportant une voûte. C’est la cellule de base de l’édifice.

TRIBUNE : Pièce ou galerie placée à l’étage s’ouvrant sur l’intérieur d’un vaisseau ou constituant elle-même un demi-étage s’ouvrant sur l’intérieur d’une pièce.

TRIFORIUM : Coursière placée au-dessus des grandes arcades ou au-dessus des tribunes sur les bas-côtés et ouverte par une suite de baies sur un des vaisseaux de l’église, généralement le vaisseau central.

VAISSEAU : Terme pouvant désigner un collatéral ou la nef centrale. Par exemple, une église qui compte une nef central enserrée par un collatéral de chaque côté, on dira que la nef compte 3 vaisseaux. Mais si une église a un double collatéral (2 collatéraux de chaque côté de la nef centrale), alors elle comprend 5 vaisseaux.

VOUTAINS : Portion de voûte délimitée par des nervures. Synonyme : quartier.

VOUTE D’ARETES : Voûte formée par deux voûtes en berceau se croisant perpendiculairement.

VOUTE D’OGIVES : Voûte construite sur le plan d’une voûte d’arêtes mais sans arêtes, la rencontre entre les quartiers étant formée par des branches d’ogive.

VOUTE QUADRIPARTITE : Voûte d’ogives de plan rectangulaire à 4 quartiers (ou 4 voûtains).

VOUTE SEXPARTITE : Voûte d’ogives de plan carré à 6 quartiers : 2 quartiers longitudinaux et 2 paires de quartiers transversaux biais, l’ogive médiane étant parallèle aux doubleaux.

D’après Pérouse de Montclos, Architecture. Méthodes et vocabulaire, Imprimerie nationale éditions, 4e édition, 2002.

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