L’affaire Rosenberg

l'affaire RosenbergIl est aujourd’hui définitivement établi que les époux Rosenberg étaient coupables. Et qu’ils auraient pu échapper à la peine de mort…

Cette année a paru le livre de Florin Aftalion intitulé La Trahison des Rosenberg (J.-C. Lattès, 2003). Ce livre établit définitivement – s’il en était besoin – la culpabilité des époux Rosenberg qui avaient été exécutés pour espionnage malgré les manifestations de soutien en leur faveur un peu partout dans le monde. Retour sur les faits.

LA PEUR DES ROUGES ET LE MCCARTHYSME

Il faut d’abord se replacer dans le contexte de l’époque. Dès la Seconde Guerre mondiale, le Federal Bureau of Investigation (FBI), dirigé par Hoover depuis 1924, est chargé d’enquêter sur les fascistes et les communistes qui font planer une menace sur les institutions américaines. Hoover constitue un grand nombre de fichiers pour ceux qui manifestent des sympathies pour l’Allemagne, l’Italie ou les communistes.

Au lendemain de la guerre, le 25 novembre 1946, le président Truman charge une commission temporaire d’enquêter sur la loyauté des fonctionnaires fédéraux. Sont déloyaux ceux qui se révèlent être des partisans du fascisme, des communistes et du totalitarisme. Puis en 1950, l’International Security Act étend les pouvoirs du FBI et donne plus d’ampleur aux fichiers. Le 9 février 1950, le sénateur McCarthy prononce un discours à Wheeling, en Virginie occidentale, dans lequel il dénonce la mainmise des communistes sur le département d’Etat. La période de la violente campagne anticommuniste qui s’étend de 1950 à 1954 aux Etats-Unis est ainsi appelée mccarthysme.

En effet, si le parti communiste américain est faible numériquement, son influence est forte. Il l’exerce dans les syndicats, l’enseignement, les milieux intellectuels, les médias. Une « peur des rouges » s’empare de l’Amérique. L’idée que les espions sont partout est réelle et explique, pour l’opinion publique américaine, les récents événements à l’étranger : le triomphe de Mao Zedong en Chine en 1949 et l’explosion de la première bombe atomique soviétique la même année.

C’est dans ce contexte que l’affaire Rosenberg survient : lorsque les époux Julius et Ethel Rosenberg, couple de juifs new-yorkais, sont arrêtés en février 1950, cela ne fait que renforcer la peur des rouges. Le procès des Rosenberg s’achève le 29 mars 1951 : les deux accusés sont reconnus coupables d’espionnage au profit de l’URSS. Le 5 avril, ils sont condamnés à mort. Le 19 juin 1953, ils meurent sur la chaise électrique.

« L’AMERIQUE A LA RAGE »

C’est seulement au milieu de l’année 1952 que les communistes décidèrent de mener une campagne destinée à sauver les Rosenberg. Cette campagne fustigeait par la même occasion l’antisémitisme du pouvoir américain.

Les intellectuels français se sont d’ailleurs lancés dans un antiaméricanisme très virulent, les uns évoquant « l’hystérie collective » et « l’anticommunisme frénétique » régnant aux Etats-Unis, les autres dénonçant un « meurtre collectif ». Jean-Paul Sartre pour sa part parle de « meurtre rituel » et explique : « Ne vous étonnez pas si nous crions d’un bout à l’autre de l’Europe : « Attention, l’Amérique a la rage. » »

Une première remarque nous amène à souligner le fait que Sartre n’était pas dérangé par les crimes perpétrés à l’Est et les millions de victimes du communisme. Mais surtout, et c’est la seconde remarque, l’idée – fausse – selon laquelle les Rosenberg étaient innocents a été très en vogue.

DE RADOSH A FEKLISSOV, EN PASSANT PAR LA CIA

Dès la fin des années 1970 en effet, un partisan des Rosenberg, l’Américain Ronald Radosh, a établi le fait que Julius Rosenberg était un espion.
Puis, en juillet 1995, la CIA dévoile l’affaire Venona qui était une opération qui devait aboutir au décryptage des messages radio soviétiques. Et il apparut que Julius Rosenberg agissait en tant qu’espion pour l’URSS depuis 1942 sous les pseudonymes de « Liberal » et « Antenne ».
Ensuite, en 1999, Alexandre Feklissov, qui a été officier supérieur du KGB entre 1939 et 1986, publiait ses Mémoires (1) dans lesquels étaient confirmées les accusations que le FBI avait formulées lors du procès de 1951. Feklissov écrivait aussi que le réseau de Julius Rosenberg était « l’un des […] plus performants de l’histoire du renseignement technologique soviétique ».

Et en 2003, le livre de Florin Aftalion démontre clairement que Julius Rosenberg a joué un rôle important d’espion, dirigeant un réseau qu’il avait lui-même mis sur pied. Ce réseau se consacrait notamment à l’espionnage atomique : des agents opéraient dans le centre de Los Alamos (Nouveau-Mexique) où la bombe atomique était fabriquée. Des agents ont aussi microfilmé un grand nombre de documents et ont transmis des milliers de pages aux Soviétiques. En particulier, 9 000 pages de documents jugés « très précieux » par les Soviétiques.

LE FASCISME AMERICAIN, VOILA L’ENNEMI

Ethel Rosenberg était tout à fait au courant des activités de son mari, ce qui ruine la thèse selon laquelle elle serait totalement innocente. Un télégramme de Venona la mentionne même en ces termes : « Une personne dévouée ».

Arrêté, Julius Rosenberg a toujours eu la possibilité d’avouer : un téléphone était situé juste à côté de la chaise électrique. Il aurait pu ainsi avoir la vie sauve et sauver celle de son épouse également. Mais il était enfermé dans son univers. Ce partisan du communisme stalinien était animé par sa lutte contre le nouveau fascisme (les États-Unis). Il a préféré mourir en martyr. Quitte à entraîner sa femme avec lui.

Note
(1) KOSTLINE Serguei et FEKLISSOV Alexandre, « Confessions d’un agent soviétique », Monaco, Le Rocher, 1999

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